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2. sept., 2019

La Vérité
Le 27 août 2019

17. juil., 2018

L’Opinion

En Centrafrique, un parfum de guerre froide

Thomas Dietrich, 14 Juillet 2018

« Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes doit être défendu coûte que coûte, et il demeure absolument inimaginable que des pays comme la Centrafrique soient plus longtemps dépossédés de leur souveraineté »

La France serait-elle en train de perdre pied en Centrafrique ? Les récents événements le laissent supposer. Depuis l’indépendance accordée en 1960, ce pays enclavé, grand comme l’hexagone, n’a jamais cessé de vivre sous la tutelle de l’ancien colonisateur. On se souvient notamment du couronnement grotesque de l’empereur Bokassa Ier, financé par son « cher cousin » Valéry Giscard d’Estaing, ou encore de l’influence du colonel Mansion, officier supérieur de la DGSE et véritable mentor du président André Kolingba, au pouvoir de 1981 à 1993.

Depuis le déclenchement de la crise en 2012, la France joue toujours un rôle très controversé en République centrafricaine. Brouillé avec l’ancien président François Bozizé en raison de l’hésitation de ce dernier à confier l’exploitation de l’uranium centrafricain à Areva, l’Elysée a donné sa bénédiction à son renversement. Le président tchadien Idriss Deby, allié historique des militaires français, s’est chargé de réunir dans sa capitale N’Djamena une armée prête à fondre sur la République Centrafricaine. Cette horde de mercenaires, recrutée dans le nord de la Centrafrique mais aussi au Tchad et au Soudan, a été baptisée Seleka (« alliance » en sango). Elle a pénétré dans Bangui en mars 2013, après avoir mis en déroute la faible armée centrafricaine et un François Bozizé qui, sur le tard, s’est livré à de coupables exactions. Une fois au pouvoir, la Seleka a ouvert la boîte de Pandore en créant de toutes pièces des rivalités interconfessionnelles, les 85 % de chrétiens et les 15 % de musulmans ayant auparavant vécu en bonne harmonie. En réaction aux crimes d’une Seleka à majorité musulmane, se sont constituées des milices chrétiennes, les anti-Balaka qui, dans un regrettable amalgame, s’en sont pris non seulement aux mercenaires mais aussi aux musulmans qui vivaient à leurs côtés depuis plusieurs générations, dans la paix et la concorde.

Toutefois, avoir une lecture uniquement confessionnelle de la crise centrafricaine serait une grave erreur. Le véritable drame de la Centrafrique réside non seulement dans l’incompétence de ses dirigeants successifs, l’ingérence souvent désastreuse de la France, l’indifférence de la communauté internationale mais aussi et surtout dans l’extraordinaire richesse de son sous-sol. En effet, ce pays regorge de plus de 700 indices miniers (or, coltan, manganèse, pétrole, uranium et bien sûr les fameux diamants, si chers à Bokassa…) qui attirent inévitablement les convoitises. C’est notamment l’une des raisons pour lesquelles la paix n’est toujours pas revenue et que l’opération militaire française Sangaris, initiée par François Hollande en décembre 2013 pour tenter de mettre un terme aux massacres, s’est soldée par un retentissant échec.

Viols. Depuis octobre 2016, la France a mis un terme à Sangaris et ne subsiste plus sur place qu’un petit contingent, d’autant plus impuissant que la crédibilité de l’armée française a été sérieusement mise à mal par les accusations de viols sur des enfants centrafricains. La MINUSCA, la mission des Nations Unies en Centrafrique, est certes forte de plus de 12 000 hommes mais ne parvient pas à endiguer le tsunami de violences qui continue à déferler sur ce pays meurtri. Au contraire, les casques bleus sont régulièrement accusés de collusion avec les milices, ex-Seleka ou anti-Balaka, quand ils ne se rendent pas coupables d’abus sexuels et d’exploitation sauvage des richesses du sous-sol.

