24. avr., 2017

Nouveaux-concepts

La technologie de la « Blockchain » au service du continent africain

Le 8 mars dernier, Lamine Diallo, ingénieur de profession, initiait la première rencontre « ETHERAFRICA » à laquelle il avait convié étudiants et praticiens dans divers domaines afin de les introduire à une innovation technologique qui depuis 2008 révolutionne de nombreux aspects de la vie économique mais dont la technicité pourrait laisser penser qu’elle constitue une science réservée aux experts : la « blockchain».

Qu’est-ce que la « Blockchain » ?

La « blockchain » (ou chaîne de blocs) est un système de stockage et de transmission totalement transparent et infini à la traçabilité parfaite. En somme, cette technologie constitue une un grand livre de comptes qui a la particularité d’être décentralisé, puisqu’il est mis à jour mais également contrôlé de façon collective et non pas par une autorité centrale.

La décentralisation du système de la « blockchain » lui confère une haute sécurité en rendant impossible toute tentative d’altération des transactions, à la différence d’une base de données classique.

Elle présente également l’avantage d’assurer le passage d'ordres de façon plus rapide et moins coûteuse. Aujourd'hui, un virement prend 48 heures en moyenne, il pourrait devenir demain instantané grâce à la chaîne de blocs.

Quelles applications au quotidien ?

Le système « blockchain » est indissociable de la création de la monnaie électronique (ou cryptomonnaie) que constitue le bitcoin. Cette monnaie permet d’acheter des biens et des services mais peut aussi être échangée contre d’autres devises. Elle n’est cependant pas produite par une banque centrale mais fonctionne de manière décentralisée à travers un réseau, reposant ainsi sur la technologie de la « blockchain » et constituant sa première application lancée en 2008.

Toutefois, la transparence et la sécurité qu’offre-la « blockchain » en fait le vecteur d’applications qui dépassent les transactions monétaires. L’ethereum est une autre application concrète de la « blockchain », qui comporte la deuxième cryptomonnaie décentralisée après le bitcoin, mais elle permet surtout de réaliser des « smart contracts » : des programmes autonomes qui, une fois démarrés, exécutent automatiquement des opérations définies au préalable.

Ainsi, en partant du constat que 60 % des passagers assurés contre le retard de leur vol ne cherchait pas à récupérer leur argent, un système d’assurance automatisé basé sur des « smart contracts » a été créé. Il a permis aux passagers d’être automatiquement indemnisés lorsque leur vol est en retard, sans avoir besoin d’effectuer de démarches. Ce cas illustre la capacité de la « blockchain » à générer la confiance et la sécurité nécessaire pour automatiser les phases déclaratives sans avoir recours à un tiers.

De façon générale, cette technologie permettrait à des systèmes informatiques répartis aux quatre coins du monde de suppléer les « tiers de confiance » centralisés issus du domaine des banques, de l’immobilier, de l’assurance, de l’énergie, des transports… Ainsi, si le secteur bancaire est l’un des plus marqué par les impacts de la « blockchain », le champ d’application de cette dernière n’en reste pas moins vaste.

Un levier de développement pour l’Afrique de demain ?

Force est de constater que les caractéristiques de la « blockchain » constituent des atouts profitables à tous à l’échelle globale. Néanmoins, l’Afrique, avec un taux de bancarisation de 10 % en moyenne, un Franc CFA de plus en plus contesté et un secteur privé à la croissance exponentielle dont les besoins de financement restent un enjeu majeur… La « blockchain » semble pouvoir apporter un vivier d’alternatives et de solutions dont l’efficacité mériterait au moins d’être mise à l’épreuve.

Ces cinq dernières années, nombreuses sont les initiatives qui ont été amorcées sur le continent. Au niveau financier, on retrouve entre autres la plateforme panafricaine BItpes a qui repose sur l’utilisation du bitcoin pour les transactions Business to Business entre la Chine, les Etats-Unis, la Tanzanie, le Nigeria, l’Ouganda et le Kenya, ce qui permet non seulement de supprimer les frais de commissions des paiements internationaux, mais aussi d’accélérer les échanges.

Dans un autre registre, afin résoudre les problèmes de droits de propriété causés par l’absence de registres et de cadastres au Ghana, l’ONG africaine Bitland utilise la technologie « blockchain » grâce à laquelle elle va garder une trace indélébile de toutes les transactions liées au terres et sécuriser les informations qui y sont liées, ce qui constitue un une activité d’envergure et à fort intérêt quand on sait aujourd’hui qu‘environ 90 % des zones rurales en Afrique ne sont pas répertoriées.

Les autorités publiques ne semblent pas être restées à l’écart du phénomène : en novembre 2016, l’entreprise et Currency Mint a annoncé qu’elle s’associait à la Bourse régionale des Marchés (BRM) afin de faire du Sénégal le deuxième pays au monde après la Tunisie à se doter d’une monnaie numérique, laquelle devrait pouvoir s’étendre à l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest. On note cependant que l’e-CFA ou CFA électronique sera émis par une banque centrale, ce qui rompt avec l’un des aspects fondamentaux de la « blockchain » mais permet de conférer les avantages liés à la transparence et la sécurité pour prévenir la contrefaçon et les fausses transactions.

L’Afrique se positionne en tant que pionnière dans l’utilisation de cette technologie et il semblerait que les crypto monnaies basées sur la technologie de la « blockchain » fournissent un accès à des ressources financières à ceux qui n’ont aucun autre moyen d’accéder aux services bancaires ou financiers.

L’ensemble de ces éléments ne doivent cependant pas faire oublier qu’il y a encore beaucoup à anticiper et à prendre en compte quant à l’application de cette technologie au niveau global comme à l’échelle continentale car aux promesses de la « blockchain » s’opposent certaines limites économiques, juridiques et de gouvernance qui devront être identifiées et gérées afin que les acteurs économiques du continent puissent l’exploiter positivement sur le long terme.

 

Aïssata Diakhite

Étudiante en master droit et technique des affaires

La lettre de la CADE, janvier, février, mars 2017, n°177