7. août, 2019

Marianne

Économie

Deliveroo : la grève gronde face à la suppression du tarif minimum par course

Par Marie Chéreau

Publié le 02/08/2019 à 15:30

Lundi soir, Deliveroo a annoncé à ses livreurs la suppression du tarif minimal de la course, désormais uniquement calculée en fonction de la distance. Partout en France, un peloton de résistance s’organise.

"C’est le coup de grâce !". Jérome Pimot, fondateur du Collectif des livreurs autonomes parisiens (CLAP), est gonflé à bloc. Lundi soir, le 29 juillet, la plateforme Deliveroo a annoncé ceci par un mail à ses livreurs qu’à partir du lendemain : "Au lieu de proposer une tarification minimale qui ne représente pas la diversité des commandes, nous nous efforçons de vous offrir un tarif reflétant l’effort nécessaire pour chaque livraison"… En clair, un nouveau changement de la politique tarifaire : en 2015, les drivers étaient payés à l’heure; deux ans plus tard, Deliveroo leur imposait des tarifs à la course; en 2018, l'appli avait mis en place la tarification selon la distance mais avec un minimum variable d’environ 4 euros par livraison. Et cette fois, donc ? Eh bien, terminé le tarif minimum, les livreurs seront uniquement payés à la distance. Et ce, dès le lendemain matin, mardi.

Deliveroo et ses livreurs, la guerre des chiffres

Contactée par Marianne, l'appli nous indique mettre "en place un outil de guidage qui calculera le temps prévu pour chaque livraison" et ce, "en fonction du trafic et des possibles obstacles sur le trajet". Mais sa recette reste secrète : "Deliveroo estime un temps avec sa formule qui nous est totalement inconnue et que personne n’a jamais réussi à avoir, ce qui est illégal puisque nous ne pouvons pas justifier nos facturations !", interpelle Karl, livreur à Pau. Pour toute précision, l’entreprise nous lâche : "Quand vous faites 100 mètres à 15 heures sur le boulevard Saint-Germain ou à 19 heures, ce n’est pas la même chose".

D'expérience, notre livreur palois nous assure que les temps de livraison imposés par la plateforme omettent certains éléments : les minutes perdues en attendant les commandes au restaurant, à monter les escaliers, à appeler le client pour qu'il ouvre… Mais l’entreprise défend son nouveau cheval de bataille, faisant valoir qu'elle va "payer davantage les livreurs pour les courses de distances intermédiaires et longues", tout en reconnaissant que, de fait, "les frais pour certaines commandes plus courtes peuvent être plus faibles". Au bout du compte, Deliveroo promet que "plus de 54% des commandes seront payées davantage". Et de combien baisseront les 46% restant ? L’entreprise botte en touche.

Outre la bataille des chiffres, le porte-parole de CLAP n'apprécie guère qu'une fois de plus, les livreurs soient mis au pied du mur sans préavis : "La communication chez Deliveroo est particulière, à destination des livreurs, il n’y a pas de discussion, ils sortent des chiffres comme ça et imposent du jour au lendemain leur nouvelle tarification…". Selon la direction, qui déclare organiser de "nombreuses tables rondes et permanences régulières partout en France", "plus de 70% de livreurs" seraient favorables à la nouvelle tarification. "Un dialogue ? Oui, entre coursiers et OPS - acteurs du maintien de l’emploi depuis janvier 2018 -, qui regardent cela comme une pièce de théâtre, impuissants et même totalement ignorants par rapport aux sujets qu’on expose", souffle Karl.

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Course Contre la montre

Sur le terrain, la nouvelle formule fait manifestement grogner de nombreux livreurs Deliveroo, qui publient sur les réseaux sociaux des captures d’écran de leurs courses et des nouveaux tarifs perçus. Où il apparaît que pour une distance équivalente, le tarif diminue parfois de 50%, les plus courtes passant de 4 euros, le tarif minimal en vigueur auparavant, à 2 euros ! "De bon livreurs qui pouvaient gagner 170€ par jour sont passés à 120", nous assure Jérome Pimot. "Il est hors de question que je perde 20 minutes de mon temps pour 2,50€. On va droit vers une dégradation de la qualité du service !", s’énerve Karl.

