7. janv., 2020

Le Huffpost

24/12/2019

Ségolène Royal va devoir s'expliquer sur sa mission d'ambassadrice des Pôles devant l'Assemblée

Des députés de l'UDI et LREM pointent les "absences" de l'ancienne candidate à l'élection présidentielle "à l’ensemble des réunions officielles au Conseil de l’Arctique."

POLITIQUE - Ségolène Royal, mise en cause pour l’utilisation de ses moyens d’ambassadrice des pôles, va être convoquée pour s’expliquer à l’Assemblée, à l’initiative de deux députés UDI et LREM, a indiqué ce mardi 24 décembre le président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde, confirmant une information du Figaro.

Le député Christophe Naegelen (UDI), co-responsable de la mission d’information de l’Assemblée nationale sur la problématique des pôles, et son collègue macroniste Éric Girardin vont transmettre la convocation à l’ex-ministre dans les jours à venir.

“Nous demandons qu’elle soit en parallèle auditionnée par la commission des Affaires étrangères”, a précisé Jean-Christophe Lagarde à l’AFP.

Ségolène Royal, nommée il y a deux ans ambassadrice de France chargée des négociations internationales pour les pôles, devrait recevoir la convocation dans les jours à venir.

Ségolène Royal dénonce des “insinuations calomnieuses”

Les députés veulent entendre ses explications sur “son absence à l’ensemble des réunions officielles au Conseil de l’Arctique qui se sont tenues depuis sa nomination” et “ses interventions médiatiques quasiment hebdomadaires sur la politique nationale”, selon Christophe Naegelen, cité par Le Figaro.

En novembre, l’hebdomadaire Le Point et franceinfo, avaient publié des enquêtes pointant le comportement de l’ex-candidate socialiste à la présidentielle, la chaîne d’info l’accusant de se servir de sa fonction - pour laquelle elle n’est pas rémunérée - et de ses trois collaborateurs, financés par le ministère des Affaires étrangères, pour promouvoir des activités personnelles.

Des “insinuations” “calomnieuses”, avait réagi l’ancienne ministre de l’Environnement, qui avait dénoncé des “attaques” lancées “comme par hasard au moment où (elle) apparaît dans les sondages la mieux placée pour relever le défi de la gauche à l’élection présidentielle” en 2022. Une élection à laquelle elle n’a pas exclu de participer.

 

19. nov., 2019

Emmanuel Macron, Président égaré

  • Un Président de la République qui donne une très longue longue interview à la revue phare de tous les ultra-conservateurs, réactionnaires et autres fachos de France et de Navarre a une évidente portée politique. Elle revient à cautionner ceux qui voient tous les problèmes de la France à travers le prisme de son identité, qui serait menacée par l’émergence d’une part significative de sa population de confession musulmane et d’origine africaine, qu’aggraverait encore plus l’arrivée de nouveaux migrants de mêmes origines.

Déjà, lors de l’annonce des quatre thèmes de son « Grand débat » en réponse à la révolte des « Gilets Jaunes » en décembre dernier, Emmanuel Macron avait voulu inscrire l’identité française et les flux migratoires au menu. En dépit du bon sens, puisque l’extrême-droite, malgré son activisme et sa forte présence sur les ronds-points occupés, s’était cassé les dents à vouloir retourner artificiellement la colère populaire contre les migrants. Il s’est fait recadrer par son Premier Ministre, qui a modifié l’intitulé du débat voulu par le Président au profit d’une autre formulation noyant le poisson.

La conception profonde qu’a le Président de la République de ce qu’est l’identité française n’est peut-être pas si éloigné que cela de celle des lecteurs de « Valeurs Actuelles ». C’est en tout cas ce qu’exprime le décorum qu’il a choisi pour son investiture. L’homme seul marchant vers son destin, dans une cours du Louvre quasiment sans drapeaux tricolores, s’inscrivait symboliquement dans les pas de la France éternelle de Charlemagne, plutôt que dans ceux glorieux des Sans-culottes de 1789. « La France éternelle aux racines chrétiennes », c’est la France Blanche, celle qui abhorre le métissage et ne rêve que de remettre en cause le Droit du sol qui stipule qu’un enfant né et grandi en France est français, quels que soit l’origine de ses parents. 