La petite lumière dans les ténèbres, que fut l’élection (presque) démocratique de Faustin-Archange Touadéra à la tête du pays en 2016, a bien vite été mise sous le boisseau. Cet ancien Premier ministre de Bozizé s’est révélé incapable d’être l’Homme providentiel que tous les Centrafricains attendaient, et aujourd’hui au moins 10 des 16 préfectures du pays se trouvent encore sous la coupe des groupes armés. Les anti-balaka écument le nord-ouest, de Bouar à Bossangoa en passant par Bozoum. A l’est, dans les préfectures du Mboumou et du Haut-Mboumou, les évangélistes extrémistes de la LRA (Armée de résistance du seigneur) sèment la terreur sous la direction d’un Joseph Kony qui demeure toujours insaisissable, en dépit du mandat d’arrêt délivré par la CPI. Au centre, la ville de Bambari, une des plus importantes du pays, demeure sous la coupe d’Ali Darassa, un mercenaire peul d’origine guinéenne qui exploite les nombreuses richesses de la région de la Ouaka, le fer, le cuivre et l’or, quand il n’affronte pas les milices anti-balaka locales. Enfin, au nord et au nord-est, la menace la plus sérieuse pour le pouvoir de Bangui vient sans doute des ex-Seleka, qui se sont réorganisés aux marches de la Centrafrique, du Tchad et du Soudan dans une région gorgée de matières premières (en pétrole notamment, avec le gisement de Boromata). Les ex-Seleka s’appellent désormais FPRC (Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique) et restent dirigés par le tchadien Noureddine Adam, ancien chef militaire de la Seleka, homme lige d’Idriss Deby en Centrafrique, responsable de multiples exactions sur les populations civiles, ce qui lui a valu des sanctions internationales.

Le régime de Touadéra a très vite compris que la France n’a ni les moyens ni la volonté de l’aider à rétablir la souveraineté de l’Etat centrafricain sur tout le territoire. Par le truchement de l’opération Barkhane, les faucons de l’hôtel de Brienne concentrent désormais tous leurs efforts sur le Sahel et la lutte contre le terrorisme islamiste, quitte à s’allier avec des présidents autoritaires comme Idriss Deby au Tchad ou Mohamed Ould Abdelaziz en Mauritanie. Voilà pourquoi le pouvoir en place à Bangui s’est mis à la recherche de nouveaux partenaires. En octobre 2017 à Sotchi, une rencontre entre Touadéra et le ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, a permis l’arrivée des Russes en Centrafrique. Très vite, et malgré l’embargo, des armes ont été livrées pour aider à la restructuration des FACA (Forces armées centrafricaines). Des mercenaires, appartenant à des sociétés militaires privées dont la très célèbre Wagner, ont débarqué à Bangui, sous prétexte de former les soldats centrafricains. Une partie d’entre eux s’est d’ailleurs installée à Bérengo, dans le palais abandonné de Bokassa, ce qui a déclenché les protestations de la famille de l’empereur et poussé au départ du gouvernement de son fils, le Ministre de l’administration du territoire, Serge Bokassa.

Le Kremlin dans le jeu. Au début, la France ne s’en était pas offusquée. Emmanuel Macron et son Ministre des affaires étrangères, l’incontournable Jean-Yves Le Drian, n’étaient pas hostiles à l’idée qu’une autre puissance fasse ce que l’armée française n’était plus capable de faire, à savoir remettre un peu d’ordre dans le bourbier centrafricain. Toutefois, il est très vite apparu que les Russes jouaient leur propre partition et étaient bien décidés à mettre en sourdine l’influence tricolore dans l’ancien Oubangui-Chari. Le professeur d’université Touadéra, bonhomme mais aussi falot et influençable, s’est laissé séduire en quelques mois par les envoyés de Moscou. Il s’est notamment séparé des Rwandais qui composaient sa garde présidentielle et confié sa sécurité rapprochée à des mercenaires russes. Il a également embauché comme conseiller à la sécurité Valeri Zakharov, dont l’influence va grandissante et dont on dit qu’aucune décision d’importance n’est prise au Palais de la renaissance (la présidence centrafricaine) sans son aval. Dernièrement, alors que les Français ont voulu livrer à l’armée centrafricaine des armes confisquées à des pirates somaliens au large de la Corne de l’Afrique, la Russie y a opposé un refus catégorique, s’affirmant comme l’unique interlocuteur du pouvoir centrafricain, au détriment de l’ancien colonisateur.

