24. oct., 2018

Ouest-France

Vendée:démission collective au parti socialiste

Martine Chantecaille (membre du bureau national du PS), est une des démissionnaires. | OUEST-FRANCE

David DUPRÉ.

Modifié le 19/10/2018 à 14h21

Publié le 18/10/2018 à 21h19

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Plusieurs militants de l’aile gauche de la fédération du PS de Vendée ont décidé de quitter le parti ce jeudi 18 octobre.

Émilien Batôt (section La Roche-sur-Yon) ; Céline Cailleteau (section La Roche-sur-Yon) ; Martine Chantecaille (membre du bureau national, section La Roche-sur-Yon) ; Jean-Paul Hue (section de Talmont) Pierre Jaunet (section La Roche-sur-Yon) ; Jacques Rassinoux (section Saint-Florent-des-Bois) ; Jacques Robin (section de Mortagne), Michèle Rousseau (section de La Roche-sur-Yon) ; Eric Vendé (section de Pouzauges).

Tous ces membres de l’aile gauche de la fédération du PS de Vendée ont décidé de claquer la porte de leur parti, ce jeudi 18 octobre.

« Nous nous étions engagés dans un parti qui, au pouvoir, pouvait, en rassemblant la gauche, mettre en œuvre de grandes conquêtes sociales et contribuer à changer la vie », expliquent ces élus dans un communiqué qui vient de tomber.

« Le quinquennat de François Hollande, par des choix importants contraires à nos principes et à nos engagements (déchéance de nationalité, loi Travail…), nous a coupés du reste de la gauche », poursuivent ces élus.

« Pendant la campagne présidentielle et les élections législatives, alors que le programme d’Emmanuel Macron ne laissait aucun doute sur ses orientations très libérales, de nombreux socialistes ont appelé à voter pour lui dès le premier tour ou se sont affichés majorité présidentielle », regrettent les élus démissionnaires.

« L’écart entre nos orientations est devenu chaque jour plus criant. Nous assistons depuis quelques mois à la tournée des fédérations par François Hollande qui n’a aucune difficulté à faire applaudir son action et critiquer les députés dits frondeurs, qui exigeaient simplement que les promesses faites aux citoyens soient tenues », est-il aussi écrit dans ce communiqué.

« Vote après vote, nous prenons acte de notre incapacité à faire changer les choses de l’intérieur. Il ne s’agit pas pour nous de rejoindre La France Insoumise mais de formuler notre volonté de discuter avec toutes les forces de gauche. Nous préférons donc tourner la page pour porter plus clairement un idéal socialiste qui nous paraît plus que jamais pertinent face aux défis actuels. »

 

12. juin, 2018

Emmanuel Maurel

Député européen socialiste

En France, les Républicains ne sont pas à la fête. Certes, personne ne remet en cause la République comme régime politique. Mais les principes qui la fondent sont en revanche malmenés, voire contestés, aussi bien par le pouvoir en place que par une partie croissante  du monde politique.

