10. août, 2016

Terrorisme

Droit de réponse à la Chronique de VANF,

Chronique parue dans L’Express de Madagascar du 28/07/2016

Chrétienté molle face à l’islam dur

ou

Démocratie  face au totalitarisme

La multiplication des attentats, en France mais aussi en Allemagne (et plus largement en Europe et en Afrique),  a propulsé, sur le devant de la scène politico-médiatique, le difficile débat sur la question sécuritaire.

 Dans l’hexagone, la problématique des traitements préventif et répressif à mettre en place par le pouvoir politique pour faire face à la barbarie instituée par Daech s’est imposée comme sujet N°1 dans l’opinion publique. Deux thèses s’affrontent, soutenues  par deux camps bien identifiés, les partis idéologiquement classés à gauche et ceux qui se rangent à droite.

A ce stade de l’analyse, notons que si, en France,  le clivage droite-gauche a beaucoup perdu de sa signification sur nombre de domaines, notamment dans le domaine économique, il conserve une certaine pertinence sur les questions sociétales et nous allons le voir ici sur les questions sécuritaires.

La droite de gouvernement, qui regroupe les partis de centre droit et celui dénommé « Les Républicains » (ex-UMP),  est actuellement engagée dans une double compétition électorale, celle  d’une primaire pour l’élection de son candidat à la « Présidentielle » (la primaires aura lieu en novembre 2016) et celle permanente de confrontation-concurrence avec le Front National de Marine Le Pen. Cette situation particulière est plus propice à la surenchère populiste qu’à la sérénité.

La gauche de gouvernement exerce le pouvoir depuis 2012. Bien qu’en  conflit avec ses alliés naturels, elle ne rencontre, sur le terrain de la sécurité, qu’une opposition modérée des partis plus à gauche, EEVL et le Front de gauche. Ces derniers lui reprochent d’instaurer la permanence de l’Etat d’urgence et d’avoir voulu modifier la constitution en introduisant des éléments contraires à ses valeurs, comme la déchéance de nationalité pour les binationaux. « La gauche de la gauche » se situe donc sur une posture « minimaliste », privilégiant la sauvegarde des libertés individuelles sur l’instauration de lois d’exception.

La droite républicaine et l’extrême droite sont sur une démarche opposée, celle du toujours plus sécuritaire. D’une part, n’ayant pas la responsabilité du pouvoir, leurs déclarations sont sans conséquence directe et immédiate. D’autre part, la compétition électorale en cours entre les principaux « candidats à la candidature » pour les élections présidentielles pousse à la surenchère démagogique. Enfin l’approche sécuritaire du traitement d’une telle situation traduit ici un véritable clivage idéologique, la sécurité l’emportant sur la protection de l’Etat de droit et la sauvegarde des libertés.

L ‘inquiétude de la population française face aux attentats terroristes se mue en une véritable angoisse, depuis Nice et l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, atrocités inimaginables et insupportables. La peur s’installe et engendre un besoin de sécurité. Certains responsables politiques s’engouffrent dans cette attente par opportunisme teinté d’idéologie sécuritaire. Pêle-mêle sont proposés : de mettre en place des camps d’internement pour « les fiches S, voire les suspects », de remettre en place la peine de mort pour ces auteurs d’actes terroristes, de durcir les peines d’emprisonnement, d’installer une surveillance générale de la population…  Ces propositions ont-elles un sens dissuasif face à des individus qui avancent munis d’une ceinture d’explosifs pour se faire exploser et pour qui la mort est la conclusion ultime et choisie de leur action terroriste ?

Contrairement au point de vue développé dans la chronique de VANF, je pense que  les démocraties ne sont pas molles mais sont fortes de leur organisation fondée sur l’Etat de droit. Certes, elles peuvent être mises en difficulté du fait des espaces de libertés qu’elles accordent et qui sont exploités par les terroristes. Ces espaces peuvent être « aménagés » selon la nécessité et les circonstances, mais la préservation des libertés individuelles et de l’Etat de Droit demeure leur force et non leur faiblesse. Céder aux sirènes sécuritaires serait céder aux terroristes et à Daech. Le Président François Hollande et le gouvernement l’ont bien compris et le Premier ministre Manuel Valls a opportunément rappelé que la dernière fois que la France avait créé des camps d’internement, c’était sous le « Régime de Vichy ». Triste symbole qu’il est important  de rappeler afin de garder sérénité et raison face à l’obscurantisme et au totalitarisme.

Jean-Daniel Chaoui

Président de Français du Monde Madagascar

Conseiller à l’Assemblée des Français de l’Etranger