13. déc., 2019

Municipales 2020

Le Huffpost

09/12/2019

Municipales 2020: À Marseille, les investitures ne mettent pas fin au bazar. Dissidences chez LR, confusion chez LREM, départs en solo, divisions... À quatre mois du scrutin, la situation est très compliquée sur le Vieux-Port.

Par Romain Herreros

 AFP Contributor via Getty ImagesLa succession de Jean-Claude Gaudin (photographié ici en 2017) lors des municipales 2020 à Marseille vire au grand bazar.

POLITIQUE - Le “oaï”. Cette expression provençale signifiant “pagaille” ou “désordre” colle parfaitement à la situation à Marseille, où la succession mal assurée de Jean-Claude Gaudin donne lieu à une multiplication d’initiatives individuelles en amont des élections municipales. Alors que le casting est longtemps resté incertain, la distribution du feuilleton marseillais est en passe d’être figée. 

Ce lundi 9 décembre dans la soirée, La République en Marche a investi Yvon Berland, président de l’Université Aix-Marseille, pour mener la liste macroniste. Une annonce qui intervient le jour où Bruno Gilles, sénateur des Bouches-du-Rhône ayant échoué à obtenir l’investiture des Républicains, a annoncé sa démission du parti dont il présidait la fédération dans le département et confirmé son départ en solo.

La veille, c’est la sénatrice socialiste (qui n’est plus adhérente du PS), Samia Ghali qui annonçait ses intentions dans les colonnes du JDD, faisant fi de l’investiture PS donnée à Benoît Payan, lequel s’est embarqué dans la liste d’union de la gauche du Printemps marseillais. Un énième exemple illustrant le bazar qui règne dans la cité phocéenne où presque tous les camps abordent ce scrutin en ordre dispersé.  

Dissidences chez LR, confusion à LREM

À Marseille, c’est la droite qui règne depuis 25 ans. Mais cette fois, la famille politique de Jean-Claude Gaudin pourrait bien échouer à gagner l’Hôtel de ville. En cause, la bataille fratricide entre Martine Vassal, présidente LR de la métropole Aix-Marseille-Provence et héritière (bien qu’elle s’en défende) du maire sortant et Bruno Gilles, sénateur des Bouches-du-Rhône et ancien maire du 3e secteur.

Une concurrence à droite qui fait courir le risque d’un éclatement des voix au premier tour et donc, celui de la perte de la seconde ville de France. “Je ne suis pas un dissident mais un candidat libre, sans parti politique”, affirme Bruno Gilles, entré au RPR en 1979 et proche du président LR de la région PACA, Renaud Muselier. Une façon pour l’intéressé de se démarquer du maire sortant, le drame de la rue d’Aubagne ayant jeté une lumière crue sur la gabegie du logement à Marseille. 

Pour se rassurer, Les Républicains peuvent toujours se dire que la situation n’est pas forcément meilleure du côté du parti présidentiel. Alors que LREM a investi Yvon Berland, un député de la majorité ayant lui aussi réclamé l’investiture fait de la résistance: Saïd Ahamada. “Je suis en campagne et je ne compte pas m’arrêter”, a-t-il déclaré en fin de semaine au Monde, alors que le choix Berland était cité sans conditionnel dans plusieurs journaux. Avant même que le parti macroniste se décide, le député avait fait savoir qu’il serait candidat “quoi qu’il arrive”. Un scénario dangereux que LREM observe déjà dans plusieurs villes, dont Paris et Lyon. Après la décision de la CNI, Saïd Ahamada n’a finalement pas mis ses menaces à exécution, et a fini par se ranger derrière Yvon Berland. Quant à Jean-Philippe Agresti, le doyen de la faculté de droit d’Aix-Marseille qui avait aussi sollicité le soutien de LREM, il envisage toujours une candidature de son côté. 

Divisions à gauche

Deux candidats à droite, potentiellement deux candidats macronistes... une aubaine pour la gauche marseillaise? Pas vraiment. Car sur le Vieux-Port, plus personne ne semble croire à l’union de la gauche imaginée dans l’été sous le titre de “Rassemblement inédit”, devenu Printemps marseillais. Cette initiative, embarquant socialistes, insoumis, communistes, écologistes et associatifs avait été rapidement déclinée par EELV. Elle a depuis vu un collectif de citoyens quitter le navire et observé les traditionnelles luttes de pouvoir sur fond de constitution des listes entraver les débats. “Les socialistes peuvent être dans une liste, mais pas à sa tête. Ils soulèvent une telle animadversion”, a déclaré le député des Bouches-du-Rhône Jean-Luc Mélenchon, qui s’était pourtant donné pour mission de jouer les “entremetteurs” sur place pour créer l’alternance.

À cet attelage chancelant amputé des écologistes, s’ajoute désormais le mouvement “Marseille avant tout” lancé par Samia Ghali. Une initiative qui se veut éloignée du Printemps marseillais, perçu comme une “guirlande de logos” dans le camp de la sénatrice. “Libre à qui veut de rejoindre mon mouvement. Cela peut évoluer, mais à ce jour je n’ai aucune discussion avec les partis de gauche”, a-t-elle déclaré dans Le JDD. La sénatrice détaillera vendredi ses 151 propositions pour Marseille. Et une chose est sûre: l’union de la gauche façon Printemps marseillais n’y figurera pas.

Ce tableau fait pour le moment les affaires du seul camp où, en apparence, tout va bien. Le Rassemblement national s’est rangé derrière le sénateur Stéphane Ravier qui avait réussi l’exploit en 2014 de remporter une mairie d’arrondissement. Six ans plus tard, il caresse le rêve d’étendre l’emprise de l’extrême droite à toute la ville.