Cette part de la France que les lecteurs de V.A voudrait rayer du pays s’est exprimé ce week-end de triste façon. « Les jeunes de banlieues », ont incendié une école à Bézier, et un cirque à Chanteloups-les-Vignes, pour lequel le Préfet et la Maire ont désigné les dealers comme coupables de cet acte criminel. Il n’est pas sûr que ce soit le cas. Dans les quartiers gangrenés par le trafic de Cannabis, l’ordre règne. Les émeutes perturbent le « bizness » et génère des pertes financières. Les dealers sont des ultra-capitalistes qui ne pensent qu’à l’argent. Les autres, la misère sociale, ils n’en n’ont rien à foutre. Le plus probable est qu’ils ont été débordé par des plus jeunes, qui ont pourtant bénéficié des équipements qu’ils ont brulé. Leur message à l’adresse des autorités est simple: « arrêtez de faire semblant de vous occuper de nous, alors que vous nous avez relégué à vie ».   

L’argent sale généré par le trafic de stupéfiants pourrit la mentalité de ces quartiers en dessinant une société « parallèle » régit par la loi du plus fort, aux antipodes des valeurs républicaines. La seule façon d’assainir les esprits dans ces quartiers est de légaliser le Cannabis. Ce mouvement inéluctable impulsé depuis l’Amérique du Nord se déploie inexorablement sous nos yeux. Emmanuel Macron ne le voit pas, pas plus qu’il n’entend le PDG de Pernod-Ricard inquiet du retard qu’il prend face à ses concurrents anglo-saxons comme Coca-Cola, qui investissent massivement dans des boissons dérivées du Cannabis, alors que lui est bridé. Pour rester dans la course, Pernod-Ricard va devoir finir par créer une filiale étrangère au Canada, seul pays où le Cannabis est côté en bourse, au grand dam des banquiers de Wall-Street. Ils font des pieds et des main auprès de Donald Trump pour que New-York s’y mette aussi, sans attendre. Ils en ont marre de voir les milliards de dollars d’investissement de ce que certains qualifie « d’or vert » filer chez leur voisin canadien. Nous avons pour Président un ex-banquier. C’est le genre de signaux forts qu’il devrait comprendre. Apparemment, ce n’est pas le cas.

Pendant ce temps, en France, des procureurs de la République menacent de fermeture les magasins qui distribuent des dérivés légaux du Cannabis puisque quasiment sans THC, sans aucune considération pour les personnes malades chez lesquelles ces produits ont un effet bénéfique. Quand aux médecins français, ils n’en peuvent plus d’entendre les collègues étrangers qu’ils croisent dans les congrès internationaux exposer les multiples résultats qu’ils obtiennent dans de nombreuses pathologies grâce aux molécules que recèle le Cannabis. Récemment, face au ras-le-bol des chercheurs français, la Ministre de la Santé a annoncé qu’elle autorisait des recherches thérapeutiques pour l’usage de cannabis chargé en THC comme anti-douleur « d’ultime recours ». Il est dommage qu’elle n’ait pas précisé comme ultime recours à quoi. En l’occurrence, aux opiacés. Sans à peine caricaturer, on peut dire qu’en France, on préfère prescrire de l’héroïne plutôt que de « t’exposer » au Cannabis. Il parait que la ministre est médecin, pourtant, on doit être le seul pays au monde à marcher ainsi sur la tête. 

