2. août, 2017

Antisémitisme

L’antisionisme doit-il devenir un délit pénal ?

 Il ne me paraît pas nécessaire de m’étendre sur le discours de Macron prononcé à l’occasion de la cérémonie du Vel d’Hiv. Je risquerais de me répéter sur un sujet sur lequel je me suis souvent exprimé sur ce site. Car il n’y a rien de nouveau sous le soleil : la vulgate mémorielle est maintenant bien en place. Jacques Isorni et Jean-Louis Tixier-Vignancourt ont donc gagné la partie : au tribunal de l’histoire, « Pétain, c’était la France », a lourdement insisté Emmanuel Macron. Tant pis pour De Gaulle et la Résistance, relégués aux oubliettes de l’histoire. Quant à François Mitterrand, si j’ai bien compris, c’était un ‘’faussaire de l’histoire’’, ni plus ni moins. A cette occasion s’est révélé un aspect de la personnalité de Macron qui n’était pas apparue avec évidence jusqu’à présent : un côté « lourdingue », totalement dénué d’esprit de nuance. Il est vrai que les impératifs du marketing politique laissent peu de place à l’expression d’une pensée complexe et équilibrée.

 A mon sens, la vraie nouveauté du discours de Macron est ailleurs. J’ai été stupéfait de l’entendre énoncer que « l’antisionisme est la forme réinventée de l’antisémitisme ». Chose curieuse, ces propos n’ont guère été commentés par les médias. Certes, l’idée n’est pas nouvelle ; elle est depuis longtemps mise en avant par les sionistes, et largement propagée en France par les intellectuels sionistes (B-H Levy, Alain Finkielkraut). Cela ne me choque pas trop, dans la mesure où on peut ranger cette proposition dans la catégorie des « vérités de combat » : le genre de vérité, à caractère idéologique, proférée par un camp pour affaiblir l’autre camp.

 Mais sur le fond, cette idée est très contestable. On sait que de nombreux Juifs se déclarent antisionistes pour des raisons philosophiques très profondes. Des noms de grands intellectuels juifs sont associés à l’antisionisme. Cela n’en fait pas pour autant des antisémites. Pour ma part, je ne suis pas un expert de ces questions, mais je me suis forgé une opinion que j’aimerais vous faire partager, avec mes idées simples et mes simples mots. Selon moi, l’association faite entre antisionisme et antisémitisme est une erreur tragique car elle revient, en définitive, à banaliser le délit d’antisémitisme.

 Qu’est-ce que l’antisémitisme, sinon le fait de reprocher à un Juif d’être né juif, indépendamment de tous les actes qu’il a pu commettre par ailleurs ? Certes, les antisémites reprochent des actes aux Juifs, mais il s’agit d’accusations rituelles et phantasmagoriques, énoncées de façon volontairement vague et générale (le complot juif, l’influence juive sur l’information et la culture, etc.). Des stéréotypes, en d’autres termes. Bref, ce que l’antisémite reproche au Juif, c’est d’être ce qu’il est, pas ses actes.

 Le sionisme est quelque chose de tout à fait différent : c’est un mouvement politique, une idéologie, et des actes. Etre antisioniste, c’est s’inscrire en opposition contre ce mouvement politique. Bref, c’est reprocher aux sionistes (qui d’ailleurs ne sont pas forcément des Juifs) les actes qu’ils commettent au nom de leur idéologie. Cela n’a strictement rien à voir avec la malédiction ancestrale.

 En d’autres termes, cette identité posée entre antisémitisme et antisionisme est une formidable perte de sens de la nature même de l’antisémitisme. Elle peut même conduire, chez les esprits faibles et ignorants, à banaliser, voire justifier, l’antisémitisme : « il paraît que je suis antisémite parce que je suis antisioniste ? Eh bien, va pour l’antisémitisme. »

 En France l’antisémitisme est un délit pénal. Emmanuel Macron ira-t-il au bout de sa logique jusqu’à faire voter une loi qui punit pénalement l’antisionisme ? Après tout, c’est ce que nous avons fait il y a une vingtaine d’années avec la loi Gayssot : on a fait du négationnisme un délit pénal, non pas en raison de la nature intrinsèque du phénomène (nier un fait avéré au-delà de toute contestation possible), mais tout simplement parce que l’on a considéré (à juste titre, il me semble) que c’était une arme de l’antisémitisme (le complot juif…).

 Pourquoi ne pas faire de même avec l’antisionisme, puisque c’est le Président qui l’a dit ?

 René Fiévet

Washington DC