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7. août, 2018

On m’a demandé si la «Refondation» était antinomique avec l’organisation immédiate d’élections anticipées. Je vois s’organiser ceux qui se sont accaparés une vieille idée , la «Refondation», à laquelle il faudra désormais trouver un nouveau nom de baptême pour éviter la confusion, non seulement avec certains personnages en tête de gondole, mais surtout les pratiques dont ils sont coutumiers dans une absence totale d’éthique. J’entends également orchestrée la campagne de dénigrement contre un délai supplémentaire de réflexion. 

 Je pense qu’aller à des élections pour des élections est une feuille de route de la fuite en avant. Et pour avoir toujours demandé à ce que les vrais problèmes de ce pays soient abordés sans tabou, je ne peux que constater la récurrence des crises politiques quelques mois après des élections chaque fois prétendument «transparentes, honnêtes et crédibles». Une solution pérenne à nos problèmes structurels n’est donc pas dans des élections pour des élections. Au mieux, ces élections offriront au meilleur opportuniste une chance historique de parler enfin vrai au mieux de l’intérêt général. Mais, les hommes politiques étant ce qu’ils sont, et la classe politique malgache étant particulièrement ce qu’elle est, c’est-à-dire rien de bien recommandable, on peut raisonnablement douter que ceux qui ont créé les problèmes, au point de devenir eux-mêmes LE problème, puissent, déjà avoir la volonté politique de cette recherche, mais encore trouver quoi que ce soit.

 La population malgache est dangereusement amnésique. On lui parle «réconciliation», mais elle oublie de réclamer la «vérité». On lui promet la «paix», et elle oublie de demander «justice». On lui demande d’accorder son «pardon», et elle oublie d’exiger des «excuses». 

 Mais, parce que la mémoire doit être inlassablement rafraîchie pour ne pas retomber indéfiniment dans les mêmes travers, voilà que je me souviens de l’usage malgache de ce mot de «Refondation», qui a une histoire plus longue en d’autres pays et sur d’autres continents. 

 J’ai donc retrouvé ce communiqué : «La Coordination Nationale des Organisations de la Société Civile (CNOSC) a officialisé ce jour (23 juillet 2010) son existence. Elle a ainsi pour objectif la médiation pour la sortie de crise et la refondation de la République. La Coordination Nationale des Organisations de la Société Civile est née de la volonté de trois grands groupements de la société civile (Alliance des Organisations de la Société Civile, Coalition des Organisations de la Société Civile et le KMF/CNOE) de mettre en commun leurs efforts pour trouver une sortie de crise consensuelle, inclusive et pacifique et que les alternances politiques se fassent désormais dans le respect des institutions et de la démocratie. Afin d’éclairer l’opinion publique, la CNOSC rappelle qu’elle a pour mission d’assurer la médiation nationale et de préparer la refondation de la République à travers l’organisation de la Conférence Nationale Souveraine. La médiation nationale a pour résultats attendus d’établir le Cadre Juridique Consensuel de la Transition et la feuille de route de la transition. La refondation de la République a pour résultats attendus d’établir la Constitution ainsi qu’une dizaine de textes fondamentaux» (communiqué du 7 septembre 2010). 

 J’ai également retrouvé cette invitation à la «Journée bloquée de la Refondation» : «Les élections, présidentielles et législatives, n’arrivent pas à assurer la stabilité des Institutions de la République et la sérénité est loin de s’instaurer au sein de la  population. La mise en œuvre de la Réconciliation Nationale et de la Refondation de la Nation est indispensable voire incontournable pour établir un climat d’apaisement, assurer la bonne gouvernance et le développement harmonieux et équilibré de chaque Région. A cet effet, une journée de réflexion axée plus particulièrement sur la Refondation de la Nation sera organisée par des entités qui ont milité et sont acquises à cette cause le 17 Juin 2014 au BUCAS Antanimena à partir de 9 h».