Il n’y a pas assez d’argent pour les services publics, mais assez pour le jeter par les fenêtres en s’obstinant à vouloir maintenir notre dépendance au nucléaire. Les coûts et les délais de construction de notre « fleuron » en la matière, l’EPR de Flamanville, ont été multiplié par pelletés de milliards d’euro, sans que l’on soit sûr que l’inflation soit bien finie, tant les surprises, malfaçons, pièces défectueuses, logiciels facétieux et autres déboires s’accumulent. EDF est plombé de dettes, mais on met dans les tuyaux six nouveaux exemplaires au coût faramineux. Nos voisins, eux, investissent dans des énergies renouvelables moins coûteuses, aux déchets faciles à gérer. Ils sont censés acheter notre future électricité nucléaire pour nous permettre d’amortir le coût de construction des EPR. D'ici qu'on en livre six qui marchent, ils  seront largement auto-suffisants, si ce n’est concurrentiels à l’export, à notre détriment. 

L’intelligence recommanderait de réorienter la filière nucléaire et ses emplois vers son seul avenir possible, son démantèlement. Nous devrions devenir les champions du monde de la dé-construction d’installations nucléaires, de leur décontamination et du traitement des déchets. Ça mettrait les salariés de la filière à l’abri du chômage pour quelques siècles. Cela suppose de sortir de nos errements nucléaires du siècle dernier. Manifestement, Emmanuel Macron préfère les prolonger, sans compter.

Pour le Cannabis comme pour le Nucléaire, il faut être visionnaire. L’œil dans le rétroviseur, comment Emmanuel Macron pourrait-il l’être? Et c’est bien là son plus gros problème. Sa politique s’appuie sur un dogme : le libéralisme économique est un horizon indépassable. Sa ligne de conduite est la même que Thatcher et Reagan, briser toutes les sécurités collectives pour « adapter » de force la France au néolibéralisme imposé par la mondialisation. Avec quarante ans de retard, et alors que ce qu’on a appelé en son temps « la révolution conservatrice » voit son souffle s’éteindre sous les inégalités et les injustices qu’elle a produit, alors que la mondialisation économique est en train de produire sa réaction, la mondialisation politique.

Aveuglé par son dogmatisme, Emmanuel Macron ne voit pas que l’émergence planétaire de la problématique écologique est une rupture de paradigme. Enquête après enquête, la société française exprime ses aspirations pour ce troisième millénaire. L’échelle des valeurs qui s’est imposée depuis la « révolution néolibérale » est en train de céder. Elle n’est plus dominante dans le siège de toutes les batailles politiques, là où tout se perd ou tout se gagne, les cerveaux. La réussite exprimée à travers l’accumulation d’argent à consumer en achat de biens et services garants de ce qui serait le bonheur, c’est terminé. Ce qui est attendu majoritairement, c’est du partage, de l’échange, de la proximité, du lien, de l’entraide, de la générosité. C’est un autre système de valeurs qui prend place dans les esprits.

Le Président n’a pas conscience de la rupture qui se dessine, et surtout de la vitesse à laquelle elle s’opère. Toutes classes sociales confondues dans tous les territoires de la République, quelles que soient l’origine ethnique, la couleur de peau, la culture ou la religion, les Français veulent au moins deux choses essentielles: manger sain, respirer pur. L’énoncé a l’air anecdotique, la réalisation réclame un changement systémique. Au regard de cet objectif basique, leur confiance en les multinationales championnes de l’optimisation fiscale et aux gouvernants qui les accompagnent s’effondre. Les « Gilets Jaunes » et l’engagement massif des collégiens et lycéens dans la lutte contre le réchauffement climatique d’apparence si différents, manifestent la même puissante aspiration à plus de démocratie, plus d’humanisme, plus d’écologie, toutes choses à contre-courant du néolibéralisme qui guide la politique gouvernementale. 

Emmanuel Macron laisse croire qu’il entend pour mieux creuser son sillon, sans rien incurver. Il se croit malin. Il est juste à côté de la plaque qui matrice notre 3ème millénaire qu’il regarde avec les lunettes du siècle dernier. Il joue les apprentis-sorciers en usant de vieilles ficelles pour faire croire que nos urgences seraient du côté de l’islam ou des migrants, alors qu’elles sont démocratiques, sociales et écologiques. Les français ont crû élire un homme jeune, ouvert, capable de comprendre les enjeux des temps présents, audacieux et visionnaire. Sa pratique du pouvoir montre l’inverse. Un homme du siècle dernier, cynique, conformiste, brutal, obtus. Le choc entre ce qu’il incarne et les aspirations profonde du pays va être violent. D’ici la prochaine présidentielle, il y a avis de tempête qui pourrait muter en cyclone, si ce n’est en typhon.

