17. juil., 2013

Appréciations sur la situation politique à Madagascar

Edito : appréciations personnelles concernant la situation politique à Madagascar et les décisions prises ce jour par la France

 

Situation politique à Madagascar

 Madagascar est englué dans une crise politique depuis plus de quatre années (janvier 2009),  suite à l’accession au pouvoir, dans des conditions « controversées », d’Andry Rajaolina, et suite au départ en exil en Afrique du sud de l’ancien Président Marc Ravalomanana. Un régime de transition s’est alors installé en concertation avec la communauté internationale représentée par la SADC, organisation régionale de l’Union Africaine (UA).

 

La rivalité entre les deux principaux protagonistes de la crise apparaissant comme un obstacle majeur à la tenue d’élection dans un cadre sécurisé, la Communauté internationale et la SADC ont demandé au Président de la transition et à l’ancien président de ne pas se porter candidat à l’élection présidentielle qui doit se tenir le 24 juillet 2013. Cette demande a été élargie aux deux anciens présidents Didier Ratsiraka et Zafy Albert.

 

Marc Ravalomanana d’abord, puis Andry Rajaolina ont déclaré publiquement accepter cette demande de la Communauté internationale. Mais, lors du dépôt des candidatures, figuraient les candidatures de Didier Ratsiraka et de Lalao Ravalomanana (épouse de l’ancien président). Or la CES, Cour Electorale Spéciale, organe chargé de faire appliquer la loi concernant les élections présidentielles et législatives à venir, a validé les candidatures de Lalao Ravalomanana et de Didier Ratsiraka et a accepté celle d’Andry Rajaolina introduite après les délais légaux. Ces décisions ont engendré une situation contraire aux engagements pris antérieurement par les protagonistes vis-à-vis de la Communauté Internationale et de la SADC. La CES a, jusqu’à ce jour, refusé de revenir sur ses décisions, les déclarant irrévocables de part la loi qui régit l’élection. Enfin, le gouvernement aurait pris la décision de reporter d’un mois la date des élections, le décret attend la signature du Premier Ministre.

 

La communauté internationale et la SADC ont indiqué formellement qu’elles se retireraient du processus électoral, y compris financièrement, si les trois candidats incriminés participaient à l’élection présidentielle et si la date des élections n’était pas maintenue.

 

Analyse de la position française à Madagascar

 Une réunion de la SADC est prévue dans les jours qui viennent à Maputo (Mozambique) et une réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’UA est programmée pour la fin du mois. Ces deux réunions doivent définir la position « in fine » qu’adoptera la Communauté Internationale dans son ensemble.

 

Depuis plus de quatre années que perdure cette crise politique, la France s’est toujours tenue strictement au principe que l’UA et sa représentation régionale, la SADC, étaient les interlocuteurs du pouvoir de transition à Madagascar, interlocuteurs représentant la Communauté Internationale. Aujourd’hui, la France s’affranchit de cette ligne de conduite  en annonçant unilatéralement des décisions coercitives envers les trois protagonistes précités.

 

Mon sentiment par rapport à cette décision

 Je ne suis pas en accord avec cette décision de « rupture » de positionnement qui sera immanquablement remarquée. Cette décision ostensible du Ministre des Affaires Etrangères est en effet de nature à fragiliser, d’une part la sécurité de la communauté française résidant dans la grande île, et d’autre part les entreprises et les intérêts français établis à Madagascar.

 

Pour ces raisons, cette « rupture » d’un positionnement diplomatique m’apparaît malvenue et inutile. Elle sera mal ressentie par le peuple malgache mais aussi par la communauté française dans son ensemble. La sécurité de notre communauté ne peut en aucun cas être sous-évaluée dans les décisions politiques.

 

Jean-Daniel Chaoui

Conseiller AFE Madagascar Océan Indien

Président de l’UESRE