 Je n’ai pas oublié, au passage, cette interview de l’ancien juge international Raymond Ranjeva  : «Fondamentalement, la crise malgache est une crise à répétition. Tout simplement parce que nous n’avons pas eu le temps de réfléchir aux problèmes fondamentaux de l’État depuis notre indépendance en 1960. Quel type de société, quel type de pacte social voulons-nous ériger à Madagascar ? La seule fois où une telle discussion a pu avoir lieu, ce fut en 1973, au moment du passage de la première République au régime du général Ramanantsoa. Mais ces débats ont été escamotés, car les partis politiques ont eu peur qu’un nouveau pacte social et politique n’entraîne l’avènement d’une nouvelle classe de dirigeants politiques et ne remette en cause leur situation de rente. On a ensuite vécu sur cette lancée. A chaque crise, on a refait les constitutions. Mais les problèmes de fond qui minent la société malgache n’ont jamais été résolus. La nature du pouvoir, fondamentalement clientéliste, n’est pas fondée sur une morale de résultats mais sur une morale d’intentions. Il est nécessaire de revoir les bases même du politique à Madagascar et c’est à quoi un régime de transition devrait normalement s’atteler. Autrement, le passage à la 4e République ne sera que le report à une date plus ou moins rapprochée de la survenance d’une nouvelle crise» (swissinfo.ch, août 2011).

 Il était alors question de « démanteler la législation scélérate». Mais, n’est-ce pas, déjà, au premier chef, cette Constitution élaborée unilatéralement et adoptée à la hussarde en 2010 ? Et ce serait encore au nom de cette «législation scélérate» que l’on ferait élire le prochain Président de la République, les futurs Parlementaires et les édiles d’une Décentralisation qui a peut-être envie de devenir un Fédéralisme ? 

 Alors, des élections juste pour des élections, conception monopolistique de la démocratie - non pas celle des plus capables, mais celle des plus nombreux - auraient certainement l’assentiment de ceux qui nous les financent. Cependant, le concept de Développement Durable, qu’également on nous finance, exigerait qu’on lève l’hypothèque de problèmes fondamentaux qui n’ont pas disparu simplement parce que nous refusons de les voir.

6. août, 2018

J’allais en faire le chapô d’une vieille Chronique du 8 avril 2009 («Moi, simple citoyen»). Pour mémoire, le 17 mars précédent, venait de se commettre le putsch des officiers renégats à l’épiscopat d’Antanimena. L’un de ces flibustiers avait même menacé de son kalachnikov l’ambassadeur des États-Unis. Commençait alors un aventurisme, dont on a donc pu dater exactement le début, sans que personne puisse prophétiser quand allait cesser le braconnage à échelle industrielle du bois de rose, de l’or et de tant d’autres richesses minières ; sans que personne puisse prédire l’abrogation de la FIS, police politique d’exception ; sans que personne puisse jamais dire, simplement comment, on allait pouvoir ressusciter les archives calcinées de la Radio Nationale. 

Nous voilà en 2018 : et je vois, incrédule, comment cette population malgache peut être amnésique. Comment, il suffirait donc, chaque fois, que les années passent pour que l’impardonnable soit amnistié ! Et 1991 ! Et 2002 ! Et 2009 ! 

 Si l’opposition a autant le vent en poupe en 2018, au point de pouvoir imposer un calendrier électoral anticipé, c’est que les espoirs placés en 2013, dans l’élection d’un Président de la République, ont été déçus. Encore une fois, comme en 1991, comme en 2002, comme en 2009, les individus les moins improbables d’incarner la renaissance morale, ont pourri le fruit de l’intérieur. Trop de scandales touchant des personnages trop proches du premier cercle présidentiel sans que, jamais, des sanctions exemplaires soient prises. C’est-à-dire, simplement, que la Justice suive son cours. 

 Non, il a fallu qu’une conseillère spéciale en cours d’accusation soit embarquée (et c’est le mot de le dire) dans une «Evasan» (évacuation sanitaire) et échappe à la prison ; il a fallu qu’un parlementaire «prenne d’assaut» (avec les guillemets de rigueur) la zone putativement rouge du BIANCO (Bureau Indépendant Anti-Corruption) avant d’être récompensé d’un portefeuille de ministre ; il a fallu qu’un ministre, recyclé de tous les précédents régimes, et dont la seule évocation a suffi à hérisser deux administrations (Fonction Publique et Postes), soit (re)nommé membre du Gouvernement, quitte à endurer une grève dure qui engage directement le Chef du Gouvernement. La liste n’est pas exhaustive des révélations scandaleuses des cinq dernières années, et il faut craindre qu’elle ne soit pas close tant que les «improbables» (ils ont gagné leurs guillemets) continuent de sévir, c’est-à-dire, finalement, de se laisser aller simplement à leur nature cléptocrate. 

