9. janv., 2020

Bruno Le Maire : revalorisation du salaire des enseignants

Marianne

Retraites : Bruno Le Maire entretient le flou sur la revalorisation du salaire des enseignants

Par Louis Nadau

Publié le 06/01/2020 

Tout en restant très flou sur son montant, le ministre de l'Economie présente, ce lundi 6 janvier, la revalorisation salariale des enseignants comme un "investissement" du gouvernement, alors qu'elle ne sert qu'à compenser la baisse de leurs pensions induite par la réforme des retraites.

Ni vu ni connu, je t'embrouille. Invité de France Inter ce lundi 6 janvier, le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, s'est livré à un délicat tour de passe-passe sur l'épineuse question de la retraite des enseignants, d'abord en noyant le poisson sur le montant exact de l'enveloppe accordée aux profs pour compenser la baisse du niveau de leurs pensions, puis en qualifiant ladite compensation "d'investissement" dans l'Education nationale.

Rappelons, à toute fin utile, que les enseignants seraient, suivant à la lettre le système proposé par le gouvernement, les grands perdants du chambardement du régime des retraites : dans la mesure où ils touchent en moyenne moins de primes que les autres fonctionnaires et que ces dernières seront davantage prises en compte dans le calcul des pensions, les profs perdront logiquement au change. Par ailleurs, la réforme prévoit que les niveaux de retraite soient calculés sur l’ensemble de la carrière et non plus sur les six derniers mois. Or les rémunérations d’un prof débutant étant relativement faibles, de sorte que les enseignants seraient à nouveau lésés.

Pour contrebalancer ces baisses de pension, le gouvernement s'est engagé à augmenter les salaires des profs, ce que ne manque pas de rappeler Bruno Le Maire ce lundi : "Nous allons revaloriser le traitement des enseignants", indique le patron de Bercy. "Je l'ai dit à plusieurs reprises, ce n'est que justice, surtout quand on regarde le traitement des enseignants du primaire, qui doivent toucher 1.350 ou 1.400 euros net par mois au démarrage. Je comprends parfaitement leur inquiétude, et donc il est indispensable de revaloriser ces traitements."

Face à des enseignants réunis le 13 décembre dernier dans un gymnase de Nancy, le Premier ministre, Edouard Philippe, expliquait que le coût de la revalorisation salariale était "de l'ordre" de dix milliards d'euros. Répartis sur combien de temps ? "On a une dizaine d'années et parfois un peu plus pour revaloriser un peu plus les enseignants", répondait Edouard Philippe. Comme l'indiquait Jean-Michel Blanquer le 15 décembre dernier dans le Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro, ces dix milliards devraient se répartir de 2021 à 2037.

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Sauf que, ce lundi, le ministre de l'Economie est beaucoup plus prudent - voire carrément frileux - sur le montant dédié à la revalorisation du salaire des enseignants. "Là ça va être plusieurs centaines de millions d'euros, nous le savons. Je ne peux pas vous donner de chiffre exact…", hésite Bruno Le Maire, sans plus de précision sur la période ou la fréquence à laquelle les profs bénéficieront de ce budget. Surprise par ce premier louvoiement, Léa Salamé s'assure d'avoir bien compris : "Vous parlez de plusieurs centaines de millions d'euros, moi j'ai lu le chiffre de dix milliards d'euros, seulement pour que les profs gardent leur niveau de pension. Est-ce que c'est un chiffre qui est farfelu, dix milliards d'euros ?", demande-t-elle. BLM botte à nouveau en touche : "Je ne peux pas vous donner de chiffre précis avant que Jean-Michel Blanquer ait engagé les discussions avec les enseignants", répond-il, évoquant les négociations sur la revalorisation salariale ouvertes le 13 décembre par le ministre de l'Education nationale avec les organisations syndicales.

"Je ne vous demande pas de chiffres précis. Vous parlez de plusieurs centaines de millions d'euros pour les enseignants, moi de dix milliards. Il y a quand même une fourchette un peu large", insiste l'intervieweuse. Nouvelle esquive de l'ancien des Républicains : "Le ministre des Finances prendra les discussions telles que Jean-Michel Blanquer les aura conduites. (…) Je vous donnerai les chiffres lorsque nous saurons exactement ce que sera cette revalorisation des enseignants. Aujourd'hui je ne peux pas vous le dire. Mais vous dire que ça ne coûterait que quelques centaines de milliers d'euros, ce serait évidemment vous mentir." Pour autant, le patron de Bercy, loin d'être disposé à donner un montant précis, se garde bien de confirmer le chiffre de dix milliards d'euros que l'exécutif laissait miroiter aux enseignants en décembre.

"une dépense d'investissement", vraiment ?

Et Bruno Le Maire de poursuivre sur sa lancée : "La réalité, c'est que c'est une dépense importante, mais je vais vous dire : c'est une dépense d'investissement. C'est investir sur les enseignants, c'est investir sur nos enfants, investir sur l'avenir des Français." En présentant comme un effort consenti par le gouvernement ce qui n'est, en réalité, qu'une façon de corriger les effets pervers de la réforme des retraites, il semble que le ministre de l'Economie s'emporte un peu. "Si on applique mécaniquement la réforme, on obtiendrait des niveaux de pension sensiblement inférieurs" reconnaissait le Premier ministre en personne le 13 décembre dernier. "Evidemment, ça ne va pas se passer comme ça", ajoutait-il aussitôt, tandis que Jean-Michel Blanquer promettait dans la foulée que "les pensions ne baisser[aient] pas, ni pour ceux nés avant 1975 ni pour ceux nés après"."Ce sera écrit dans la loi, ce sera vérifiable", insistait même le ministre de l'Education nationale.

Et si un doute subsistait quant à la nature réelle de la revalorisation salariale envisagée par le gouvernement, un coup d'œil à la lettre adressée aux enseignants le 3 décembre dernier par le même ministre suffit à le dissiper. "Du fait du montant plus limité des primes versées aux enseignants par rapport à d'autres fonctionnaires comparables, le Gouvernement s'est engagé à ce que la mise en place du système universel s'accompagne d'une revalorisation salariale permettant de garantir un même niveau de retraite pour les enseignants que pour des corps équivalents de la fonction publique", écrivait Jean-Michel Blanquer... Pas vraiment "l'investissement" tant vanté par Bruno Le Maire.