Aujourd'hui plus encore qu'avant, chaque début de shift s'apparente pour les coursiers à un départ de contre la montre. "Ils veulent des livreurs qui vont plus loin et plus vite. Ces commandes longues vont mobiliser plus de livreurs en scooter", alerte le fondateur de CLAP, remarquant que le risque d'accidents accrus par la précipitation ne pèsera pas sur Deliveroo : "Ce n’est pas leur assurance qui va nous couvrir car il n’y a pas de contrats !".

Mouvements à Toulouse, Tours, Paris, Montpellier…

En réaction, dès mardi, des livreurs se sont mis en grève à Toulouse, puis mercredi à Besançon et Tours. Ce week-end, des rassemblements doivent avoir lieu à Montpellier, Limoges, Nice, Nantes, Grenoble, Bordeaux et place de la République à Paris. "Notre grand projet, c’est une grève nationale. Et frapper dans les villes symboliques : Paris, Lyon, Bordeaux. C’est toute une organisation où CLAP joue le chef d’orchestre", prévoit Jérome Pimot.

A Pau, Karl est plus résigné : "Ici, on a des Iraniens, des Népalais, des Africains qui sont venus en France pour étudier et essayer de s’en sortir. Comment voulez-vous qu’on leur dise de ne pas bosser, au risque de ne plus pouvoir étudier et tout perdre ?" . Le porte-parole de CLAP déplace son viseur : "Le gouvernement ferme les yeux car ça fait des chômeurs en moins. L’État protège les plateformes, c’est son modèle aussi, la start-up nation, main dans la main ! Et les livreurs sont en première ligne !".

 

30. juil., 2019

Vie

Français à l’étranger.fr

France Info, Français du monde : le VIE, bonne pioche pour les jeunes qui rêvent de l’étranger

Publié le 21 juillet 2019 Par  Nathalie Laville

 

Emmanuel Langlois consacre sa dernière chronique à ces jeunes Français qui partent à l’étranger en passant par les VIE (volontariat international en entreprise) : cela permet de débuter une carrière à l’étranger tout en ayant la garantie d’un emploi et d’un salaire dans une entreprise française installée en dehors de nos frontières. En presque vingt ans, ce sont déjà 70 000 jeunes qui sont partis dans près de 7 000 entreprises et plus de 130 pays. Le gouvernement souhaite augmenter de moitié ce chiffre d’ici la fin du quinquennat… autant d’opportunités à ne pas manquer !

 

27. juin, 2019

Marianne

Assurance chômage : les reculs pervers de la réforme Macron

Par Laurence Dequay

Publié le 21/06/2019

La ponction de la nouvelle réforme de l'assurance chômage, voulue pour le 1er novembre 2019 par Emmanuel Macron, sur l’indemnisation des chômeurs, va les replonger dans les terribles dilemmes qui les paralysaient avant la réforme de 2014. Voici pourquoi.

"Avec cette réforme, nous visons une baisse du nombre de chômeurs de 150.000 à 250.000 sur les trois ans à venir. Loin d'une approche comptable et d'une logique de rabot, cette transformation de l'assurance chômage nous permettra d'atteindre plus de 3,4 milliards d'économies de 2019 à 2021", a martelé, mardi 18 juin aux partenaires sociaux, le Premier ministre Edouard Philippe en présentant les nouvelles règles d’indemnisation drastiques que son gouvernement entend promulguer prochainement par décret. Un cynisme qui a déchaîné l’ire de tous les syndicats de salariés, à commencer par Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT. "Ce sera tout le contraire, cette réforme injuste, inique, pèsera sur l’activité", tonne l’ancien conseiller en insertion sociale. Et pour cause… "Il y a un chômeur sur deux qui est indemnisé. Avec la réforme du gouvernement, c’est un sur trois", complète Catherine Perret de la CGT. Quand le secrétaire général de Force ouvrière, Yves Veyrier, dénonce "un raisonnement consistant à faire le procès des salariés précaires qui seraient responsables de leur situation".