Oui, le « modèle républicain», fait l’objet d’attaques insidieuses ou frontales. Et l’exemple vient d’en haut. En libéral assumé, Emmanuel Macron s’en prend logiquement aux protections (droit du travail, assurance chômage) et au patrimoine collectif (privatisations, réforme de la SNCF), au risque de fissurer la cohésion sociale. Mais sa volonté transformatrice ne se limite pas à la sphère économique et sociale. A l’instar de Thatcher, le président pense que la société n’existe pas. Seuls valent les individus, qu’il convient d’armer pour la compétition et la concurrence. D’où une défiance pour les corps intermédiaires (syndicats, élus locaux, parlementaires, associations) qui, traditionnellement, contribuent à organiser l’action collective. D’où aussi une tentation, celle de renvoyer les individus ainsi plongés dans le grand bain libéral à une ultime bouée, la communauté supposée première, c’est à dire ethnico-religieuse.
Deux petits faits récents illustrent cette tentation.
On se souvient peut être du discours du chef de l’Etat au couvent des Bernardins. Ce jour là, plus chanoine de Latran que Président de la République laïque, Emmanuel Macron se faisait fort de réparer le lien « abîmé » entre l’Eglise et l’Etat, et encourageait les catholiques à s’engager dans la vie publique en tant que tels. En contradiction flagrante avec le principe de séparation dont il est pourtant censé être le garant, le président présente comme une blessure ce que l’immense majorité des Français considèrent pourtant comme une libération : la neutralité de l’Etat, la liberté absolue de conscience, la protection des incroyants comme des croyants, le droit au blasphème, etc.
Ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron malmène ainsi un élément fondateur du pacte républicain. Déjà, lors de ses vœux aux autorités religieuses, le président avait, devant les représentants les cultes qui n’en demandaient pas tant, fustigé une « radicalisation de la laïcité », menace qui semble avoir échappé à la plupart de nos concitoyens, contrairement à la radicalisation religieuse (notamment celle de l’Islam politique) qui elle, est bien réelle.
Ce faisant, le président semble encourager le regain de religiosité qu’on observe dans la plupart des sociétés. Comme si, dans le monde épuisant et déprimant du tout-concurrence dont il accompagne l’avènement, la foi seule apparaissait comme le dernier réconfort.
Le 22 mai dernier, Emmanuel Macron a franchi une étape supplémentaire dans son raisonnement libéral-communautariste. Lors de la présentation du mort-né plan Borloo, le chef de l’Etat a contesté en bloc la logique de la “politique de la ville”, pointant du doigt ses incontestables échecs (l’aggravation des phénomènes de ghettoïsation urbaine) et aveugle à tous ses mérites (lutte pour le maintien du lien social, efforts accrus en faveur de l’éducation, du sport, de la diffusion de la culture, rénovation du bâti). Au détour d’une phrase, entre deux réflexions blessantes envers les élus locaux, le président croit bon de plaisanter sur l’auteur et le récipiendaire du rapport : « ce n’est pas deux mâles blancs qui vont donner des leçons sur la banlieue ».

Cette allusion aux “mâles blancs” se veut disruptive et moderne. Elle constitue en réalité une inquiétante derive sémantique et idéologique, puisqu’elle officialise une racialisation qui ne dit pas son nom. À la fois condescendante et régressive, l’expression laisse à penser qu’il n’y a pas de “blanc” en banlieue (ce qui témoigne d’une navrante méconnaissance que ne saurait excuser le recours à la caricature à des fins pédagogiques). Si les « blancs » ne sont pas légitimes pour parler des quartiers populaires, c’est que ceux-ci sont, dans son esprit, réservés aux “noirs” et aux “arabes”. La couleur de peau qualifie ou disqualifie. Ici, Macron se rend coupable d’une double assignation à résidence, territoriale et symbolique.