 Pour le moins, ledit Président élu n’a jamais su assainir son entourage. Jamais su s’appuyer sur le bon grain, pour exclure l’ivraie. Mais, alors, parce que ce mandat légal, et ce simple mot n’est pas un luxe quand on sait ce qu’il en coûte d’être putschiste, a déçu, il faudrait s’abandonner à un autre aventurisme, cette fois, avec les «improbables» de tous bords et de toutes les précédents époques, avançant à visage découvert ! Ce ne serait plus la ruine de la supériorité morale, mais la ruine tout court ! J’ai pu lire quelque chose, à propos de la rivalité entre François Mitterrand et Michel Rocard : le premier ayant réussi à se faire élire Président de la République française, le second mourant avec ses idées d’une «deuxième gauche» seulement reconnue à titre posthume. Ce texte disait de celui-là qu’il était le florentin, et celui-ci un candide. Personne n’aura retenu le personnage éternellement optimiste mais désespérément malchanceux de Voltaire. Tout le monde aura donc appris de Machiavel.

25. juil., 2018

Les Jeux Olympiques d’hiver ont commencé en Corée du Sud, juste à temps pour la fête du Nouvel An lunaire, du 15 février 2018. Une Franco-Malgache, Mialitiana Clerc, participera à ces Jeux d’hier en ski alpin. Déjà en 2006, aux Jeux de Turin, Mathieu Razanakolona, un Malgacho-canadien, s’était aligné en slalom et slalom géant. Intérêt malgache anecdotique et sporadique envers des Jeux qu’on imagine volontiers se dérouler sur une neige qui n’existe pas à Madagascar. Mais, occasion opportune pour attirer notre attention sur la Corée dont l’histoire présente certains parallèles avec la nôtre.

 Tandis que la Corée découvrait un peu brutalement l’ère Meiji, en 1895, Madagascar entrait sous domination française. Auparavant, en 1889, par une série d’articles en malgache, intitulé «Japana sy ny Japanesa», le docteur Rajaonah avait attiré l’attention du public malgache sur le Japon. Le Dr. Rajaonah avait-il eu vent du Japon et de ses réalisations alors qu’il séjournait à Édimbourg (Pays de Galles), ou l’actualité de l’ère Meiji était-elle déjà parvenue dans le Madagascar de la fin du XIXème siècle ? En 1913, 1914 et 1915, en pleine première Guerre mondiale, le Pasteur Ravelojaona, un des fondateurs du dictionnaire «Firaketana», encyclopédie «des choses et de la langue malgache», unique encyclopédie de ce genre dans les pays du Sud, allait développer de nouveau ce thème du Japon. En 1882-1883, une mission diplomatique malgache obtint la signature de traités avec les États-Unis, l’Allemagne, l’Italie ou la Suède : nos ambassadeurs avaient pu découvrir l’Occident, avaient-ils rapporté de ces voyages la même moisson que la mission d’études que le Japon avait dépêchée en Occident, de décembre 1871 à septembre 1873 ?

 L’ère Meiji, qui s’ouvre au Japon en 1867, avait été inspirée par la théorie de l’Allemand Friedrich List (1789-1846), le père du nationalisme économique allemand, faisant intervenir l’État pour imposer un «protectionnisme éducateur». Les préceptes de son ouvrage, «Système national d’économie politique», parvinrent au Japon grâce à la traduction de Hirata Mosuke, diplômé d’une université allemande.  

 Freidrich List avait auparavant analysé l’industrialisation rapide des États-Unis au XIXème siècle. Le «système américain» avait été théorisé par Alexander Hamilton (1757-1804), le tout premier Secrétaire au Trésor en 1792 : il proposait de subventionner les industries naissantes jusqu’au moment où elles pourraient affronter la concurrence internationale, investir dans les infrastructures et promouvoir un système financier capable d’apporter des crédits aux entreprises locales. À leur tour, ces idées parvinrent au Japon parce que le Gouvernement japonais avait embauché un Américain familier des idées d’Alexander Hamilton.  

 De part et d’autre du 38ème parallèle, la Corée a toujours été une crevette entre les deux baleines que sont la Chine et le Japon. En 1895, et pour cinquante ans, la Corée tomba sous la domination du Japon. Une colonisation brutale mais qui a permis l’industrialisation du pays transformé en «usine» par les entreprises japonaises. Après la fin de la guerre de Corée, 1950-1953, la Corée du Sud allait s’inspirer de l’expérience du Japon de l’ère Meiji qui avait fait de l’industrie sa priorité. Le «miracle» coréen, et Est-asiatique, valut, en 1993, la publication par la Banque Mondiale de «The East Asian Miracle», un ouvrage parrainé par le Japon pour que soit reconnue la vertu de certaine politique interventionniste de l’État. 

