18. avr., 2018

Tourisme

Oeufs d’or et trous noirs
 
Bemiray
 
"Pour que la mer ne soit plus la limite de notre rizière"
 
Comment se présente le tourisme malgache en temps dit normal? Par quels paliers, par quelles épreuves faut-il repasser pour parvenir aux objectifs qu'on serine en nombre d'arrivées, et que quelque aléa malfaisant se plait à toujours repousser comme une ligne fictive d'horizon. De retour dans nos colonnes, Bemiray, la chronique de Tom Andriamanoro, aborde le sujet.

Liens économiques, politiques, et historiques obligent, Madagascar puise généralement ses touristes auprès du marché français. L’Allemagne, patrie historique des plus grands voyagistes a, pendant un certain temps, eu la haute main sur la destination par l’intermédiaire du cabinet Gato AG, chargé d’élaborer un plan de développement touristique qui a fait long feu, et surtout la Lufthansa Consulting qui pensait peut-être que le redressement d’Air Madagascar serait un jeu d’enfant pour ses « Doktor » de haut niveau,. Mal lui en prit, elle dut s’éclipser sur la pointe des pieds. En termes d’arrivées de touristes, l’Allemagne pointe néanmoins assez régulièrement en troisième position derrière la France et l’Italie et devant le Royaume Uni. Il est peu probable que la tendance puisse s’inverser à court ou même à moyen terme, Madagascar ne répondant pas exactement aux critères allemands.

Les touristes venant à Madagascar sont intéressés à 55% par la découverte et l’écotourisme, et à 18% par le balnéaire avec des sites de tout premier ordre. Les hordes chinoises, plus attirées par les sociétés de consommation à l’occidental, dont elles ont été sevrées depuis trop longtemps, ne sont probablement pas pour demain. Concernant les régions, le Sud-Est en pole position, suivi par le Nord et sa locomotive Nosy Be. L’Est avec Sainte-Marie, les Pangalanes et la Côte des épices, mérite mieux, de même que l’Ouest avec les Tsingy et les grands fleuves pour ne citer que la Tsiribihina et le Manambolo. Quant aux Terres centrales, seul le retour en force d’un Itasy relié à la RN7 pourrait revaloriser leur offre.

Concernant les handicaps, quatre font figure de classiques, à savoir l’insuffisance du budget de promotion malgré des initiatives méritoires, le sous-équipement en matière d’infrastructure d’accueil, l’état des routes qui empêche les visiteurs de profiter pleinement du temps dont ils disposent (cas notamment des Japonais), le coût du billet d’avion. S’y ajoutent désormais de véritables fléaux qui ont noms insécurité, kidnappings et autres jugements populaires dont la barbarie a des échos au-delà de nos frontières. Comment être compétitif comme le pays le mériterait dans ces conditions ? Le Tourisme n’est pas seulement une question de… tourisme, mais la résultante de toute une somme de facteurs favorables.

Epidémies et crises

Difficile aussi de mésestimer l’impact d’évènements destructeurs pour le tourisme comme les épidémies, grossies en un rien de temps dans l’opinion publique, et les crises politiques. Aucune commune mesure n’est à établir entre les pertes occasionnées au secteur touristique par l’un et l’autre. Madagascar est passée, il y a quelques années, par une épidémie de choléra rapportée par une certaine presse internationale comme s’il y avait des morts à chaque coin de rue. Les touristes individuels ont néanmoins continué à venir en choisissant bien, il est vrai, leurs itinéraires et régions. Les hommes d’affaires ont fait de même, ce qui a conduit à certaines situations inédites comme celle d’avions pleins et d’hôtels vides en province. À Antananarivo, le Hilton a affiché durant cette crise du choléra un excellent remplissage.

Changement de décor, la politique. En décembre 2001, un superbe Spécial Madagascar paraît dans le magazine Tour Hebdo, consacrant l’entrée de la Grande Ile parmi les destinations de tout premier intérêt. Cette revue qui a valeur de référence dans le milieu des vendeurs professionnels, n’ouvre ses colonnes que suivant des critères bien précis, et pour la première fois dans un support de cette importance, Madagascar se hisse au niveau des Seychelles ou de Maurice. La saison 2002 s’annonce ainsi sous les meilleurs auspices. Malheureusement la politique en décide autrement. La sphère du tourisme malgache pourtant si près de cueillir les fruits de tant d’années d’efforts, sombre. Le gel des activités y est le lot de tous, aussi bien dans l’hôtellerie que dans les agences de voyage et les prestataires de service. Certains essaient de trouver des solutions de rechange, comme les hôteliers de Toamasina qui ont démarché très fort du côté de La Réunion et de Maurice. En vain. La dualité du pouvoir entre le Grand Port et la capitale n’arrange pas les choses. Le gouvernement Sylla argue de sa légitimité tandis que Blandin Razafimanjato intime aux services décentralisés du tourisme de se mettre sous l’autorité des gouverneurs ratsirakistes. Une des grandes victimes de la Crise politique est la Maison du Tourisme dont le président, Ampy Portos, n’a pas tout à fait su gérer sa qualité d’opérateur, qui bénéficiait pourtant de l’estime de tous ses pairs, et son alignement politique. La fin de la Maison du Tourisme, qui se dessine déjà, signifie aussi une certaine mise « à l’ombre » des opérateurs nationaux qui n’ont pas l’envergure de leurs collègues étrangers.

2018. Madagascar qui n’a pas eu l’occasion de choisir le moindre mal entre la peste et le choléra, mais a du affronter les deux dans quelques localités bien circonscrites, est de nouveau en année électorale. De quoi demain sera-t-il fait ? Mais de ce qu’on en fera, pardi ! Puisse l’Histoire ne pas être un éternel recommencement…

L'Express de Madagascar

Le 17/03/18