Religions et communautés (réelles ou fantasmées) sont donc convoquées à la rescousse de l’individu libéral, solitaire et atomisé. Dans cette démocratie identitaire, le particulier éclipse l’universel, et la citoyenneté censée élaborer un projet collectif se retrouve prisonnière des différentialismes.
Face à cette régression, on attendrait de la gauche qu’elle réagisse avec force et vigueur. Mais elle est elle-même traversée, sur ce sujet, par de puissantes contradictions.
Par une curieuse ruse de la raison, la stigmatisation macroniste du “mâle blanc” rejoint celle d’une partie du camp « progressiste » qui a fait de ce stéréotype de genre et de couleur une des figures du mal (« petit blanc » devenant, au fil du temps, une sorte d’insulte définitive).
Ce cheminement a vu des intellectuels et des militants abandonner la lutte des classes au profit de la survalorisation de la “diversité” et de l’exaltation du multiculturalisme. Le grand sociologue américain Christopher Lash a minutieusement décrit cette évolution au sein du Parti Démocrate dans les années 70 et 80.
Mais la France n’a pas été épargnée par cette recherche d’un « peuple de substitution » dont parle Michéa. Au départ, il y a la critique, légitime, de « l’universalisme abstrait » qui, au nom de principes sublimes, méconnaît la réalité des rapports de force dans la société française. Ainsi, la République de la fin du 19ème siècle s’accommode fort bien de la colonisation, voire l’exalte. Cent ans plus tard, elle ferme les yeux sur les discriminations dont sont victimes les descendants des colonisés, et justifie la relégation de certaines populations sous prétexte de refuser la différence des droits. Pour les contempteurs de l’universalisme abstrait, la “promesse républicaine” n’est qu’une figure de style pour occulter l’éternelle domination des mêmes. Cette critique rejoint en partie celle des marxistes qui fustigent « l’égalité formelle », celle de la démocratie bourgeoise. Mais elle l’enrichit de concepts nouveaux, puisque l’exploitation n’est pas seulement classiste, mais aussi ethnico-culturelle.
Reste que l’effet déceptif lié à cette promesse républicaine non tenue ne se traduit pas forcément par une remise en cause des fondements de la république. Au contraire. Les grands mouvements antiracistes des années 80 par exemple, se revendiquaient précisément de l’universalisme. Et c’est en son nom qu’ils exigeaient des progrès concrets dans l’égalité des droits.
Le tournant idéologique a lieu plus tard, il y a une vingtaine d’années. Certains militants de gauche, plutôt que de tenter d’homogénéiser des aspirations apparemment divergentes (travailleurs français et d’origine immigrée, ouvriers de la France périphérique et précaires banlieusards,  etc.) ont préféré épouser des revendications religieuses et/ou identitaires prêtées à celles et ceux qui, à l’évidence, étaient le plus touchés par les injustices.
Le résultat est catastrophique : le petit jeu de la concurrence des dominations aboutit à une logique de scissiparité sans fin du corps social qui rend impossible l’élaboration de mots d’ordre unifiants. Au point de légitimer des pratiques de « non mixité » (c’est l’exemple des réunions « réservées aux racisés ») qui minent l’idée magnifique et moderne de Fraternité.
Ainsi, croyant agir au nom de la justice, les différentialistes de gauche se comportent en réalité comme de véritables idiots utiles du communautarisme libéral. Le soutien apparemment paradoxal de certaines organisations ouvertement féministes et laïques (dernièrement, et à notre grande surprise, l’UNEF) à des traditions et à des symboles qui fleurent bon la bigoterie et le patriarcat (par exemple le port du hidjab) témoigne de cette dérive navrante.
A l’autre bout de l’échiquier politique, une partie de la droite s’égare elle aussi. Sans faire sienne l’aversion séculaire de l’extrême droite pour “La Gueuse”, elle n’hésite pas à recourir à la rhétorique du « pays réel ». Sens Commun ressuscite la « France fille aînée de l’Eglise » et la campagne d’un François Fillon (poursuivie par Laurent Wauquiez) jouait parfois la carte d’une identité nationale moins républicaine que religieuse et ethnique.
Face à toutes ces attaques, il est donc temps d’allumer, partout, des contre-feux. En reprenant à notre compte une conception militante de la République :  à la fois une forme de gouvernement et un contenu philosophique qui en est indissociable, résultat de deux siècles de lutte.
Le magnifique préambule de la Constitution de 1946 en dessine les contours : l’adhésion au pacte républicain implique de reconnaître qu’en sus du respect des libertés fondamentales, le citoyen se voit doté de droits sociaux, protégé de la tutelle de tous les clergés, émancipé par l’école.
La nation se confond avec la “République une et indivisible” : on peut considérer qu’il s’agit là, en partie, d’une fiction. Mais, comme souvent quand il s’agit des cultures politiques et des identités nationales, c’est une fiction nécessaire qui convient à un peuple épris d’égalité jusqu’à l’obsession. Et qui, quoi qu’on en dise, a permis, pendant des générations, l’assimilation des importantes vagues d’immigration successive. Le « creuset français », servi par les puissants outils d’intégration qu’ont été l’école et service militaire, renforcé par le droit du sol hérité de la tradition révolutionnaire, n’est pas un mythe. Et contrairement à ce que prétendent les déclinistes et autres identitaires de droite comme de gauche, il fonctionne toujours!
La République Française privilégie systématiquement le commun au particulier. Elle est un projet politique, conscient et performatif, de résistance à l’empiètement permanent de la sphère privée sur la sphère publique. Évidemment, cela ne se passe pas sans heurt. La séparation des Eglises et de l’Etat, la relégation -partielle- de la religion dans la sphère privée, s’était opérée dans la violence. De même, le combat contre tous les particularismes n’a pas été exempt de brutalité. Les choses ont certes évolué : prise en compte de ce que Jaurès appelait les “petites patries”, décentralisation, etc. Mais, pour ne prendre qu’un exemple, il n’y a qu’en France que le débat autour des “langues régionales” soulève encore autant de passion. Aujourd’hui encore, le refus des “statistiques ethniques” ou la réfutation d’un « droit à la différence » (auquel les républicains opposent avec constance le “droit à l’indifférence “) surprend bien des observateurs étrangers. Tant mieux!
Assumer notre singularité historique, défendre et promouvoir une conception exigeante du “vouloir vivre ensemble”, c’est une des tâches politiques du moment.
Être pleinement républicain, mais aussi agir en républicain : il nous appartient d’imaginer les réponses qui permettront de donner une matérialité à cette promesse d’égalité, jamais achevée. Mixité sociale à l’école, aménagement du territoire, vraie politique d’intégration, extension du domaine des Biens Communs et des services publics, lutte contre le chômage de masse, nouvelles protections sociales : les chantiers pour de futures conquêtes sont innombrables. Il n’y a pas de temps à perdre.