 Malik Lounès, jeudi 7 novembre 2019

 

24. oct., 2018

Ouest-France

Vendée:démission collective au parti socialiste

Martine Chantecaille (membre du bureau national du PS), est une des démissionnaires. | OUEST-FRANCE

David DUPRÉ.

Modifié le 19/10/2018 à 14h21

Publié le 18/10/2018 à 21h19

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Plusieurs militants de l’aile gauche de la fédération du PS de Vendée ont décidé de quitter le parti ce jeudi 18 octobre.

Émilien Batôt (section La Roche-sur-Yon) ; Céline Cailleteau (section La Roche-sur-Yon) ; Martine Chantecaille (membre du bureau national, section La Roche-sur-Yon) ; Jean-Paul Hue (section de Talmont) Pierre Jaunet (section La Roche-sur-Yon) ; Jacques Rassinoux (section Saint-Florent-des-Bois) ; Jacques Robin (section de Mortagne), Michèle Rousseau (section de La Roche-sur-Yon) ; Eric Vendé (section de Pouzauges).

Tous ces membres de l’aile gauche de la fédération du PS de Vendée ont décidé de claquer la porte de leur parti, ce jeudi 18 octobre.

« Nous nous étions engagés dans un parti qui, au pouvoir, pouvait, en rassemblant la gauche, mettre en œuvre de grandes conquêtes sociales et contribuer à changer la vie », expliquent ces élus dans un communiqué qui vient de tomber.

« Le quinquennat de François Hollande, par des choix importants contraires à nos principes et à nos engagements (déchéance de nationalité, loi Travail…), nous a coupés du reste de la gauche », poursuivent ces élus.

« Pendant la campagne présidentielle et les élections législatives, alors que le programme d’Emmanuel Macron ne laissait aucun doute sur ses orientations très libérales, de nombreux socialistes ont appelé à voter pour lui dès le premier tour ou se sont affichés majorité présidentielle », regrettent les élus démissionnaires.

« L’écart entre nos orientations est devenu chaque jour plus criant. Nous assistons depuis quelques mois à la tournée des fédérations par François Hollande qui n’a aucune difficulté à faire applaudir son action et critiquer les députés dits frondeurs, qui exigeaient simplement que les promesses faites aux citoyens soient tenues », est-il aussi écrit dans ce communiqué.

« Vote après vote, nous prenons acte de notre incapacité à faire changer les choses de l’intérieur. Il ne s’agit pas pour nous de rejoindre La France Insoumise mais de formuler notre volonté de discuter avec toutes les forces de gauche. Nous préférons donc tourner la page pour porter plus clairement un idéal socialiste qui nous paraît plus que jamais pertinent face aux défis actuels. »

 

12. juin, 2018

Emmanuel Maurel

Député européen socialiste

En France, les Républicains ne sont pas à la fête. Certes, personne ne remet en cause la République comme régime politique. Mais les principes qui la fondent sont en revanche malmenés, voire contestés, aussi bien par le pouvoir en place que par une partie croissante  du monde politique.