Il faut dire que le jeu en vaut la chandelle. Car les sociétés militaires privées russes sur place, appuyées politiquement par Moscou et financièrement par la Chine, ont clairement des visées prédatrices sur le sous-sol centrafricain. A l’ouest, dans les environs de Berberati, l’exploitation des diamants a déjà commencé. Dans la préfecture de la Lobaye, juste au sud de Bangui, des mafieux originaires de Moscou pillent sans vergogne le bois précieux dont cette région regorge en abondance.

Nos vidéos : Les débats sur la révision constitutionnelle ou «la foire à la saucisse»

Et la Centrafrique n’est pas la seule concernée. C’est un véritable arc d’influence russe qui est en train de se dessiner, du Soudan à l’Angola, de Khartoum à Luanda en passant par Bangui et Kinshasa. Au Soudan, la Russie entretient des accointances avec le président Omar El-Bechir, au pouvoir depuis 1989. Le FSB, les espions russes, fournissent un soutien logistique précieux aux services de renseignement soudanais. Des mercenaires de Wagner sont stationnés à Khartoum, tandis que d’autres patrouillent le long de la frontière disputée avec le Sud-Soudan. Ils offrent un soutien de poids au régime chancelant d’El-Bechir, affaibli par la partition avec le Sud-Soudan en 2011 et par les récentes manifestations contre la vie chère. En Angola, une collaboration économique et même spatiale a été entamée, les russes lançant le premier satellite de télécommunications angolais depuis leur base de Baïkonour. En République démocratique du Congo, ce géant aux pieds d’argile, l’arrivée des hommes de Poutine pourrait sauver la mise au président Joseph Kabila, qui doit normalement quitter le pouvoir à la fin de l’année. En effet, avec l’appui de Moscou, Kabila tente de contrecarrer l’initiative rwando-angolaise, soutenue par la Belgique et du bout des lèvres par la France. Les présidents rwandais Paul Kagamé et angolais Joao Lourenço s’escriment vaille-que-vaille à organiser un dialogue en RDC qui aboutirait au respect de l’accord de la Saint-Sylvestre de 2016 et à l’organisation d’élections générales (sans Kabila). Les Russes font tout pour faire capoter cette initiative et ont récemment conclu avec le président congolais un accord de coopération militaire, qui doit déboucher sur la signature d’autres contrats, notamment dans le domaine minier. Chez les héritiers de l’URSS, l’ingérence politique se double immanquablement d’un affairisme dénué du moindre scrupule.

C’est pourquoi il convient de ne pas surestimer l’ambition russe au sud du Sahara. Beaucoup y voient le retour en force d’un certain hubris soviétique, réminiscence du temps où Brejnev soutenait les mouvements de libération en Afrique au nom de la lutte contre le camp de l’Ouest. Il y aurait un plan machiavélique qui permettrait à la Russie de supplanter à moyen terme d’autres puissances et notamment la France. Or l’affairisme aux relents mafieux des investisseurs russes, la présence de mercenaires de sociétés privées plutôt que de troupes régulières, le manque d’intérêt de Poutine pour le continent africain comparé au Moyen-Orient, laisse plutôt penser à un opportunisme mercantile qu’à une tentative de rebâtir un Empire sur la terre rouge d’Afrique. Mais cette intrusion inquiète, en premier lieu à Paris, qui dans les faits voit son pré carré réduit à peau de chagrin en Centrafrique.

Come back français. La réaction ne s’est pas faite attendre. En juin dernier, Jean-Yves Le Drian s’est rendu au Congo-Brazzaville et au Tchad rencontrer ses « amis personnels », les autocrates Denis Sassou-Nguesso et Idriss Deby. Le principal sujet de discussion a été la Centrafrique, et cette fameuse menace venue des confins de l’Europe. Il faut dire qu’Idriss Deby a aussi des raisons de s’inquiéter du bouleversement géopolitique engendré par l’arrivée des Russes. Le soutien de Poutine à Omar el-Bechir pourrait-il remettre en cause l’équilibre trouvé avec la signature de l’accord de paix tchado-soudanais de 2010 ? Pendant toute la décennie 2000, le Soudan s’est ingénié à renverser le régime de Deby, soutenant les rébellions tchadiennes les unes après les autres sans qu’aucune d’entre elles ne parviennent à s’emparer de N’Djamena. Le Tchad a fait de même, parrainant notamment le MJE (Mouvement pour la justice et l’égalité) de Khalil Ibrahim, qui a lancé un raid sur Khartoum en 2008.