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De fait, dans une France où 87% des embauches se font en CDD ou en intérim, cette ponction sur l’indemnisation des chômeurs va les replonger dans les terribles dilemmes qui les paralysaient avant la réforme de 2014. Explications.

RIP les droits pour 240.000 demandeurs d'emploi

Selon ces nouvelles règles applicables aux privés d'emplois inscrits à partir du 1er novembre 2019, il leur faudra en effet avoir travaillé six mois sur les 24 derniers mois pour être indemnisés (contre 4 sur 28 actuellement). Ce qui, selon les calculs de la CFDT, signifie que 240.000 privés d'emplois, principalement des jeunes et des précaires, n'entreront pas immédiatement en indemnisation (ce qui, au passage, reculera d'autant leur accumulation de droits pour la retraite). Ils devront donc survivre des aides sociales destinées à lutter contre la pauvreté, à savoir le RSA, 559 euros pour une personne seule, 839 euros pour un couple. Enfin, s'ils y ont droit car les moins de 25 ans sont censés, pour le percevoir, avoir exercé déjà deux ans une activité à temps plein sur les trois dernières années. Condition rarement remplie ! Et lorsqu'ils signent un engagement de Garantie jeune (492 euros par mois,) ils sont censés ne recevoir aucun autre soutien hors le logement. Mais lorsque l'on se débat dans cette pauvreté, on survit, et se concentrer sur sa recherche d'emploi est une gageure. Se loger, se soigner, se déplacer au quotidien pour pourvoir accepter un travail un peu plus loin sont autant de freins à la reprise d'activité, comme l'expérimentent au quotidien les conseillers de Pôle emploi, des missions locales qui s'échinent à les lever un par un. Un travail de Sisyphe, si dans le même temps le gouvernement ouvre grand la trappe à pauvreté. D'autant que ce n'est pas le seul recul pervers de cette réforme...

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Accepter un CDD de 2 mois ou pas ? Le retour du dilemme

Si les décrets d'application imposés par le gouvernement confirment ses annonces, un demandeur d'emploi qui reprend une activité après le 1er novembre n'engrangera de nouveaux droits à indemnisation que s'il cotise à nouveau pendant plus de six mois. Les chômeurs vont donc retomber dans les affres d'avant la réforme de 2014 qui leur garantissait justement d'améliorer leur situation dès la reprise d'un job, quel qu'il soit. Ainsi, si une offre de mission de deux mois tombe, ils devront s'interroger : puis-je prendre le risque d'accepter ce boulot ? Ou dois-je attendre encore un peu dans l'espoir de décrocher un CDD de six mois minimum afin d'être sûr de ne pas me retrouver dans la panade, sans indemnisation, l'année prochaine ? Sachant que sur les 2,6 millions de projets de recrutement des entreprises en France, 35% - c'est-à-dire 942.250 - concernent des emplois non durables de moins de six mois, on voit à quel point ces doutes vont peser sur leur reprise d'emploi. D'autant plus, qu'ils devront dans le même temps y réfléchir à deux fois avant d'accepter des temps partiels à répétition. Car leur indemnisation sera calculée, après le 1er avril 2020, sur la moyenne de leur rémunération mensuelle et non plus sur la base de leur salaire journalier, soit 200 euros de moins par mois selon certaines projections pour ceux qui cumulent miettes de boulot et indemnisation…

La dégressivité pour les cadres va peser sur les autres

Enfin, dernier effet pervers : comme dans le même temps, les cadres plus qualifiés seront incités au bout de six mois, par la baisse de 30% de leurs indemnités (avec un plancher à 2.261 euros net), à reprendre un poste pour lequel ils sont surqualifiés, on risque de renouer avec les effets d'éviction pernicieux observés en 2008 sur les CDD "durables" : relégués en queue de file d'attente, la situation des privés d'emplois les moins qualifiés se dégrade alors plus encore... Un danger sur lequel alerte tout particulièrement François Hommeril, président de la CFE-CGC, qui lance une pétition contre l'imposition de cette dégressivité.