 En 1965, la Corée du Sud était encore un des pays les plus pauvres au monde, «où seules l’armée et la flicaille mangeaient à leur faim». En 2016, la Corée du Sud était devenue la 11ème puissance économique du monde : pays des smartphones Samsung ; des automobiles du groupe Hyundai-Kia ; du groupe industriel Daewoo, dont l’incursion d’une des filiales à Madagascar, avait provoqué un scandale médiatico-politique contre le régime de Marc Ravalomanana en 2008...

 En 1965, Madagascar était encore ce «pays d’avenir», qui allait devenir l’un des pays les plus pauvres au monde en 2016. «Miracle» là-bas ; «Paradoxe» ici : étranges destins croisés de deux «filleuls» de l’ère Meiji. 

 

19. oct., 2017

CHRONIQUE DE VANF

Nouvelles de Madagascar

 Quand on me demande des nouvelles du pays, je ne sais plus que répondre. La peste ? Hier, j’ai vu un couple d’expatriés, se promenant tranquillement à Isoraka, avec leur bébé à l’air libre : il est vrai qu’il n’y a guère qu’Air Seychelles qui ait suspendu ses vols vers Madagascar ; que l’opposition mauricienne qui veuille instaurer un principe de précaution ; que les syndicats des navigants d’Air France qui aient fait mine de s’inquiéter. Dans les agences bancaires, les numéros d’appel s’égrènent du matin au soir sans que les clients aient l’air de craindre particulièrement la promiscuité dans la file d’attente. Les temples et les églises ne désemplissent jamais : je suppose que les croyants préfèrent leur foi en la sainte écriture de dieu et au saint prêche du pasteur plutôt que les recommandations du ministre de la santé et les indications antibiotiques.  

 Bien sûr, il y a cette comptabilité macabre dont la population semble avoir simplement pris l’habitude, passé le scandale des premiers temps d’opacité dans la communicaton gouvernementale. La presse se fait de temps en temps écho de comportements archaïques : un cadavre infecté que la famille aurait exhumé de sa chape de béton pour le trimbaler depuis le Nord-Est du pays dans le but inavouable de le convoyer vers le tombeau ancestral dans le Sud-Est : les limiers qui montent la garde le long de nos routes nationales, pas plus qu’ils ne savent reconnaître un bus de 90 places avec 140 passagers à bord, pas plus qu’ils ne savent arrêter un semi-remorque qui va faire plier un pont sous sa surcharge aux essieux, oublient consciencieusement de contrôler chaque cercueil que les taxis-brousse transbahutent d’un bout à l’autre du pays, au prétexte de «fasan-drazana».

 Ou encore cette famille, en milieu urbain tananarivien pourtant, qui s’oppose à l’inhumation d’office en fosse commune d’une proche décédée de la maladie. Les forces de l’ordre ont dû intervenir. Mais, policiers et gendarmes ne peuvent raisonnablement pas monter la garde devant chaque cadavre : quelque part, l’éducation aura failli. Je me demande si la société ne devrait pas sévir : quoi de pire qu’un banissement social héréditaire dans ce pays ?

 Quelles sont les causes de cet endémisme trop contemporain d’une maladie moyenâgeuse ? Bien sûr, cette saleté qui s’est installée dans les moeurs, et particulièrement honteuse dans nos rues. Ce sont les hommes qui ne ramassent pas les ordures, mais ce sont les rats qu’on incrimine. Comme dit, pourtant, un sage proverbe : on ne peut pas demander au sanglier de ne pas se comporter en porc. Par contre, on peut raisonnablement supposer un comportement humain poliçable, perfectible, civilisable. 

 Les rats, me raconte-t-on, s’infiltrent également dans nos tombeaux. Supposons un cadavre pestiféré enterré là en catimini par une famille sourde et aveugle aux prescriptions sanitaires. Une fois de plus, un comportement humain répréhensible aurait contaminé d’innocents rongeurs qui suivent simplement leur nature. Et quand ce ne sont pas les rats, supposons des pilleurs de tombe en quête de nos sacro-saints «taolam-balo» : ces criminels, outre le viol de sépulture, sont également passibles de recel de peste. 

