7. sept., 2016

Fiche de lecture : "La nuit sacré" deTahar Ben Jelloun

Fiche de lecture : La nuit sacré, roman, Tahar Ben Jelloun, Editions du Seuil, sept 1987.

 

Etonnamment, je n’avais pas lu de livre de Tahar Ben Jelloun. J’appréciais le personnage engagé que je voyais sur les plateaux de télévision. Mais je ne connaissais pas ses écrits.

Le style est incisif, coupant mais lourd, chargé mais précis, abondant aussi. Les personnages sont uniques et peu ordinaires, Irritants souvent, attachants aussi.  La trame du roman met en scène des situations très particulières, choisies pour accentuer la dramaturgie et fuir la banalité. L’ambigüité du récit oscille souvent entre le réel et l’imaginaire, égarant un instant le lecteur. Bref, je fus pris et capté par « La nuit sacrée » enveloppée dans la culture du monde arabo-musulman.

Extrait ; « La nuit s’est prolongée derrière mes paupières. Elle faisait le ménage dans ma tête qui s’est beaucoup fatiguée dernièrement. Des voyages, des routes, des cieux sans étoiles, des rivières en crues, des paquets de sable, des rencontres inutiles, des maisons froides, des visages humides, une longue marche…Je suis là depuis hier, poussée par le vent, consciente d’être arrivée à la dernière porte, celle que personne n’a ouverte, celle réservée aux âmes déchues, la porte à ne pas nommer, car elle donne sur le silence, dans cette maison où les questions tombent en ciment entre les pierres. Imaginez une demeure où chaque pierre est un jour, faste ou funeste, qu’entre les pierres des cristaux se sont solidifiés, que chaque grain de sable est une pensée, peut-être même une note de musique. L’âme qui pénètre dans cette maison est nue. La vérité l’habite. Toute parole fausse, prononcée volontairement ou par erreur, est une dent qui tombe. J’ai encore toutes mes dents parce que je suis au seuil de cette maison. Si je vous parle, je ferai attention, je serai à l’intérieur. Vous me verrez. J’apparaîtrai telle que je suis devant vous : un corps enveloppé dans cette djellaba qui me protège. Vous ne verrez peut-être pas la maison. En tout cas pas au début. Mais peu à peu vous y serez admis au fur et à mesure que le secret deviendra obscur, jusqu’à la nudité invisible. Amis, je vous dois cette histoire… »

Bonne lecture

Jean-Daniel Chaoui, Majunga le 17 août 2016.