13. juin, 2017

Trump et la COP 21

Dimanche 04 Juin 2017

New-York se met en colère contre Trump : les milieux d’affaires américains le considèrent désormais comme franchement toxique pour le business US et pour les américains

Le président américain s’attendait à ce tollé international, mais il n’avait pas prévu la révolte des acteurs économique et des financiers qui ne le supportent plus. Dur dur.

Publié le 3 Juin 2017

Le coup de grâce. Donald Trump a réussi cet exploit de coaguler toutes les catégories de chefs d’entreprise. Vendredi après midi à New-York avec les financiers, à San Francisco avec les geeks de la SiliconValley, ou même à Dallas avec les pétroliers du Texas, ou à Detroit au cœur de l’industrie automobile, les chefs d’entreprise se sont retrouvés pour protester contre cette décision de Donald Trump de quitter l’accord de Paris sur le réchauffement climatique.

Pour l'ensemble de la communauté économique, Trump fait fausse route. Pour la planète mais aussi pour l'économie américaine et pour l’emploi.

Politique ou pas, cette annonce est interprétée comme un insupportable « bras d’honneur » fait à l'avenir et au progrès.

Une méconnaissance totale des besoins de la jeune génération et cela au nom d’un peuple à qui il n’a pas expliqué l’enjeu que ça représentait. Ou alors une manifestation intempestive de son goût pour la démagogie dont les effets sont incontrôlés.

Pour les chefs d’entreprise américains dont le métier est de préparer l'avenir, c’est une insulte.

Les milieux d’affaires ne l'aimaient guère, mais ils l'acceptaient. « Un chef d’entreprise ne peut pas faire de grosses bêtises », disait-on. Et bien si !

 Ceux qui lui faisaient crédit de vouloir réconcilier les américains ont abandonné le navire de la Maison Blanche. « Un vieux radeau » disent-ils, mal drivé par un capitaine incompétent et dangereux.  Le groupe des conseillers qui l’avaient rejoint, se sont tous sauvés.

Les milieux financiers de New-York qui ont beaucoup profité de l’euphorie des boursiers et qui pensaient encore qu’un choc fiscal allait leur donner un autre coup de fouet, ceux-là ne croient plus en rien. Ils ont surtout compris que la hausse boursière ne dépendait plus de Donald Trump. Au contraire, ils ont aussi compris que le personnage Trump et la politique qu’il porte, vont être très rapidement toxique à une économie qu’Obama avait laissée en bon état.

Les grands producteurs d’énergie, qui ont, pour certains, contribué au financement de sa campagne, considèrent que le président américain joue désormais contre leurs intérêts et contre les intérêts américains. Ça fait longtemps que l’Amérique ne consomme plus de charbon, et l'a remplacé par le pétrole et les gaz de schiste. Les producteurs de pétrole ont compris que leur intérêt était de développer des techniques d’extraction moins polluantes et d‘accroitre les rendements de l’énergie fossile. Ce qu’a très bien fait l’industrie automobile mondiale.  Les voitures qu‘utilisent les américains sont peut-être montées et fabriquées au Mexique, mais ce que Donald Trump n’a pas compris c’est que leur technologie électronique, et la qualité de leur motorisation, ont été mises au point et élaborées dans des laboratoires et des universités américaines. Toute la recherche est d’ores et déjà orientée pour découvrir des process moins lourds en carbone.

L'ensemble de l’industrie digitale, qui n’a jamais adhéré à Trump, est désormais vent debout avec des moyens financiers considérables et elle est mobilisée pour l'empêcher de « nuire ».

La révolte des milieux d’affaires contre Donald Trump, qui se nourrissait essentiellement de raisons morales, s’explique depuis la décision de sortir de l’accord de Paris par des raisons très pragmatiques.

1)D’abord, la plupart des grandes entreprises américaines est attentive à l'expression de leurs actionnaires, de leurs clients et de leur salariés. Et depuis quelques années, les clients sont attentifs à la qualité de leur environnement et à la qualité des produits qu'ils consomment. Le questionnement des actionnaires est devenu de plus en plus pressant. Les directions d’entreprises US se sentent obligées désormais de publier des bilans sociaux et environnementaux de leurs activités. Les fonds d’investissement deviennent très exigeants. Pour Warren Buffet par exemple, ou pour BlackRock, le fonds d’investissement le plus important du monde, la performance carbone (l’empreinte laissée par l'entreprise sur la planète en CO2) est aussi importante que la performance financière. D’ailleurs, beaucoup d’analystes démontrent désormais qu'il n’y pas de contradictions entre le bilan financier, le bilan social et le bilan environnemental. Tout se tient.

