12. juil., 2018

Energie

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Rapport sur le nucléaire : "Derrière des mots très policés, il y a un constat très lourd"

Par Valentine Watrin, Publié le 05/07/2018

Une commission parlementaire a rendu ce jeudi 5 juillet un rapport sur la sécurité et la sûreté des installations nucléaires en France. Un texte ”incendiaire pour l’industrie française” qui témoigne d’une “avancée importante”, selon Greenpeace.

Deux jours après l’intrusion d’un drone de Greenpeace sur une centrale près de Lyon, la question de la protection du nucléaire est plus que jamais épineuse. Le rapport sur la sécurité et la sûreté des installations nucléaires en France, emmené par la rapporteure Barbara Pompili (LREM) et présidé par le député Paul Christophe (UDI-Agir), pointe le 5 juillet les failles du parc nucléaire. Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire auprès de l’organisation environnementale Greenpeace, reconnaît un “travail courageux”.

Historiquement les rapports parlementaires se faisaient la voix de l’industrie, regrette le militant. Cette fois, le rapport fait le même constat critique que certains syndicats et ONG, et le fait que ce soit la représentation nationale qui l’écrive noir sur blanc marque une avancée importante.”

Derrière des mots très policés et diplomates, il y a un constat très lourd”, analyse Yannick Rousselet : pour la sûreté d’abord, sur la sécurité ensuite. Concernant la sûreté et les limites relatives aux installations ou aux catastrophes naturelles, la vétusté de l’équipement est alarmante. “Les installations ont été construites et pensées pour une durée de 30 ans, 40 ans maximum. Aujourd’hui on est dans un état de délabrement collectif et on fait semblant de découvrir des problèmes, mais ce n’est pas une surprise !” ajoute-t-il. Et face au ralentissement des investissements d’EDF pour la maintenance des équipements, la situation s’enlise.

Au sujet de la sécurité, c’est un problème de conception qui se pose : contrairement à la situation actuelle, les centrales ont été construites à une époque où la menace terroriste n’était pas envisagée. Pour pallier le manque, le rapport parlementaire préconise un dispositif de 4 gendarmes qui surveilleraient chacun des 58 réacteurs. Selon Yannick Rousselet, il faut ajouter à cela un système de “défense passive” ou de “bunkerisation” sous forme de “pylônes, tumulus ou renforcements des murs” afin de protéger les centrales d’attaques éventuelles.

Des risques d’“accidents dont le dimensionnement ne s’est encore jamais vu”

La “cascade de failles” pointée par le rapport et soulignée par Barbara Pompili est inquiétante lorsqu’on connaît le potentiel radioactif des centrales nucléaires. En France, le système de piscines d’entreposage et de désactivation du combustible usé expose le territoire à des incidents majeurs. “En cas de trou dans la piscine, le potentiel d’accidents est supérieur à celui d’un accident comme Fukushima, explique Yannick Rousselet. Il peut y avoir dans une piscine jusqu’à trois volumes de coeur du réacteur, ce qui veut dire que le potentiel de radioactivité dispersé serait considérable. Il s’agirait d’accidents dont le dimensionnement ne s’est encore jamais vu sur terre.