Oui, le « modèle républicain», fait l’objet d’attaques insidieuses ou frontales. Et l’exemple vient d’en haut. En libéral assumé, Emmanuel Macron s’en prend logiquement aux protections (droit du travail, assurance chômage) et au patrimoine collectif (privatisations, réforme de la SNCF), au risque de fissurer la cohésion sociale. Mais sa volonté transformatrice ne se limite pas à la sphère économique et sociale. A l’instar de Thatcher, le président pense que la société n’existe pas. Seuls valent les individus, qu’il convient d’armer pour la compétition et la concurrence. D’où une défiance pour les corps intermédiaires (syndicats, élus locaux, parlementaires, associations) qui, traditionnellement, contribuent à organiser l’action collective. D’où aussi une tentation, celle de renvoyer les individus ainsi plongés dans le grand bain libéral à une ultime bouée, la communauté supposée première, c’est à dire ethnico-religieuse.
Deux petits faits récents illustrent cette tentation.
On se souvient peut être du discours du chef de l’Etat au couvent des Bernardins. Ce jour là, plus chanoine de Latran que Président de la République laïque, Emmanuel Macron se faisait fort de réparer le lien « abîmé » entre l’Eglise et l’Etat, et encourageait les catholiques à s’engager dans la vie publique en tant que tels. En contradiction flagrante avec le principe de séparation dont il est pourtant censé être le garant, le président présente comme une blessure ce que l’immense majorité des Français considèrent pourtant comme une libération : la neutralité de l’Etat, la liberté absolue de conscience, la protection des incroyants comme des croyants, le droit au blasphème, etc.
Ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron malmène ainsi un élément fondateur du pacte républicain. Déjà, lors de ses vœux aux autorités religieuses, le président avait, devant les représentants les cultes qui n’en demandaient pas tant, fustigé une « radicalisation de la laïcité », menace qui semble avoir échappé à la plupart de nos concitoyens, contrairement à la radicalisation religieuse (notamment celle de l’Islam politique) qui elle, est bien réelle.
Ce faisant, le président semble encourager le regain de religiosité qu’on observe dans la plupart des sociétés. Comme si, dans le monde épuisant et déprimant du tout-concurrence dont il accompagne l’avènement, la foi seule apparaissait comme le dernier réconfort.
Le 22 mai dernier, Emmanuel Macron a franchi une étape supplémentaire dans son raisonnement libéral-communautariste. Lors de la présentation du mort-né plan Borloo, le chef de l’Etat a contesté en bloc la logique de la “politique de la ville”, pointant du doigt ses incontestables échecs (l’aggravation des phénomènes de ghettoïsation urbaine) et aveugle à tous ses mérites (lutte pour le maintien du lien social, efforts accrus en faveur de l’éducation, du sport, de la diffusion de la culture, rénovation du bâti). Au détour d’une phrase, entre deux réflexions blessantes envers les élus locaux, le président croit bon de plaisanter sur l’auteur et le récipiendaire du rapport : « ce n’est pas deux mâles blancs qui vont donner des leçons sur la banlieue ».

Cette allusion aux “mâles blancs” se veut disruptive et moderne. Elle constitue en réalité une inquiétante derive sémantique et idéologique, puisqu’elle officialise une racialisation qui ne dit pas son nom. À la fois condescendante et régressive, l’expression laisse à penser qu’il n’y a pas de “blanc” en banlieue (ce qui témoigne d’une navrante méconnaissance que ne saurait excuser le recours à la caricature à des fins pédagogiques). Si les « blancs » ne sont pas légitimes pour parler des quartiers populaires, c’est que ceux-ci sont, dans son esprit, réservés aux “noirs” et aux “arabes”. La couleur de peau qualifie ou disqualifie. Ici, Macron se rend coupable d’une double assignation à résidence, territoriale et symbolique.