 

13. févr., 2018

Olivier Faure, président du groupe "Nouvelle gauche" à l'Assemblée nationale et candidat à la tête du PS, est l'invité de Léa Salamé à 7h50. (29/01/2018)

Quatre hommes briguent la  tête du Parti socialiste. Olivier Faure, président du groupe PS à l'Assemblée nationale, est-il le grand favori? Comment redonner envie aux socialistes d'avoir un destin commun? 

Le candidat Olivier Faure concède, à propos de son parti : "La tête est malade, mais il y a aussi, dans les territoires [des militants], les socialistes (...) qui continuent à orienter la politique".

Sur la réforme constitutionnelle prônée par Emmanuel Macron     

"Il faut des mesures pour arriver à une démocratie plus citoyenne (...) je ne soutiens pas cette réforme constitutionnelle, qui a pour vocation de donner plus de pouvoir encore à Jupiter".

L'air du temps, c'est de dire que les élus c'est pas bien et qu'il en faut le moins possible : pour les remplacer par qui? Des fonctionnaires, qu'on mettrait plus nombreux à l'Assemblée?   

Sur l'égalité hommes-femmes et les accusations de sexisme de Delphine Batho, évincée de la course à la candidature pour la tête du PS

"Je suis pour l'égalité femmes-hommes, mais ça devrait aussi dire 'pas moins de droits' et 'pas plus de droits' (...)" se défend Olivier Faure, "Je ne crois pas qu'être femme, homme, jeune ou vieux, ça fasse un programme".  

"Il faut rompre avec ce que nous avons été pendant trop longtemps" poursuit le candidat, "un parti avec des comportements qui auraient dû être sanctionné depuis longtemps"   :

Les valeurs que nous défendrons ne seront pas nouvelles, mais les propositions, oui, (...) pour entrer dans la modernité

Assumer ou pas le bilan du quinquennat  Hollande? "Il y a des points sur lesquels nous pouvons être fiers", mais Olivier Faure souhaite "un bilan objectif", pour  "tirer les leçons de ce que nous avons fait pendant cinq ans".

Olivier Faure , Député de Seine-et-Marne, président du groupe Nouvelle Gauche à l'Assemblée Nationale

 

8. févr., 2018

Martine Aubry soutient le député Olivier Faure à la présidence du PS

© MAXPPP & Eric FEFERBERG / AFP

La maire de Lille s'est prononcée lors de ses voeux à la presse pour l'un des cinq candidats déjà en lice pour la présidence du Parti socialiste.

Par Q.V avec AFP Publié le 18/01/2018

La maire de Lille Martine Aubry a annoncé ce jeudi 18 janvier apporter son soutien au député Olivier Faure pour prendre la tête du Parti socialiste, considérant qu'il "souhaite remettre le parti au travail".

"Je vais prendre une position qui est de soutenir Olivier Faure", a déclaré l'ancienne première secrétaire du PS lors de ses voeux à la presse, se disant "convaincue de ses convictions".

Quand il y a des lignes politiques différentes, notre honneur c'est d'en débattre


Député de Seine-et-Marne, porte-parole du Parti socialiste et président du groupe Nouvelle Gauche à l'Assemblée nationale, Olivier Faure s'est déclaré candidat à la présidence du parti le 10 janvier.

