15. juin, 2017

Un député ne doit pas être une étiquette à deux pattes !

Voter pour un candidat sans se préoccuper de qui il est remet gravement en cause le principe de la séparation des pouvoirs.

C'est ce à quoi nous sommes en train d'assister avec ces élections législatives, ce trait étant particulièrement accentué sur la 7e circonscription des Français de l'étranger.

Je n'ai rien de personnel contre M. Petit, le candidat Modem investi par En marche quelques heures avant la clôture du dépôt des candidatures du premier tour de l'élection législative, arrivé très, très largement en tête au premier tour devant Pierre-Yves Le Borgn'. Je n'ai rien contre et rien pour, car c'est un parfait inconnu, en dehors des quelques heures passées ensemble au bureau de vote dimanche dernier. Un inconnu qui vit à Varsovie, en outre. De quoi m'être sentie coupable quelques jours à l'idée d'être passée à côté sans le voir, persuadée qu'il était sûrement actif quelque part dans la communauté française puisqu'il était candidat. Ma culpabilité a baissé à mesure que je constatais qu'il était un parfait inconnu pour tout le monde. Même le comité En Marche semblait tomber de sa chaise. Il n'en était pas adhérent, il n'a pas fait la campagne d'Emmanuel Macron, personne n'a jamais pu me dire qui est M. Petit. Évidemment, pas de surprise venant d'ailleurs dans la circonscription et aucune apparition en ligne non plus, nulle part, jusqu'à son investiture. Depuis, il a réussi l'exploit d'être principalement connu par des réunions publiques qui n'ont convaincu personne et par le soin de certains comités En Marche, déçus par le personnage, à le renier, jusqu'à enquêter sur son CV (se retrouver épinglé par Mediapart pour avoir dit que l'on a été maire alors qu'on ne l'a pas été, ce n'est vraiment pas malin…).

Et pourtant: 54% au premier tour pour M. Petit… Une participation trop faible pour éviter le second tour mais un score néanmoins massif. Les électeurs ne le connaissant probablement pas plus que moi ont donc voté pour une étiquette. La marque Macron est donc devenue le seul moteur du vote. L'étiquette Modem de M. Petit oubliée au passage.

Il me semble qu'il y a là une dérive inquiétante. Les pouvoirs exécutif et législatif sont, en France, séparés de manière “souple”, pour le moins. Et il est vrai que les tentations de caporaliser les groupes de la majorité sont récurrentes sous la Ve République. Il existait jusque là cependant des séparations bien réelles, constitutionnelles, et des séparations interprétatives selon la personnalité des députés, avec parfois des frondes organisées, d'autres fois des prises de liberté individuelles. Pour rappel, au cours de la période récente, la séparation des pouvoirs s'est notamment vue sur le sujet fondamental de la déchéance de nationalité, qui n'était pas un petit sujet.

En outre, un député s'exprime de manière autonome sur certains sujets, réalise des rapports, participe aux débats au sein des commissions, acquière une expertise dans un ou plusieurs domaines, représente l'Assemblée Nationale à l'extérieur (comme Pierre-Yves Le Borgn' l'a fait au Conseil de l'Europe sur les questions des droits de l'homme), apporte de la qualité au débat démocratique.

Enfin, il se doit de connaître sa circonscription et ses électeurs. De la même manière, qu'un député de Savoie aura peut-être du mal à s'exprimer sur les lois qui concernent le littoral, imagine-t-on qu'un député des Français de l'étranger ne s'exprime pas sur la réforme de la représentation des Français de l'étranger ou sur les budgets qui affectent directement, dans leur vie quotidienne les Français de l'étranger (aide et protection sociale, enseignement, …) ou n'interpelle pas une administration ou son ministre de tutelle quand elle dérive, par manque de connaissance des sujets en cause?

Bref, un député ne doit pas être une étiquette à deux pattes.

Je ne sais rien de ce que pense M. Petit, je n'ai aucune idée de ce qu'il compte faire de son mandat, de la manière dont il envisage de le mener, les commissions qui l'intéressent, pas même si nous partageons un minimum de valeurs républicaines. Il semble en outre qu'il ne montre aucune connaissance des sujets de sa circonscription.

Avec Pierre-Yves Le Borgn', celui-ci se présentant sous étiquette PS, M. Petit, qui se présente sous étiquette Modem (parti qui recevra le financement public lié à sa candidature) a en commun de vouloir la réussite du Président de la République. Mais au-delà, la différence est flagrante. Le premier a un bilan, des propositions, une somme de travail considérable, le second une simple étiquette et des doutes à n'en plus finir derrière lui.

Le respect des grands principes démocratiques est donc devenu le sujet central de cette élection.

Pascale Seux

Candidate suppléante 7ème circonscription des Français de l’Etranger