Le bonus-malus mal ciblé

Le gouvernement aurait-il pu s'y prendre autrement pour remédier au dysfonctionnement du marché du travail ? Oui. En re-régulant simplement les CDD d'usages qui ont dérapé. En augmentant les cotisations perçues sur tous les contrats courts, puisque ces derniers permettent aussi aux employeurs de priver leurs recrues qui enchaînent ces engagements d'augmentations de salaire en rapport avec leur ancienneté dans un poste. Or, il se contente d'imposer un système fragile de bonus-malus sur ces CDD courts qui ne concernera que six secteurs d’activité, responsables…de 34% seulement de ces engagements. Et 10 euros de taxe sur les CDD d'usage. Edouard Philippe aurait pu aussi, comme la CGT, le propose, demander aux employeurs de cotiser sur la totalité des salaires qu'ils versent à leurs salariés les mieux rémunérés, en supprimant le plafonnement existant à 13.508 euros. Car cette mesure pèserait principalement sur les grands groupes en épargnant les PME, les artisans...

Les chômeurs payent cher un "meilleur" Pôle emploi

Alors certes, en contrepartie, le gouvernement s'engage à mieux former et accompagner les privés d'emploi, ce qui est une très bonne chose. Et la ministre du travail, Muriel Pénicaud, promet une concertation sur la situation délicate des séniors, 916.400 sur les 3,4 millions de demandeurs d'emplois inscrits en catégorie A, selon les derniers chiffres publiés par Pôle emploi. Simplement, à l'aune des économies réalisées sur les chômeurs - quelque 3,4 milliards espérés -, ces derniers vont payer très cher ce meilleur suivi ! C'est pourquoi les syndicats se mobiliseront le 26 juin… en ordre dispersé : la CFDT, l'UNSA, la CFTC devant le ministère du Travail; la CGT devant le siège de l'Unedic.

 

19. juin, 2019

Le Huffpost

Facebook se lance dans la cryptomonnaie avec Libra: ce qu'il faut savoir. Le réseau social devrait lancer sa cryptomonnaie en 2020, un vrai bouleversement pour certains.

Par Lucie Oriol

ASSOCIATED PRESS

ECONOMIE - Nom de code : Libra. Comme promis il y a peu par Laura McCracken, responsable des services financiers et des partenariats de paiement pour l’Europe du Nord, ce mardi 18 juin, Facebook devrait dévoiler son livre blanc concernant sa propre cryptomonnaie du nom de Libra qui devrait être lancé en 2020 d’après de multiples sources, dont Le Parisien et Franceinfo.

La monnaie pourra s’échanger sur l’ensemble des plateformes appartenant au groupe - WhatsApp, Instagram, et Facebook- mais pas seulement. Pour son projet, la firme de Mark Zuckerberg a lancé un large “appel d’offres” à ses partenaires, afin d’ouvrir l’éco-système de sa future cryptomonnaie. Selon Les Échos,  27 groupes ont déjà dit oui moyennant 10 millions de dollars. Parmi eux: Visa, PayPal, Uber, Booking ou Illiad, maison mère de Free.

Une arrivée remarquée dans le monde monétaire qui n’est pas sans susciter quelques interrogations. 

  • Quel est l’intérêt de cette cryptomonnaie pour Facebook ?

Farouchement gardé secret pendant des mois, le projet de cryptomonnaie de Facebook a été lancé avec David Marcus, ancien responsable de PayPal. L’idée pour la firme, c’est surtout celle de se positionner sur un nouveau marché, explique Grégory Raymond, journaliste pour le magazine Capital et spécialiste des cryptomonnaies, contacté par Le HuffPost: 

“Le modèle économique de Facebook (basé sur la vente d’espaces publicitaires) a atteint une certaine maturité et l’entreprise a besoin de nouvelles sources de revenus pour continuer à croître. Son projet est de devenir un nouveau géant du paiement. Un nouveau Visa ou un nouveau PayPal”

Surtout, le marché des paiements en ligne offre des débouchés considérables. “Aujourd’hui, seulement 4% à 5% des dépenses se font en ligne : ce marché va exploser dans les années à venir. Le moment semble opportun car la technologie permet aujourd’hui de se passer des acteurs et des réseaux de paiement traditionnels”, estime Grégory Raymond.