 Alors, des nouvelles du pays ? Aucune nouvelle encore d’une éventuelle loi de rétablissement de la peine de mort contre, outre les crimes abominables (kidnapping, viol, torture, mutilation, meurtre) qui fleurissent à la rubrique des faits divers, les recels divers et variés des bactéries qui peuvent génocider une société. Aucune avancée perceptible sur le front du changement de mentalité : renoncer purement et simplement à la coutume de l’inhumation et lui préférer l’incinération dans les règles modernes de l’art. Sinon, revenir à l’ancienne pratique oubliée de la tombe individuelle, avant la création de ces «fasan-drazana» où s’entassent plusieurs générations : «velona iray trano, maty iray fasana», cohabitant dans la maison des vivants, à jamais côte-à-côte dans la dernière demeure des morts. Les tombes familiales s’ouvrent dangereusement une fois de trop, risquant de ressusciter quelque maladie fantôme. Ce n’est pas demain non plus que tant de familles renonceront à au sacro-saint «famadihana», la coutume des deuxièmes funérailles comme disent les anthropologues. Elle nous vient de l’Asie du Sud-Est, mais l’austronésophile que je suis n’y souscris pas : laissons les «Razana» dormir en paix, et veillons plutôt à ne pas suicider les «Zanaka». 

 

 

23. nov., 2015

CHRONIQUE DE VANF: international : très précisément occidental

 

Bien entendu, quarante morts dans un accident de la route, où que cela se passe dans le monde, c’est d’autant plus malheureux que c’est tellement stupide. Et personne, encore une fois n’importe où que cela se passe dans le monde, ne souhaite que cela arrive à ses proches. Donc, les victimes de ce genre d’accident, tellement universel parce que pouvant arriver à chacun de nous, n’importe où dans le monde, sont un peu les nôtres.

 

Dommage que les morts ne soient pas tous égaux devant la notoriété médiatique. Les affinités avec cette étrangère intime que nous est la France nous ont tenu au courant, en direct, et en intégralité, du drame d’autocar en Gironde. Quarante morts aux dernières nouvelles. Pour peu, on aurait identifié nominativement chaque victime.

 

Hier, on nous apprenait la mort d’un soldat américain, tué lors d’une opération dans le Nord de l’Irak. Les États-Unis privilégient les «frappes chirurgicales» de loin, pour solder positivement leur «zero Kill», mais des reportages indiscrets finissent par nous montrer le drame des familles auxquelles, selon le protocole que nous ont rendu familier les séries hollywoodiennes, deux fonctionnaires de mauvais agure finissent par rendre visite avec tout le tintouin du drapeau étoilé.

 

J’ai encore en mémoire le nom du soldat israélien pour la libération duquel l’État hébreu avait été prêt à libérer une centaine de prisonniers palestiniens. Et, avantage médiatique d’Israël ou négligence pour ses martyrs de la part de la Palestine, mais on aura pu tenir la comptabilité de chaque soldat israélien tué, tandis que les victimes palestiniennes étaient forcément innombrables et définitivement anonymes.

 

Que disparaisse le vol MH 370 (08 mars 2014) dans l’immensité de l’Océan Indien, que soit abattu l’avion du vol MH 17 (17 juillet 2014) au-dessus de l’Ukraine, que sombre le Costa Concordia (13 janvier 2012) à 100 mètres des rives toscanes, et aussitôt les dépêches tombent sur le nombre des passagers occidentaux concernés : hollandais, américains, allemands, français, britanniques. Pour le «reste du monde», il faudra investiguer sur les sites particuliers, quand cela existe.

 

À croire que chaque citoyen du vaste Occident est en liaison GPS constante avec sa puissance protectrice pour être aussitôt traçable : tsunami sur une plage thaïlandaise, emprisonnement au Mexique, enlèvement dans le désert omanais. Et comme les médias dits internationaux sont précisément new-yorkais, londoniens, francfortois, parisiens, le moindre bobo du touriste sans frontières qu’est l’Occidental nous est conté dans le détail. L’Occident est logique avec lui-même. Tandis que le reste du monde ne peut que s’en vouloir de son incohérence. En attendant, les hommages présidentiels pour chaque victime, accidenté d’autocar, égorgé de l’État islamique, victime collatérale du suicice d’un copilote fou, font des pleurnicheries très médiatiques et très rentables.