26. mai, 2020

Corridor pour la nature

 VANF ANTRANONKALA : Corridor pour la Nature

 

Le confinement est propice aux documentaires. National Geographic, Discovery Science, Voyage, Planète, Ushuaïa, même La chaîne parlementaire : de nombreuses chaînes existent qui partagent tellement de connaissances juste à savoir. Des documentaires en libre service qui remplirait avantageusement les copier-coller. En l’absence de production locale de qualité, une démarche de salut intellectuel public devrait importer ces documentaires de connaissances générales (histoire, architecture, tourisme, industrie, cinéma, transports, Nature, etc.) sur un grand écran de chaque place de marché, de chaque «kianja» public. 

Sur ARTE, la chaîne culturelle franco-allemande, dans une série sur «Le Retour de la Nature sauvage», ils ont évoqué la «Ceinture verte» le long de l’ancienne frontière entre les deux Allemagne, RFA et RDA. De 1952 à 1989, les dirigeants de l’ancienne République «démocratique» allemande, avec les guillemets de rigueur à «démocratique», avaient déroulé 1393 km de barbelés, depuis la frontière tchèque jusqu’à la Mer Baltique parce que les Allemands de l’Est avaient compris qu’il fallait fuir le goulag estampillé DDR. Là, inscrit dans un paysage de barbelés et de miradors, se lisait l’échec patent du communisme. Au coeur même de la RDA, dans la ville de Berlin, un Mur de 155 km, commencé le 13 août 1961, allait symboliser l’absurdité mortifère des «démocraties populaires» : depuis la toute première victime du 17 août 1962, jusqu’à la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989, 140 Est-Allemands trouvèrent la mort en essayant de passer à l’Ouest.

Mais, cette frontière entre la RFA et le RDA se prolongeait en fait dans le «Rideau de fer» que l’ancien Premier Ministre britannique Winston Churchill dénonçait dans son discours du 5 mars 1946 au Westminster College de Fulton (États-Unis) : «Depuis Stettin sur la Baltique, à Trieste sur l’Adriatique, un rideau de fer s’est abattu sur le continent». 

À quelque chose, malheur est bon : dans ce No man’s land de quelques centaines de mètres avant la frontière orientale, une profusion de végétation et d’espèces animales rares s’est reconstituée. Soixante-quinze ans après la fin de la seconde Guerre mondiale, trente ans après la chute du Mur de Berlin, l’ancien Rideau de fer peut se reconvertir en une «Ceinture verte» : 6.800 km qui traversent 23 pays, connectant 7.319 aires protégées et 49 parcs nationaux. Un oasis fragile parce que, sur toute sa formidable longueur, la ceinture ne fait jamais qu’un kilomètre de large. Il faudrait aux États traversés sanctuariser définitivement cette «Ceinture verte» contre une pression humaine toujours à l’affût : projet de routes, braconnage, agriculture intensive. À l’échelle du continent, l’initiative «European Green Belt» est coordonnée par l’ONG internationale UICN (union internationale pour la conservation de la nature).

En Allemagne, le BUND (Bund für Umwelt und Naturschutz Deutschland, Amis de la Terre Allemagne), une association reconnue d’utilité publique, assure la gestion des terres limitrophes qui n’ont pas été réclamées après la Réunification, et s’efforce de racheter d’autres parcelles pour étoffer l’étroit ruban écologique et prolonger le corridor par lequel transitent des espèces menacées (ours brun, lynx, loup). Le concept intéresse jusqu’aux Coréens dont les 248 km, pour 907 km2, de la DMZ (zone de démarcation démilitarisée, entre les deux Corées, sur le 38ème parallèle) ont été recolonisés depuis bien plus longtemps (1953) par la flore et la faune sauvages. 

À Madagascar, sur une carte pas si ancienne (2005), un étroit mais salutaire corridor forestier se dessinait encore depuis le Tsaratanàna jusqu’à Amboasary à l’extrême-Sud de la Grande île, en passant par le versant oriental des hautes terres. Quand une «Ceinture verte» subsiste dans un pays aussi industrialisé que l’Allemagne ou sur un continent aussi densément réseauté par les routes et autoroutes que l’Europe, le retard structurel de Madagascar en équipements routiers ou infrastructures industrielles est une chance paradoxale pour sauver ce qui peut l’être de la Nature et de la Biodiversité.