  • Depuis 2017, il est question de dépression autour du Bicoin, la cryptomonnaie de Facebook sera-t-elle plus sûre?

Pour ce spécialiste, le lancement de Libra devrait avoir un effet positif sur le marché, sans pour autant créer une concurrence entre les deux entrées. “Bitcoin et Libra ne répondent pas au même besoin, il n’y a pas de concurrence: Bitcoin est un moyen d’échange sur lequel aucune autorité centrale n’a le contrôle. Il est conçu pour que sa valeur augmente dans le temps en raison de sa rareté (21 millions d’unités maximum). Ça n’incite donc pas à l’utiliser dans la vie de tous les jours, au contraire du Libra dont la valeur doit rester stable car il devrait être indexé sur un panier de grandes devises” détaille-t-il. Résultat, il ne sera pas possible de spéculer sur la cryptomonnaie de Facebook.

Quant à la “dépression”, le journaliste y voit plutôt “une bulle”,  qui a explosé début 2018 et qui ne cesse de remonter depuis. “Cette correction est un mouvement naturel visant à ‘nettoyer’ le marché des personnes qui ne savaient pas exactement pourquoi elles avaient investi en 2017 (en dehors du fait qu’elles s’attendaient à devenir riches rapidement)”, souligne-t-il, en précisant qu’après 3200 dollars en décembre 2018, le Bitcoin s’échange actuellement autour de 9000 dollars. 

  • Pourquoi parle-t-on d’un “bouleversement” à venir?

Si le projet de cryptomonnaie de Facebook fascine autant qu’il surprend, c’est notamment parce que ce sont plutôt des groupes comme Google et Amazon qui étaient attendues sur le sujet. Une question de temps, selon Grégory Raymond.

Pour autant, de nombreux spécialistes voient dans l’arrivée de Libra un vrai “bouleversement”. “Ce qui est disruptif, c’est qu’en plus de maîtriser les ‘tuyaux’ par lesquels vont transiter les fonds, Facebook va également concevoir ces fonds et réduire sa dépendance aux États. On dit des Gafam qu’ils sont aussi puissants que les États, avec une monnaie ils augmenteront encore un peu plus ce pouvoir”, souligne Grégory Raymond.

Sur Atlantico, Michel Ruimy, Professeur à Sciences po et économiste à la Banque de France, estime que ce qui est en jeu c’est aussi la taille de “l’éco-système” dans lequel pourra circuler la cryptomonnaie Facebook. “Plus la gamme de services proposés au sein de l’écosystème sera importante, moins l’utilisateur aura intérêt à en sortir. Facebook pourrait ainsi proposer la possibilité de transférer des fonds et/ou, des avantages alléchants aux commerçants, via Facebook Marketplace, pour l’imposer rapidement comme un moyen de paiement en magasin. Un réseau de bornes de retrait physiques pourrait être établi afin de permettre aux utilisateurs de gérer leurs fonds”, détaille Michel Ruimy, qui prédit une menace pour certaines cartes bancaires.

  • Qui seront les utilisateurs de ce GlobalCoin?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la cryptomonnaie Facebook n’intéressera pas forcément ceux qui ont déjà facilement accès à d’autres moyens de paiement. “Je vois beaucoup plus de perspectives dans les zones où les gens ne sont pas bancarisés (40% des adultes dans le monde). Facebook leur apportera un moyen de se développer facilement du moment qu’ils ont Internet (ça tombe bien Facebook a également des programmes pour connecter les zones non couvertes). Enfin, la cryptomonnaie de Facebook est conçue pour avoir une valeur stable. Cela permettra aux citoyens de pays comme le Venezuela ou l’Argentine, où les taux d’inflation explosent, de protéger leur épargne en la convertissant facilement en Libra”, détaille Grégory Raymond. 