Mis sur la touche par la partition du Sud-Soudan, la baisse drastique de ses revenus tirés des champs pétrolifères du sud et aussi le mandat d’arrêt lancé à son encontre par la CPI, Omar el-Bechir avait alors été obligé de composer avec son ennemi de toujours. Les rebelles tchadiens, Mahamat Nouri et Timane Erdimi avaient été expulsés de Khartoum vers le Qatar en juillet 2010, consacrant la victoire d’Idriss Deby sur son opposition militaire interne. Toutefois, les rancœurs subsistent jusqu’à aujourd’hui. Et les tensions se sont accrues ces derniers mois, alors même que le pouvoir d’Idriss Deby a été considérablement affaibli par des mois de contestation sociale et grève générale. Le président tchadien soupçonne son voisin soudanais de chercher à organiser un coup d’Etat contre lui, en s’appuyant sur la minorité arabe du Tchad. Il faut dire qu’Idriss Deby a récemment perdu un allié de poids au Soudan, en la personne de son beau-père, le très puissant chef djandjawid Moussa Hilal. Ce dernier a été arrêté et supplanté par Mahamad Hamdan Daglo, plus connu sous le surnom de Himiti, un autre chef djandjawid dont les troupes sont composées en majorité d’arabes tchadiens. Avec la bénédiction d’el-Bechir, c’est lui qui assure désormais la sécurité de la volcanique frontière soudano-tchadienne. Et Deby ne peut que s’émouvoir d’une présence hostile à sa porte, le général Himiti étant connu pour sa défiance de longue date envers le dirigeant tchadien.

Dans les couloirs du palais Rose, le palais présidentiel tchadien, il se murmure que les Russes seraient à la manœuvre pour aider à la déstabilisation du régime de Deby via le Soudan et les milices arabes massées à la frontière tchado-soudanaise. La France, quant à elle, continue à soutenir l’homme fort de N’Djamena, bien que celui-ci ait été unanimement condamné pour ses atteintes aux Droits de l’Homme et soit considéré par le magazine The Economist comme le pire dictateur du continent africain. Il faut dire que Deby reste un allié incontournable des militaires hexagonaux dans la lutte contre le terrorisme islamiste au Sahel, et est de plus toujours resté insensible à l’offensive de charme des missi dominici russes. Assisterait-on alors à un affrontement indirect entre deux puissances, comme aux grandes heures de la Guerre froide, la France soutenant le Tchad, la Russie le Soudan avec la Centrafrique comme arène où se mesurent les titans ? C’est plausible.

Quoi qu’il en soit, Paris semble prêt à faire des mains et des pieds pour reconquérir son influence perdue en Centrafrique, quitte à rendre la situation pire qu’elle ne l’est actuellement. Suite à la dernière visite de Le Drian à N’Djamena, les ex-Seleka semblent être revenus au devant de la scène. Ses chefs, Nourredine Adam et Abakar Saboune se sont rendus dans la capitale tchadienne, où ils ont été reçus à plusieurs reprises par Deby. Selon des propos tenus par Nourredine Adam devant témoins, « le sort de Touadéra serait scellé ». Des généraux zaghawa, membres du clan présidentiel tchadien, se sont rendus au nord de la Centrafrique, dans la zone tenue par le FPRC, potentiellement pour aider à la préparation d’une offensive des ex-Seleka. Touadéra paiera-t-il de son pouvoir son rapprochement avec Moscou et son éloignement avec Paris ? Au mépris de la souveraineté du peuple centrafricain, son successeur serait en tout cas déjà désigné. Il s’agirait d’Abdou-Karim Meckassoua, le président de l’Assemblée nationale, connu pour entretenir d’excellents rapports avec Jean-Yves Le Drian, Idriss Deby et Denis Sassou-Nguesso. Meckassoua aurait déjà dû diriger la transition centrafricaine entre 2014 et 2016 à la place de Catherine Samba-Panza, mais la désignation du chef de la transition était intervenue en pleine séparation entre François Hollande et Valérie Trierweiler. Face à un Président français happé par ses problèmes personnels, le lobbying d’Obama en faveur de Samba-Panza avait privé Meckassoua de la magistrature suprême.

