12. oct., 2015

CHRONIQUE DE VANF: l’idéal de servir en uniforme

Personne ne rendra donc hommage à ces soldats morts dans l’exercice de leur mission, là-bas, dans ce Grand Sud qui bénéficierait presque d’une extraterritorialité de moeurs et coutumes, pourtant difficilement conciliables avec les pratiques d’une République moderne qui ne considère pas le vol de zébu comme du folklore initiatique mais purement et simplement comme un crime. Cette Chronique leur est donc dédiée, à ces gendarmes envoyés au front sans beaucoup de moyens, morts sous les balles de bandits qui s’en prennent ouvertement aux attributs du Fanjakana, et enterrés dans l’indifférence d’une opinion publique qu’on oublie d’éduquer dans le respect des symboles : le drapeau malgache, l’hymne national, la dignité de l’uniforme.

 

Certes, l’épisode du coup d’État de 2009 salira durablement la réputation des hommes en uniforme. Mais, les militaires malgaches ne sont pas tous des zombies prêts à mettre en joue l’ambassadeur des États-Unis, à malmener un Chef d’Église ou à cracher sur un Contre-amiral ministre de la Défense. Tous les militaires malgaches ne sont pas à l’image des plus tristement célèbres d’entre eux, coupables d’exactions en 1991, 2002 ou 2009. Dans cette guerre d’image, c’est d’abord aux militaires, aux gendarmes, aux policiers, de retrouver une légitimité par des actions qui ne prêtent pas à équivoque.

 

Ces militaires et ces gendarmes sont dans les «zones rouges» pour exécuter les ordres. De déterminer si les objectifs sont clairs, la stratégie cohérente, les moyens adéquats, n’enlève rien au respect que méritent ceux qui sont morts en combattant les voleurs de zébus. Si cette compagnie de gendarmerie n’était pas sur cette ligne de front à Betroka, qui sait quelle actualité anachronique, digne des récits de voyageurs du XIXème siècle ou des mémoires des gouverneurs esseulés de l’administration de Rainilaiarivony, ces «dahalo/fahavalo» ne viendraient pas porter régulièrement aux chefs-lieux Fianarantsoa ou Antsirabe, déjà qu’on les sait répandant la terreur sur les marches méridionales et occidentales de notre «monde fini».

 

Mais, la mort d’un officier de gendarmerie à Betroka ne retient pas autant l’attention que les brutalités contre une manifestation estudiantine à Ankatso ou les agissements ambigus d’un peloton de militaires dans l’Ankazobe. Dans notre pays, un glissement dangereux s’est opéré : les «forces de l’ordre» sont considérées, au mieux comme des parasites budgétivores, au pire comme les spécialistes des atteintes aux droits de l’homme. Ainsi, quand il faut bien maintenir l’ordre et mettre fin à l’anarchie qui règne joyeusement sur la Place du 13 mai, les démagogues crient au viol : il y a une expression malgache, «herim-pamoretana», un néologisme forgé de je-ne-sais quel traumatisme, que les illusionnistes politiques et leurs séides dans les médias brandissent alors immanquablement. Un simple piquet des forces de l’ordre devient synonyme de dictature. Parce qu’aux yeux de certaines personnes, la démocratie c’est laisser tout faire : bloquer la rue, squatter une Place, et, de temps en temps, pour relancer la machine fatiguée, opérer des raids vers les palais présidentiels et espérer que les «forces de répression» fassent usage de la force, tirent à balles réelles ou balancent des grenades offensives (10 août 1991, 7 février 2009).

 

La mauvaise presse des forces de l’ordre tient à la présence en leur sein d’éléments intellectuellement insuffisants, caricatures de la brute épaisse, ou de voyous, camouflés sous l’uniforme de l’abus de confiance ou des voies de fait. Les bavures achèvent de rendre détestables les forces de l’ordre. Mais, une cohérence est à trouver entre la formation et les missions : les militaires ne sont pas destinés à contenir une foule, comme les policiers ne sont pas formés pour combattre une invasion à nos frontières. Retrouver une légitimité de mission passe par la remise en cause du concept de la mixité des trois entités (armée, gendarmerie, police) dans les EMMO. Le professionnalisme retrouvé ferait de l’uniforme l’idéal de servir.