6. juil., 2017

L’Afrique va-t-elle devoir faire sans le Tchad ?

Le Tchad «sera dans l'obligation de se retirer» des opérations militaires en Afrique «si rien n'est fait» pour aider financièrement le pays, qui traverse une sévère crise économique et sociale, a assuré dimanche le président tchadien Idriss Déby Itno. «Nous n'avons pas du tout été soutenus sur le plan financier, économique», a-t-il indiqué. Et de poursuivre dans l'entretien qu'il a accordé à RFI, TV5 Monde, et le quotidien Le Monde: «si rien n'est fait, si ça continue, le Tchad sera dans l'obligation de se retirer» des opérations extérieures sur le continent, a expliqué le président dans un entretien à RFI, TV5 Monde, et le quotidien Le Monde.

Pas possible d'«être présent partout»

Au Mali, le Tchad forme le troisième contingent le plus important de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma), avec1390 hommes. Par ailleurs,2000 soldats tchadiens sont engagés dans la Force multinationale mixte, créée en2015conjointement par le Niger, le Nigeria, le Tchad et le Cameroun, pour combattre le groupe islamiste nigérian Boko Haram. «Nous ne pouvons pas continuer à être partout, au Niger, au Cameroun, au Mali. Tout cela coûte excessivement cher», a-t-il continué.

Concernant la formation de la force conjointe du G5 Sahel, le président tchadien a exprimé sa réticence quant à une participation tchadienne, arguant ne pas pouvoir «avoir1400 hommes au Mali (...) et dans le même temps avoir2000 soldats dans le G5 Sahel». «On ne peut pas faire les deux à la fois, être dans le G5 Sahel et en même temps dans une autre mission sur le même théâtre», a expliqué le chef de l'Etat, au pouvoir depuis 1990.

Un prix humain lourd pour le Tchad

En attendant, ce week-end, huit soldats tchadiens ont été tués lors de violentscombats contre des djihadistes de Boko Haram sur cinq îles nigérianes dulac Tchad, a annoncé lundi à l'AFP à N'Djamena le porte-parole del'état-major tchadien.

«Nos forces ont attaqué les éléments de Boko Haram sur cinq îles ducôté du Nigeria le24et25juin et les ont chassés», a expliqué lecolonel Azem. «Nous déplorons8morts et18blessés du côté des forces de défense tchadiennes», a-t-il ajouté enfaisant état de plus de160djihadistes nigérians tués dans l'opération. Les soldats tués faisaient partie de la force régionale créée par lespays riverains du lac Tchad pour lutter contre le groupe djihadistenigérian, selon l'officier. «Au cours de ces opérations,162éléments de Boko Haram ont été tués,6 véhicules détruits», a-t-il poursuivi, mentionnant également ladestruction de nombreuses motos - fréquemment utilisées par les membresde Boko Haram pour leurs raids - et la saisie d'«armes de différentscalibres».

La défiance du Tchad par rapport au G5 Sahel

En février à Bamako, les chefs d'Etat du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) avaient annoncé la création d'une force militaire conjointe visant à enrayer l'expansion des groupes djihadistes dans la région. Une résolution saluant le déploiement de cette force a été adoptée mercredi au Conseil de sécurité des Nations unies. «Je suis absolument certain que les Tchadiens sont déçus. Ils estiment que le Tchad en a trop fait et (qu'il) doit se retirer. Nous sommes arrivés au bout de nos limites», a indiqué M. Déby. «L'année2018va être une année déterminante. Fin 2017, début 2018, si cette situation devait perdurer, le Tchad ne serait plus en mesure de garder autant de soldats à l'extérieur de son territoire», a-t-il assuré. Le Tchad est depuis plusieurs années en proie à une sévère crise économique et sociale, aggravée par la faiblesse des cours du pétrole.

Le 28/06/17