Nouvelle offensive ? A Bangui, dans les cercles informés, l’on craint désormais une nouvelle offensive des ex-Seleka. Celle-ci se ferait, comme en 2013, avec le soutien actif de Deby et l’assentiment de la France, qui installerait ensuite un pouvoir qui lui soit plus favorable. Au vu de la barbarie dont ont déjà fait montre les reîtres de la Seleka, ce jeu est pour le moins dangereux et risque de se dérouler au prix de la vie ou de l’exil de dizaines de milliers de Centrafricains, qui seront comme d’autres tentés de traverser la Méditerranée. Je ne serai pas de ceux qui se font les chantres de l’interventionnisme russe sur le continent, car il renvoie à une forme d’ingérence et de mise sous tutelle qui pour moi est insupportable, qu’elle provienne du côté russe ou du côté français.

Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes doit être défendu coûte que coûte, et il demeure absolument inimaginable que des pays comme la Centrafrique ou la RDC soient plus longtemps dépossédés de leur souveraineté, des richesses de leur sous-sol et que soit entretenu sur le territoire un chaos qui ne profitent qu’à des puissances étrangères. La République Centrafricaine ne pourra être sauvée qu’en mettant un terme à toutes les prédations venues d’ailleurs, et en redonnant à ce pays une indépendance qui lui a été retirée de facto au moment de la crise. Il faut que l’armée centrafricaine se reconstitue et appuyée par une mission des Nations Unies au mandat renforcé, désarme les groupes rebelles pour rétablir la paix sur le territoire. Plus généralement, les visées russes sur le continent ne sont qu’un énième miroir aux alouettes pour des dictateurs en fin de règne et, comme la Françafrique, ne favoriseront ni la paix ni le développement de cette Afrique centrale bouillonnante. Comme le clamait haut et fort Thomas Sankara, « il faut mieux faire un pas avec le peuple plutôt que dix pas sans le peuple ».

 

7. juil., 2017

Le Haut-Commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU a accusé vendredi Kinshasa de ne pas enquêter sérieusement sur les violences au Kasaï, région du centre de la République démocratique du Congo, et a exigé une enquête internationale.

Zeid Ra’ad Al Hussein a enjoint le Conseil des Droits de l'Homme de mettre sur pied une commission afin d'enquêter sur les graves abus commis dans la région, notamment les exécutions sommaires, les meurtres d'enfants, le recrutement d'enfants soldats et les violences sexuelles.

"L'étendue et la nature de ces violations des droits de l'Homme, ainsi que les réponses constamment inadéquates des autorités locales nous obligent à demander une enquête internationale pour compléter les efforts nationaux", a-t-il dit dans un communiqué.

La région du Kasaï est secouée depuis septembre par la rébellion de Kamwina Nsapu, chef traditionnel tué en août 2016 lors d'une opération militaire après s'être révolté contre les autorités de Kinshasa.

Ces violences qui impliquent miliciens, soldats et policiers ont fait plus de 400 morts - dont deux enquêteurs de l'ONU en mars - et causé le déplacement de 1,3 million de personnes

Le Conseil des droits de l'Homme a par ailleurs établi l'existence de 42 fosses communes, mais sa porte-parole, Ravina Shamdasani, a averti vendredi que leur nombre pourrait être "beaucoup élevé".

Elle a indiqué que le Conseil avait des informations selon lesquelles les forces armées congolaises pourraient avoir "creusé beaucoup de ces fosses après des accrochages avec des membres présumés de la rébellion de Kamwina Nsapu au cours des mois passés".

Les deux experts de l'ONU tués en mars cherchaient à prouver l'existence de ces charniers.

M. Zeid avait indiqué mardi qu'il attendait "des réponses appropriées du gouvernement (congolais) le 8 juin concernant une enquête conjointe". Mais la ministre des droits de l'Homme congolaise, Marie-Ange Mushobekwa, a répliqué qu'"on ne donne pas d'ultimatum à un État souverain".