Religions et communautés (réelles ou fantasmées) sont donc convoquées à la rescousse de l’individu libéral, solitaire et atomisé. Dans cette démocratie identitaire, le particulier éclipse l’universel, et la citoyenneté censée élaborer un projet collectif se retrouve prisonnière des différentialismes.
Face à cette régression, on attendrait de la gauche qu’elle réagisse avec force et vigueur. Mais elle est elle-même traversée, sur ce sujet, par de puissantes contradictions.
Par une curieuse ruse de la raison, la stigmatisation macroniste du “mâle blanc” rejoint celle d’une partie du camp « progressiste » qui a fait de ce stéréotype de genre et de couleur une des figures du mal (« petit blanc » devenant, au fil du temps, une sorte d’insulte définitive).
Ce cheminement a vu des intellectuels et des militants abandonner la lutte des classes au profit de la survalorisation de la “diversité” et de l’exaltation du multiculturalisme. Le grand sociologue américain Christopher Lash a minutieusement décrit cette évolution au sein du Parti Démocrate dans les années 70 et 80.
Mais la France n’a pas été épargnée par cette recherche d’un « peuple de substitution » dont parle Michéa. Au départ, il y a la critique, légitime, de « l’universalisme abstrait » qui, au nom de principes sublimes, méconnaît la réalité des rapports de force dans la société française. Ainsi, la République de la fin du 19ème siècle s’accommode fort bien de la colonisation, voire l’exalte. Cent ans plus tard, elle ferme les yeux sur les discriminations dont sont victimes les descendants des colonisés, et justifie la relégation de certaines populations sous prétexte de refuser la différence des droits. Pour les contempteurs de l’universalisme abstrait, la “promesse républicaine” n’est qu’une figure de style pour occulter l’éternelle domination des mêmes. Cette critique rejoint en partie celle des marxistes qui fustigent « l’égalité formelle », celle de la démocratie bourgeoise. Mais elle l’enrichit de concepts nouveaux, puisque l’exploitation n’est pas seulement classiste, mais aussi ethnico-culturelle.
Reste que l’effet déceptif lié à cette promesse républicaine non tenue ne se traduit pas forcément par une remise en cause des fondements de la république. Au contraire. Les grands mouvements antiracistes des années 80 par exemple, se revendiquaient précisément de l’universalisme. Et c’est en son nom qu’ils exigeaient des progrès concrets dans l’égalité des droits.
Le tournant idéologique a lieu plus tard, il y a une vingtaine d’années. Certains militants de gauche, plutôt que de tenter d’homogénéiser des aspirations apparemment divergentes (travailleurs français et d’origine immigrée, ouvriers de la France périphérique et précaires banlieusards,  etc.) ont préféré épouser des revendications religieuses et/ou identitaires prêtées à celles et ceux qui, à l’évidence, étaient le plus touchés par les injustices.
Le résultat est catastrophique : le petit jeu de la concurrence des dominations aboutit à une logique de scissiparité sans fin du corps social qui rend impossible l’élaboration de mots d’ordre unifiants. Au point de légitimer des pratiques de « non mixité » (c’est l’exemple des réunions « réservées aux racisés ») qui minent l’idée magnifique et moderne de Fraternité.
Ainsi, croyant agir au nom de la justice, les différentialistes de gauche se comportent en réalité comme de véritables idiots utiles du communautarisme libéral. Le soutien apparemment paradoxal de certaines organisations ouvertement féministes et laïques (dernièrement, et à notre grande surprise, l’UNEF) à des traditions et à des symboles qui fleurent bon la bigoterie et le patriarcat (par exemple le port du hidjab) témoigne de cette dérive navrante.
A l’autre bout de l’échiquier politique, une partie de la droite s’égare elle aussi. Sans faire sienne l’aversion séculaire de l’extrême droite pour “La Gueuse”, elle n’hésite pas à recourir à la rhétorique du « pays réel ». Sens Commun ressuscite la « France fille aînée de l’Eglise » et la campagne d’un François Fillon (poursuivie par Laurent Wauquiez) jouait parfois la carte d’une identité nationale moins républicaine que religieuse et ethnique.
Face à toutes ces attaques, il est donc temps d’allumer, partout, des contre-feux. En reprenant à notre compte une conception militante de la République :  à la fois une forme de gouvernement et un contenu philosophique qui en est indissociable, résultat de deux siècles de lutte.
Le magnifique préambule de la Constitution de 1946 en dessine les contours : l’adhésion au pacte républicain implique de reconnaître qu’en sus du respect des libertés fondamentales, le citoyen se voit doté de droits sociaux, protégé de la tutelle de tous les clergés, émancipé par l’école.
La nation se confond avec la “République une et indivisible” : on peut considérer qu’il s’agit là, en partie, d’une fiction. Mais, comme souvent quand il s’agit des cultures politiques et des identités nationales, c’est une fiction nécessaire qui convient à un peuple épris d’égalité jusqu’à l’obsession. Et qui, quoi qu’on en dise, a permis, pendant des générations, l’assimilation des importantes vagues d’immigration successive. Le « creuset français », servi par les puissants outils d’intégration qu’ont été l’école et service militaire, renforcé par le droit du sol hérité de la tradition révolutionnaire, n’est pas un mythe. Et contrairement à ce que prétendent les déclinistes et autres identitaires de droite comme de gauche, il fonctionne toujours!
La République Française privilégie systématiquement le commun au particulier. Elle est un projet politique, conscient et performatif, de résistance à l’empiètement permanent de la sphère privée sur la sphère publique. Évidemment, cela ne se passe pas sans heurt. La séparation des Eglises et de l’Etat, la relégation -partielle- de la religion dans la sphère privée, s’était opérée dans la violence. De même, le combat contre tous les particularismes n’a pas été exempt de brutalité. Les choses ont certes évolué : prise en compte de ce que Jaurès appelait les “petites patries”, décentralisation, etc. Mais, pour ne prendre qu’un exemple, il n’y a qu’en France que le débat autour des “langues régionales” soulève encore autant de passion. Aujourd’hui encore, le refus des “statistiques ethniques” ou la réfutation d’un « droit à la différence » (auquel les républicains opposent avec constance le “droit à l’indifférence “) surprend bien des observateurs étrangers. Tant mieux!
Assumer notre singularité historique, défendre et promouvoir une conception exigeante du “vouloir vivre ensemble”, c’est une des tâches politiques du moment.
Être pleinement républicain, mais aussi agir en républicain : il nous appartient d’imaginer les réponses qui permettront de donner une matérialité à cette promesse d’égalité, jamais achevée. Mixité sociale à l’école, aménagement du territoire, vraie politique d’intégration, extension du domaine des Biens Communs et des services publics, lutte contre le chômage de masse, nouvelles protections sociales : les chantiers pour de futures conquêtes sont innombrables. Il n’y a pas de temps à perdre.

