14. oct., 2019

Le Huffpost

03/10/2019

Emmanuel Macron lance le grand débat sur les retraites à Rodez

Le président de la République a choisi un département rural, l'Aveyron, pour écouter "les inquiétudes des Français" sur la réforme majeure de son quinquennat.

Par Astrid de Villaines

AFPEmmanuel Macron lors du dernier "grand débat" en Corse, le 4 avril 2019

POLITIQUE - Reporté en raison de la mort de Jacques Chirac la semaine dernière, le lancement de la “grande consultation” avec les Français par Emmanuel Macron sur la réforme des retraites va finalement avoir lieu ce jeudi 3 octobre. L’heure et le lieu restent inchangés: Rodez (Aveyron), à 18h30.

Rodez, la ville n’a pas été choisie au hasard. Elle est située dans un département rural qui compte un tiers de personnes âgées de plus de soixante ans. Le maire, Christian Teyssèdre est l’un des rares à avoir l’étiquette En Marche!, compagnon de route de la première heure du chef de l’Etat. Un clin d’oeil tacite aux élections municipales qui auront lieu en mars

Copié-collé

Après les deux mois du “grand débat” national de janvier à mars 2019, en réponse à la crise des gilets Jaunes, voici désormais les trois mois de “large concertation”, consacrée à la réforme des retraites qui sera présentée au plus tard à l’été 2020, comme l’a annoncé le Premier ministre.

Ce grand débat n’aura rien à envier à celui qui s’est déroulé l’hiver dernier: un Président seul, face aux Français, des heures durant, mouillant la chemise pour expliquer son action et écouter ce qu’ils ont à lui dire. Des questions-réponses dans un format très libre visant à reconquérir l’opinion.

A quelques nuances près. Quand Emmanuel Macron inaugurait les quelques 10 000 réunions à venir, le 15 janvier 2019, dans l’Eure, devant un parterre de maires, il répondra, dans la salle des fêtes de Rodez, aux questions de 500 lecteurs du groupe La Dépêche sélectionnés par le groupe de presse selon l’ordre d’arrivée des réponses.

“Pas de longs monologues”

Le débat sera arbitré par un journaliste: le rédacteur en chef de Midi Libre, Olivier Biscaye. Là encore, une nouveauté qui laisse entrevoir une volonté de reconquête des corps intermédiaires laissés pour compte dans la première partie du quinquennat.

Quand le président de la République passait plusieurs heures à détailler son propos, cette fois, la parole sera attribuée en grande partie à la salle. “Il n’y aura pas de longs monologues, l’idée est vraiment d’avoir un échange et que les Français aient le temps de poser toutes les questions qui les intéressent”, explique Olivier Biscaye, en charge de la modération du débat.

“Co-construire” la réforme des retraites

La réforme des retraites, qui se veut l’une des plus importantes de la seconde partie du quinquennat, “génère des inquiétudes et des frustrations” reconnaît l’Elysée pour qui ce débat est “la continuité” des précédents.

Les deux heures de débat prévues qui pourraient bien déborder auront pour but, selon l’entourage du chef de l’Etat, d’”expliquer nos objectifs en tenant compte de ce qui sera dit et des problématiques soulevées par les Français”.

Une forme de co-construction dont se réjouit déjà Stéphane Mazars, député LREM de la circonscription, qui sera présent et qui plaide pour “plus d’horizontalité”. “Nous devons nous inspirer de ce que nous font remonter les gens qui ont souvent des bonnes idées et des remarques fines”, témoigne-t-il.

Un débat technique 

“Les Français ne savent pas forcément qui sont les gagnants et les perdants, ce sera l’occasion de préciser les choses”, prévient-on au château. Un débat qui s’annonce donc technique. “On va parler annuités, âge de départ, durée de cotisation...”, explicite Olivier Biscaye, chargé de la modération et de faire remonter des questions de lecteurs d’une vingtaine d’autres titres de la presse régionale, comme Nice Matin, La Voix du Nord ou Ouest France et des télévisions locales qui retransmettent le débat en direct.

Emmanuel Macron sera accompagné du Haut-commissaire à la réforme des Retraites, Jean-Paul Delevoye, chargé de la préparation de la réforme depuis dix-huit mois. Face à une salle “éclectique, de toutes les générations”, selon Olivier Biscaye, le président fera de la pédagogie. Une méthode qui avait réussi à calmer le feu allumé par la crise des gilets Jaunes et qui a pour but de contenir celui qui couve sous la réforme des retraites.

Colère dans la rue

Car l’objectif de la majorité LREM est également d’éviter que les contestations contre la réforme “universelle” des retraites se n’étendent et assemblent les Français dans leur ensemble, déjà sceptiques sur la réforme et sa méthode, selon notre sondage YouGov. 

De nombreux secteurs d’activité comme les infirmières, les avocats, les pilotes ou les personnels de la RATP ont déjà commencé à faire entendre leur colère ou leurs inquiétudes en manifestant contre la fin de leurs régimes spéciaux ou autonomes.

“Macron, assez de grand blabla”

La semaine dernière, des manifestants de la CGT, de la France Insoumise, du syndicat Sud, du PCF et des Gilets Jaunes avaient prévu un rassemblement avant l’arrivée d’Emmanuel Macron. Ils ont maintenu leur appel à 17h30. 

“Macron assez de grand blabla”, indiquent les organisateurs pour qui “le président veut tromper son monde en faisant croire à un débat alors que les conclusions sont déjà écrites”.

Le Premier ministre, les maires et les parlementaires sont invités à tenir le même type de réunions publiques dans toute la France jusqu’au mois de décembre.

Quant à savoir si Emmanuel Macron réitèrera l’exercice, cela dépendra sans doute de la façon dont se passera la soirée de jeudi. “Tout est possible”, souffle-t-on à l’Elysée, comme si à l’arrogance d’hier, on laissait désormais la place à la prudence d’aujourd’hui.

 

17. juil., 2013
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