Le Haut-Commissaire a reconnu vendredi que c'est "le droit souverain du gouvernement de la RDC de mener des enquêtes judiciaires sur les violations des droits de l'Homme commises sur son territoire".

Il s'est plaint toutefois de l'absence de réponse de Kinshasa "vu la gravité et l'étendue des violations et le besoin impératif de justice pour les victimes".

(AFP)

Le Haut-Commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU a accusé vendredi Kinshasa de ne pas enquêter sérieusement sur les violences au Kasaï, région du centre de la République démocratique du Congo, et a exigé une enquête internationale. Zeid Ra’ad Al Hussein a enjoint le Conseil des Droits de l'Homme de mettre sur pied une commission afin d'enquêter sur les graves abus commis dans la région, notamment les exécutions sommaires, les meurtres d'enfants, le recrutement d'enfants soldats et les violences sexuelles. "L'étendue et la nature de ces violations des droits de l'Homme, ainsi que les réponses constamment inadéquates des autorités locales nous obligent à demander une enquête internationale pour compléter les efforts nationaux", a-t-il dit dans un communiqué. La région du Kasaï est secouée depuis septembre par la rébellion de Kamwina Nsapu, chef traditionnel tué en août 2016 lors d'une opération militaire après s'être révolté contre les autorités de Kinshasa. Ces violences qui impliquent miliciens, soldats et policiers ont fait plus de 400 morts - dont deux enquêteurs de l'ONU en mars - et causé le déplacement de 1,3 million de personnes Le Conseil des droits de l'Homme a par ailleurs établi l'existence de 42 fosses communes, mais sa porte-parole, Ravina Shamdasani, a averti vendredi que leur nombre pourrait être "beaucoup élevé". Elle a indiqué que le Conseil avait des informations selon lesquelles les forces armées congolaises pourraient avoir "creusé beaucoup de ces fosses après des accrochages avec des membres présumés de la rébellion de Kamwina Nsapu au cours des mois passés". Les deux experts de l'ONU tués en mars cherchaient à prouver l'existence de ces charniers. M. Zeid avait indiqué mardi qu'il attendait "des réponses appropriées du gouvernement (congolais) le 8 juin concernant une enquête conjointe". Mais la ministre des droits de l'Homme congolaise, Marie-Ange Mushobekwa, a répliqué qu'"on ne donne pas d'ultimatum à un État souverain". Le Haut-Commissaire a reconnu vendredi que c'est "le droit souverain du gouvernement de la RDC de mener des enquêtes judiciaires sur les violations des droits de l'Homme commises sur son territoire". Il s'est plaint toutefois de l'absence de réponse de Kinshasa "vu la gravité et l'étendue des violations et le besoin impératif de justice pour les victimes".

AFP

16. juin, 2017

L'ONU a appelé hier Les Centrafricains à un "sursaut national" pour trouver une solution politique et les bailleurs de fonds internationaux à "tenir leurs promesses" d'aide.

S'exprimant devant le Conseil de sécurité, le représentant spécial de l'ONU en Centrafrique Parfait Onanga-Anyanga s'est déclaré "très inquiet de la situation humanitaire déjà critique du pays" et a estimé qu'elle "pourrait empirer si les autorités centrafricaines ne facilitaient pas le retour dans leurs foyers des réfugiés et des personnes déplacées".

Plus de la moitié des Centrafricains, soit 2,2 millions de personnes, ont besoin d'aide ou sont dans une situation d'insécurité alimentaire, a-t-il rappelé.

"Il est essentiel, a-t-il souligné, que tous les partenaires internationaux tiennent leurs promesses envers la RCA (...) afin de consolider les dividendes de la paix et maintenir une Minusca (mission de l'ONU en RCA), forte et dotée des ressources suffisantes pour remplir son mandat".

"L'heure est grave et, si nous ratons ce rendez-vous, le jugement de l'histoire sera sans concession", a-t-il estimé, affirmant qu'"un sursaut national est plus que jamais indispensable".

Le plan de réponse humanitaire de l'ONU pour 2017, qui s'élève à 399,5 millions de dollars, n'a jusqu'à présent été couvert qu'à hauteur de 25%.

Textes et photos:AFP

16. août, 2016

Libération de Me Lydienne Eyoum : il y a des moments heureux dans la vie politique.