2) Ensuite, ce comportement des actionnaires se retrouve dans l'attitude des salariés, Dans beaucoup d’entreprises, le personnel a besoin d’un salaire certes, mais pas seulement, il recherche la qualité des actions sociales, culturelles ou caritatives. Et dans beaucoup d’entreprises US (mais pas seulement), les bonus alloués aux cadres de l'entreprises ne sont plus seulement calculés sur la performance économique, ou financière, mais prennent en compte la réalisation des objectifs financiers, sociaux et environnementaux.

3) Enfin, les clients qui sont aussi salariés et actionnaires sont attentifs au rapport qualité-prix. Mais au delà, s’ils surveillent la qualité intrinsèque du produit ou du service qu‘ils achètent, ils sont de plus en plus sensibles aux conditions dans lesquelles le produit ou le service a été fabriqué. 

L’entreprise américaine, dont la préoccupation première a porté sur la qualité de fabrication, la technologie, la distribution, et le prix de vente, se préoccupe désormais du contenu qualitatif de son activité. Elle le fait parce que son actionnaire, ses salariés et les clients l‘exigent. Ce sont devenus des paramètres incontournables.

Dans ces conditions, quand le président américain annonce au monde entier qu’il va sortir l‘Amérique de la contrainte environnementale sous le prétexte que ça gène l’industrie américaine, il se trompe et les chefs d’entreprise ne peuvent pas l’accepter.

Mais les dégâts collatéraux d’une telle décision vont au delà d’un contre-effet marketing.

4) Le monde des affaires américain est devenu global. Il travaille pour et dans le monde entier. Il a parfaitement compris qu’en optant pour une position très souverainiste, l’Amérique allait s’isoler du reste du monde. Le monde des affaires américain craint par dessus tout les mesures protectionnistes d’où qu‘elles viennent et quelles qu’elles soient. La réaction du reste du monde va être de mettre en place des taxes à l'importation des produits américains pour compenser le coût de leur empreinte carbone. La mesure sera difficile à gérer, mais la seule menace est de nature à décourager les investisseurs et à les détourner du marché US.

Passons sur la détérioration de l’image de l’Amérique dans le monde entier. L’Amérique était forte, parce qu’elle était le pays de la modernité.

5) Wall-Street vient de vivre des années historiques en termes de performances boursières. Les banquiers de New-York ont été sans trop le dire des soutiens de poids de Donald Trump. D’une part, parce que le parti républicain est puissant à New-York, mais d’autre part parce que l'industrie financière a cru que Trump provoquerait un choc fiscal pour relancer l'économie. Ce choc fiscal n’est semble-t-il plus à l’ordre du jour. D’autant que pour beaucoup d’analystes, la conjoncture américaine est suffisamment forte pour ne pas avoir besoin de ce type de booster. Les économistes de la Réserve fédérale sont sur la même ligne puisqu’ils préparent le changement de politique monétaire avec une hausse modulée mais programmée des taux d’intérêt. Pour ces analystes, Donald Trump a dix ans de retard.

6) Les syndicats qui ont eu quelques sympathies pour le franc parler de Trump, ont rejoint désormais le camp des chefs d’entreprise pour regretter la position du président. Pour eux, c’est un très mauvais signe parce que ça condamne ou ça freine les investissements sur la transition énergétique. Or, aux Etats-Unis comme dans beaucoup de pays développés, on a acquis la certitude que la transition énergétique va offrir des gisements d’emplois nouveaux considérables pendant tout le 21e siècle. La révolution digitale d’un coté et la mutation liée à la protection de l’environnement sont les clefs de l’activité, des investissements, de la recherche, et par conséquent de la croissance et des emplois.

Pour toutes ces raisons, on peut très bien imaginer que l’industrie américaine fasse avec la  Cop 21, ce qu’ils avaient fait avec les premières recommandations des accords de Kyoto. C’était il y a plus de 25 ans, mais les accords de Kyoto n’avaient pas été signés par les américains. Et pourtant, une grande partie des industriels US, conscients de l’enjeu, les avait appliqués en démarrant des mutations structurelles importantes.

Les grandes entreprises américaines de la chimie et de la pétrochimie les ont appliquées et parfois beaucoup mieux qu’en Europe.

L’Amérique est un Etat fédéral ou le président a beaucoup moins de pouvoirs qu'en France.  On va donc voir des Etats américains comme la Californie, des villes américaines à l'instar de New-York, et beaucoup d’entreprises adhérer et respecter les objectifs de la Cop 21, alors même que la Maison Blanche leur aura tourné le dos.

Quoiqu’il en soit, jamais dans l’histoire américaine, on aura vu un président américain se mettre à dos, et aussi vite,l’ensemble du business US