Cinq candidats


Quatre autres candidats se sont déclarés : l'ancienne ministre de l'Ecologie Delphine Batho, l'ancien ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll, le député du Val-de-Marne Luc Carvounas et le député européen Emmanuel Maurel.

Pour Martine Aubry, "il faut quelqu'un qui ait de l'autorité" à la tête du PS 


"Quand il y a des lignes politiques différentes, notre honneur c'est d'en débattre," a jugé Martine Aubry, mettant en garde contre les règlements de compte personnels. "Si on commence comme ça on est foutu".

Je pense que Margaret Thatcher se sentirait assez bien avec la politique économique et fiscale qui est menée aujourd'hui


Les candidats à la succession de l'ex-premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis ont jusqu'au 27 janvier pour se faire connaître, l'élection étant prévue le 29 mars, et le Congrès les 7 et 8 avril.

Martine Aubry : "Margaret Thatcher se sentirait assez bien avec la politique économique et fiscale menée aujourd'hui"


Martine Aubry a par ailleurs profité de la conférence de presse pour évoquer sans le citer la politique d'Emmanuel Macron. "Je crois que le président de la République a l'impression que les Français sont anesthésiés (...) Je pense que Margaret Thatcher se sentirait assez bien avec la politique économique et fiscale qui est menée aujourd'hui."

Concernant la politique migratoire du gouvernement, l'élue a dénoncé une "politique de dissuasion" et un "déni d'humanité insupportable"

"Oui, il ne faut pas qu'il y ait une nouvelle 'jungle', mais ce n'est pas une raison pour déchirer les tentes" a-t-elle estimé, ajoutant que les migrants "sont tous des hommes, des femmes des enfants, mais on les classe (...) C'est une honte pour la France".

 

7. févr., 2018

Interview

Stéphane Le Foll: «Face à Wauquiez, Le Pen ou Mélenchon, il va falloir percuter, et ça je sais faire»

Par Rachid Laïreche et Laure Bretton — 21 janvier 2018

Le fidèle de François Hollande, qui a annoncé début janvier vouloir prendre la tête du PS, admet qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre sa candidature et celle d’Olivier Faure. Mais selon lui, avant de pouvoir faire émerger de nouvelles têtes, le parti doit être porté par une figure connue pour exister.

Ex-ministre de l’Agriculture, hollandais historique et candidat au poste de premier secrétaire du PS, Stéphane Le Foll compte sur sa notoriété pour redresser un parti exsangue.

Pourquoi candidater à la tête du PS ?

Le PS doit reprendre confiance en lui et retrouver celle des électeurs. Nous avons deux ans pour cela, avant les élections municipales et européennes. Je suis candidat pour agir. Je veux adapter notre parti au nouveau paysage politique entre En marche et La France insoumise. Nos procédures, notre fonctionnement, nos mots sont usés. Si je suis élu, j’organiserai des assises du socialisme sur le fonctionnement du parti avec un vote des militants en septembre. Je pense que ma candidature diffère des autres parce qu’elle se tourne vers l’extérieur du parti. Certains pensent que mon expérience et ma notoriété me disqualifient. Je pense au contraire que c’est ce dont le PS a besoin pour se redresser et pour qu’il existe dans le débat public. Ma loyauté pendant cinq ans, c’est aussi un atout…

Etre un proche de François Hollande, ça peut être un handicap dans ce congrès…

C’est possible. Je peux l’entendre mais on peut renverser l’accusation : la loyauté fait partie de nos valeurs socialistes. On ne peut pas tout le temps accepter les trahisons. La loyauté, c’est une condition sine qua non de la réussite collective. Mais ce n’est pas pour autant que je suis le gardien du temple du quinquennat.

Vous acceptez donc un droit d’inventaire ?

Le mot est, là aussi, un peu usé. J’accepte le droit à la lucidité. Je veux rappeler nos réussites et nos ratés.