À terme donc, la cryptomonnaie Facebook pourrait même apparaître comme une valeur refuge: “Dans certains pays moins développés, et notamment dans des pays où il existe un contrôle des changes ou une forte inflation, des citoyens pourraient avoir plus confiance en Facebook qu’en leur gouvernement”, souligne encore le spécialiste. 

 Une concurrence directe avec des États souverains qui n’est pas sans créer des interrogations. 

  • Les États ont-ils des raisons de s’inquiéter?

Facebook compte 2,3 milliards d’utilisateurs actifs, soit près d’un quart de la population mondiale. Cela fait donc potentiellement plusieurs millions d’utilisateurs de Libra. De quoi déstabiliser les gouvernements?

Selon Grégory Raymond, ce sont plutôt les utilisateurs qui doivent se méfier... et les banques. “Le protocole sera contrôlé par une fondation installée en Suisse. Ce mode de gouvernance montre que Facebook a compris qu’il fallait partager les responsabilités pour inspirer de la confiance. Toutefois, on ne sait pas à quel point Facebook exercera son pouvoir. Facebook aura-t-il un droit de veto? La technologie sera-t-elle en open source ou appartiendra-t-elle à Facebook? Au final, cela me paraît dangereux qu’un tel acteur obtienne autant de données importantes sur les citoyens. Pensez-y: Facebook pourrait en savoir plus sur vous que le fisc et pourrait monnayer ces infos à des entreprises privées. Cela devrait poser la question du démantèlement de Facebook avec plus d’insistance”, détaille le journaliste, avant d’ajouter que ce sont les institutions bancaires qui doivent aussi se méfier: ”à court terme, ce sont plutôt les banques qui ont du souci à se faire. L’ampleur de ce qui se prépare pour elles est mille fois supérieure à ce qu’elles ont subi avec l’émergence des FinTechs. Et là, elles ne pourront pas racheter leur concurrent”, détaille-t-il. 

Michel Ruimy abonde en ce sens et n’exclut pas ainsi qu’une une fois la valeur d’usage de sa cryptomonnaie développée, Facebook ait toute latitude pour faire évoluer sa “politique monétaire” et se mette à agir “non seulement comme une banque commerciale, mais aussi comme une... banque centrale. A terme, Facebook aurait les moyens de devenir une sorte de banque centrale privée”, analyse-t-il. 

 

17. juin, 2019

Rome tacle Paris : échec de la fusion Fiat- Renault

En Italie, on parle de divorce à la française en évoquant l'échec du projet de mariage dans l'industrie automobile entre le français Renault et l'italo-américain Fiat-Chrysler. Les deux explications avancées sont l’excès d’interventionnisme du gouvernement français et l’inertie totale du gouvernement italien.

Les partis politiques de l’opposition sont unanimes sur un point. Ils attribuent l’échec des noces entre Fiat Chrysler automobile et Renault, avant tout au souverainisme industriel français, fortement défendu par le président Emmanuel Macron et son ministre de l’Économie. Mais ils ne sont pas plus tendres avec le gouvernement M5S/La Ligue qui s’est totalement défilé. Alors que Fiat emploie plus de 80 000 personnes du nord au sud du pays.

De fait, le vice-président du Conseil italien et ministre de l’Industrie, Luigi Di Maio, ne s’est exprimé que ce vendredi 7 juin sur les ondes d’une radio privée pour déplorer l’ingérence de l’État français et dire que cette opération aurait pu être bénéfique à l’Italie et aux Italiens.

Quant aux syndicats italiens, contrairement à la CGT, ils n’applaudissent pas le retrait du groupe italo-américain. Ils estiment que c’est une grande opportunité perdue aussi bien pour la France que pour l’Italie et s’insurgent contre le désintérêt de Rome face au destin du secteur automobile en Europe.

La Vérité

Le 08/06/2019