 

13. févr., 2018

Olivier Faure, président du groupe "Nouvelle gauche" à l'Assemblée nationale et candidat à la tête du PS, est l'invité de Léa Salamé à 7h50. (29/01/2018)

Quatre hommes briguent la  tête du Parti socialiste. Olivier Faure, président du groupe PS à l'Assemblée nationale, est-il le grand favori? Comment redonner envie aux socialistes d'avoir un destin commun? 

Le candidat Olivier Faure concède, à propos de son parti : "La tête est malade, mais il y a aussi, dans les territoires [des militants], les socialistes (...) qui continuent à orienter la politique".

Sur la réforme constitutionnelle prônée par Emmanuel Macron     

"Il faut des mesures pour arriver à une démocratie plus citoyenne (...) je ne soutiens pas cette réforme constitutionnelle, qui a pour vocation de donner plus de pouvoir encore à Jupiter".

L'air du temps, c'est de dire que les élus c'est pas bien et qu'il en faut le moins possible : pour les remplacer par qui? Des fonctionnaires, qu'on mettrait plus nombreux à l'Assemblée?   

Sur l'égalité hommes-femmes et les accusations de sexisme de Delphine Batho, évincée de la course à la candidature pour la tête du PS

"Je suis pour l'égalité femmes-hommes, mais ça devrait aussi dire 'pas moins de droits' et 'pas plus de droits' (...)" se défend Olivier Faure, "Je ne crois pas qu'être femme, homme, jeune ou vieux, ça fasse un programme".  

"Il faut rompre avec ce que nous avons été pendant trop longtemps" poursuit le candidat, "un parti avec des comportements qui auraient dû être sanctionné depuis longtemps"   :

Les valeurs que nous défendrons ne seront pas nouvelles, mais les propositions, oui, (...) pour entrer dans la modernité

Assumer ou pas le bilan du quinquennat  Hollande? "Il y a des points sur lesquels nous pouvons être fiers", mais Olivier Faure souhaite "un bilan objectif", pour  "tirer les leçons de ce que nous avons fait pendant cinq ans".

Olivier Faure , Député de Seine-et-Marne, président du groupe Nouvelle Gauche à l'Assemblée Nationale