C’est rare de vous entendre parler des ratés…

Personne ne peut dire qu’on a réussi notre communication pendant cinq ans. Cela a beaucoup trait à l’exercice du pouvoir de François Hollande. La politique c’est un message lisible : Hollande a pris des décisions extrêmement lourdes mais on avait l’impression que ce n’était pas lui qui les portait. Cela a affaibli la perception de son bilan. Aujourd’hui, on a totalement passé par pertes et profits une grande partie de notre bilan. Plus personne ne se souvient que c’est nous qui avons rétabli la possibilité de la retraite à 60 ans. C’est un décret signé par Hollande, c’est donc fragile, les gens devraient prendre garde aujourd’hui. En tant que porte-parole, j’ai défendu la politique du gouvernement mais j’ai eu des désaccords sur le fond. J’étais contre la loi travail, et en particulier la présenter en fin de quinquennat.

Hollande a regretté la déchéance de nationalité, contrairement à vous…

Sur la déchéance, je regrette le processus. J’étais au Stade de France le soir du 13 Novembre. J’ai participé au Conseil des ministres dans la foulée : ce soir-là, je ne savais pas ce qui allait se passer dans le pays. Cela pouvait aller très loin et très mal. Le discours du Président devant le Congrès a maintenu la cohésion nationale. Dans un premier temps, la déchéance a été évoquée pour les Français binationaux puis, un accord a été trouvé après de longues semaines : tous les Français coupables d’actes terroristes étaient concernés mais la décision appartenait aux juges. C’était une bonne décision mais François Hollande a mis du temps à trancher. Cette décision aurait dû être actée plus tôt, finalement, ça s’est retourné contre le Président.

Beaucoup de socialistes pensent que Hollande tire les ficelles pour ce congrès. Mythe ou réalité ?

Un mythe pour ce qui me concerne. Il ne tire pas les ficelles, et cela vaut mieux pour tout le monde. Aujourd’hui, ce congrès est d’abord celui des militants. Ce n’est pas le prolongement du quinquennat mais ça ne doit pas être celui du reniement de ce qui a été fait.

Comment qualifiez-vous votre opposition à Emmanuel Macron ?

Mon opposition est résolue et intelligente. Résolue parce que j’ai des désaccords profonds, comme la réforme de l’ISF ou la circulaire Collomb. Et intelligente parce qu’il faut aussi souligner les bonnes choses. Par exemple, il incarne la continuité de la présidence Hollande au niveau international, notamment avec la COP 21 et les questions liées au terrorisme. Emmanuel Macron bénéficie aujourd’hui d’un contexte favorable, avec, en Europe, l’affaiblissement d’Angela Merkel et le Brexit, et à l’international, la présidence Trump.

Les enjeux de laïcité divisent la gauche, où vous situez-vous ?

On doit pouvoir discuter calmement de ce défi, éviter un débat comme celui qu’on a vécu cet automne entre Manuel Valls et Edwy Plenel. Ce qui m’inquiète, c’est qu’il y a une forme de dérive. J’ai parfaitement compris que certains, à droite mais pas que, utilisent la laïcité pour trier les religions entre celles qui s’adaptent et celles qui ne s’adaptent pas, en visant la religion musulmane. C’est ce danger qu’il faut combattre. On doit réaffirmer aux Français musulmans, protestants, catholiques et tous les autres que la laïcité c’est le respect de toutes les religions et c’est aussi la liberté de ne pas croire. La loi s’applique partout. L’espace public doit être ouvert à tous. Il n’est pas question que l’espace républicain recule. Je suis pour cet équilibre fondamental.

Manuel Valls veut changer la Constitution pour interdire le port du voile de la maternelle à l’université. Et vous ?

Je ne connais pas le contenu de cette proposition mais je pense qu’il faut être dans une bataille politique et refuser les batailles identitaires. L’identité religieuse, nationaliste, souverainiste… Le socialisme est un rempart contre toutes ces dérives et tous les extrémismes en alliant humanisme et internationalisme, en prônant des valeurs d’ouverture et de respect.

Côté alliances, Luc Carvounas, lui aussi candidat, défend un axe rose-rouge-vert…

Rose-rouge-vert, gauche plurielle, gauche arc-en-ciel… On connaît cette histoire par cœur et on peut en tirer les conséquences : la défaite. Ce ne sont pas des alliances électorales qu’il faut créer mais des fédérations qui se structurent autour d’un parti central à gauche : le PS. Cela permettra de durer dans le temps. Les contrats juste avant une élection ça ne marche plus.

