18. mai, 2017

Législative 2017

 

                              11 mai 2017

La lettre de campagne

Vive la société civile ?

Rien de plus flou, de plus ambigu, que le recours incantatoire à la «société civile» qui caractérisera, aux dires de ses promoteurs, le piétinement sourd des légions d’En marche aux législatives. Légion dont on fera la revue d’effectifs à la mi-journée. On comprend bien qu’il s’agit de renouveler la classe politique, de s’affranchir de la dictature supposée des énarques entrés en politique, de récuser ces cursus consanguins qui font d’un militant politique un assistant parlementaire, puis un conseiller municipal, départemental, régional, enfin un député puis un ministre, ce qui lui épargne tout contact polluant avec une vie professionnelle normale. Mais on ne peut résister à quelques remarques désagréables.

Les ministres «issus de la société civile» ont rarement brillé par leur efficacité. On se souvient du professeur Schwartzenberg débarqué au bout de neuf jours par Rocard pour des déclarations intempestives sur les drogues de substitution. On se rappelle Jean-Jacques Servan-Schreiber, ancien patron de journal éjecté prématurément par Chirac pour ses positions tranchées sur l’arme nucléaire et qualifié aimablement par le même Chirac de «turlupin». Francis Mer, PDG promu à Bercy, ou Luc Ferry, philosophe propulsé au ministère de l’Education, n’ont pas laissé un souvenir impérissable. Pas plus que Yamina Benguigui, productrice et secrétaire d’Etat remerciée après une histoire d’argent, ou Jérôme Cahuzac, chirurgien esthétique devenu député puis ministre, qui fut une étoile filante et fraudeuse de la hollandie.

On a jadis critiqué la «République des professeurs» décrite avec subtilité par Albert Thibaudet aux temps du Cartel des gauches, et moquée encore en 1981 quand la victoire de François Mitterrand avait envoyé à l’Assemblée un contingent massif d’enseignants barbus. Pendant longtemps, la République fut celle des notables élus par le bon peuple en raison de leur aura locale et solidement conservateurs. Jaurès avait battu dans un duel électoral célèbre le marquis de Solages, dirigeant des mines de Carmaux et réactionnaire notoire, issu lui aussi de la «société civile». Il est vrai que le tribun socialiste avait soutenu dans une lutte épique le verrier Carmignac, syndicaliste mis à pied par sa direction en raison de ses fonctions à la mairie, issu d’une «société civile» plus ouvrière. Peut-être reprochera-t-on à Macron, qui vient lui aussi de ladite «société civile», d’avoir remplacé la République des professeurs ou des notables par celle des start-upers. Vive la société civile ! Mais laquelle ?

Le discrédit dont pâtit la classe politique ne peut cacher une réalité : quoi qu’on en dise, la politique est aussi un métier, qui suppose des qualités particulières, talent oratoire, absorption rapide des dossiers, précision juridique, sens de la négociation et du compromis. On peut apprendre sur le tas, bien sûr : c’est avec des civils qu’on fait des militaires. Mais faut-il pour autant souhaiter, au nom de la sacro-sainte «société civile», l’avènement d’une République des amateurs ?

Et aussi

Le calvaire de Manuel Valls continue. Stéphane Le Foll, respecté grognard du PS, estime que l’ancien Premier ministre a «déjà quitté» son parti, tandis qu’En marche remet à plus tard l’examen de sa candidature à la candidature. A Evry, les anciens soutiens de «Manuel» toussent très fort devant les palinodies de leur grand homme. Valls est comme un acrobate qui lâche son trapèze volant en espérant en attraper un autre. Pour l’instant, il est en l’air.

L’Europe va-t-elle aider Macron ? Il y a deux jours, Jean-Claude Juncker, président de la Commission, a tancé la France pour dépenses excessives et exprimé son scepticisme devant la proposition macronienne de créer un ministre des Finances de la zone euro. Mais Wolfgang Schaüble, ministre allemand des Finances, s’est rallié aujourd’hui à l’idée de créer un Parlement de la zone euro. Un début ?

Patrick Mennucci prend la mouche. Confronté à la candidature Mélenchon dans sa circonscription de Marseille, il a promis un affrontement sans concessions. Beaucoup font remarquer que le leader de la France insoumise se présente non contre un sortant LR ou FN, mais contre un PS. Il est vrai que Mennucci, pourtant hostile à la loi El-Khomri et à la déchéance de nationalité, est socialiste. Autant dire un traître congénital pour les mélenchonistes.