Le PS parle de social-écologie mais ne salue pas l’abandon de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes comme le reste de la gauche. C’est mal parti pour les alliances…

L’écologie ne peut pas se résumer à Notre-Dame-des-Landes. Moi je crois que l’écologie, c’est un sujet global, ça ne peut pas se résumer à un aéroport, c’est un nouveau modèle de développement, dont fait partie le transport aérien, mais pas que.

Votre texte d’orientation sera donc écolo ?

Bien sûr ! Pour moi, le point majeur du combat écologique, c’est celui de l’efficacité énergétique. On aurait d’ailleurs dû le faire plus tôt dans le quinquennat. Les écolos disaient : «La meilleure énergie c’est celle qu’on ne consomme pas.» J’approuve totalement ce slogan. Sur le développement des énergies renouvelables ou sur les économies d’énergie, il faut une démarche de politiques publiques que je préfère à la sobriété individuelle. Pierre Rabhi parle de «sobriété heureuse». Moi je parle d’efficacité collective et enthousiaste. Donc l’écologie sera l’un des piliers de ma motion.

Quels seront les autres ?

Le premier, c’est évidemment la réduction des inégalités sociales. Les gains de productivité étant faibles, les salaires ne permettent plus cette réduction. C’est ça qui met le doute dans toute notre société : les parents ne sont plus sûrs que leurs enfants vivront mieux qu’eux. Il faut donc agir sur les inégalités de patrimoine. J’ai initié une réflexion sur les inégalités patrimoniales avec une dotation de capital pour les jeunes.

Un revenu universel pour les jeunes, comme Benoît Hamon ?

Ce capital de départ doit être pour tous les jeunes mais je ne suis pas pour l’universalité, une somme égale pour tous. Sinon, justement, on ne luttera pas contre les inégalités. On a même le risque de les augmenter. Il faut inventer une forme de quotient jeune sur le modèle du quotient familial. Ceux qui ont peu au départ auront beaucoup à la fin. Un droit de tirage pour financer le permis de conduire ou la poursuite des études, ou tout autre projet.

En vous écoutant, on peine à trouver des différences avec Olivier Faure…

Oui, c’est vrai. Il a été un soutien au gouvernement pendant le quinquennat, notamment avec Jean-Marc Ayrault. Il n’y a donc pas de différence fondamentale entre nous. Pour moi, la vraie différence c’est l’expérience et l’incarnation. Le PS a besoin d’une personnalité forte. J’entends les militants et mes copains qui prônent le renouvellement et je suis tout à fait d’accord avec eux. Je vois bien qu’il y a des jeunes dans les territoires qui prennent leur place avec talent, et c’est l’avenir du PS. Mais face à Laurent Wauquiez, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, on joue très gros, nous devons être capables d’exister politiquement. Je pense que je suis plus à même de le faire. Il va falloir percuter, et ça je sais faire. Dans deux ans, si on arrive à sortir de la crise, on pourra rebondir et mettre des nouveaux visages au premier plan.

Certains espèrent encore une alliance entre les candidats issus de la «majorité» du PS…

J’ai cru comprendre qu’Olivier Faure était favorable à condition que cela se fasse derrière lui !

La France insoumise, En marche ou le mouvement Génération·s permettent d’adhérer par un simple clic. Vous êtes pour ?

Au PS, je pense que l’adhésion doit être double. Une pour les militants qui s’engagent avec une cotisation à redéfinir. On n’a rien fait sur ce sujet depuis les adhérents à 20 euros en 2006. Et une adhésion de quelques euros pour participer à des débats, des projets dans les villes, les métropoles, les régions… C’est une manière de créer des alliances, de faire des rencontres, de discuter entre sensibilités. Aujourd’hui, le PS est trop fermé sur lui-même : nous devons nous ouvrir, sortir de nos sections et faciliter les votes, à travers, notamment, le vote électronique.

Vous allez lancer une consultation militante sur Internet. Vous êtes converti à la démocratie participative?

Converti, non. Mais si je cherche l’avis des militants ? Oui. Quand on est au gouvernement, ce n’est pas toujours facile de le faire. J’ai toujours pris le soin d’aller voir les militants quand j’étais ministre car ce sont eux qui nous ont aidés à gagner et qui nous soutiennent dans les moments difficiles. Nous devons impérativement leur redonner la parole. Il faut qu’ils se sentent utiles et importants.