La libération le 4 juillet 2016 de Maître Lydienne Eyoum, avocate franco-camerounaise, en prison au Cameroun depuis plus de 6 ans, fut ainsi un moment de bonheur. Un bonheur partagé par l’ensemble de ceux qui se mobilisèrent en sa faveur depuis de nombreuses années. D’abord son mari, Michel Loyse, ses deux avocats, Maîtres Caroline Wassermann et Christian Charrière-Bournazel, nos deux ambassadeurs aux droits de l’Homme François Zimmeray puis Patrizianna Sparacino-Thiellay, notre Ambassadrice au Cameroun Christine Robichon et son prédécesseur Bruno Gain, Marc Nzoumba et l’équipe de SOS Racisme Cameroun, nos deux consuls Astride Cheminel et Bertrand Caillaud, qui l’ont accompagnée durant toutes ces années, la visitant et l’aidant dans les moments de doute et de souffrance, et beaucoup d’autres encore. Rompant avec l’indifférence de l’ère Sarkozy, il faut aussi rappeler et souligner l’implication sans faille du Président de la République, François Hollande, qui n’avait pas hésité à évoquer une fois encore la situation de Lydienne lors de son passage au Cameroun début juillet 2015. Ainsi, depuis l’alternance de 2012, chaque visite de responsables politiques français était l’occasion d’évoquer avec le Président Paul Biya notre préoccupation quant au sort de Lydienne EYOUM. Claude Bartolone, Bernard Cazeneuve, Michel Sapin et dernièrement, quelques jours avant la libération de Lydienne, André Vallini.

Je remercie Paul Biya, qui, après l’analyse personnelle du cas de Me Lydienne EYOUM à laquelle il s’était engagé auprès de François Hollande en juillet 2015, a décidé de rendre à l’ancienne avocate de l’Etat camerounais ses droits, sa liberté. Compte-tenu du contexte de l’arrestation – l’opération Epervier – et de la condamnation de Me Lydienne EYOUM, la nécessaire lutte contre la corruption méritait cette appréciation spécifique du Chef de l’Etat camerounais.

Cette libération, obtenue suite à une grâce présidentielle, est l’aboutissement de nombreux efforts. Mais c’est d’abord la victoire d’une femme, de sa dignité, de son humilité tout au long de sa captivité. Toujours combattante, alerte, digne. A l’écoute de ceux qui venaient la rencontrer dans cette prison mouroir de Kondengui. Comprenant que la réalité du temps à l’extérieur de sa prison imposait malheureusement de la patience, de la confiance lorsque nous lui disions que nous avions bon espoirde mettre fin à sa détention. Détention, qualifiée d’arbitraire par le Comité des droits de l’Homme des Nations Unies.

Je sais combien cette grâce est l’objet de vives polémiques au Cameroun en raison de l’implication de la France pour cette libération. J’ai vu nombre de prises de position dans la presse, dont la tribune de l’avocat camerounais de Lydienne, Me Black Yondo : personne n’a probablement mieux exprimé que lui ce que pourrait penser aujourd’hui certains de ceux qui se sont mobilisés pour la libération de Me Eyoum. A chaque passage au Cameroun, à chaque visite au Ministre des Relations extérieures, au Ministre de la Justice, ainsi qu’à d’autres personnalités de l’Exécutif ou du Parlement, lors de contacts informels avec des responsables du pays, et alors que nous évoquions des sujets de préoccupation et de mobilisation communes, que ce soit la lutte contre le terrorisme – Français et Camerounais sont lourdement victimes de ce fléau-  ou l’implication du Cameroun dans le résultat de la COP 21,  j’avais en tête la libération de Lydienne et ce que cela signifiait pour notre compréhension mutuelle, notre confiance et les combats que nous avons à mener ensemble.

Je sais que mes interventions ont pu parfois être perçues comme une ingérence dans les affaires intérieures du Cameroun. Ou pire, comme une action posant par principe, pour chaque Français, un droit à l’impunité. Mais il ne s’agissait évidemment pas de cela. Bien entendu, de par ma fonction, je suis toujours sensible à la situation des Français en prison à l’étranger, au respect de leurs droits et de leur situation humanitaire, mais je ne saurais poser le principe qu’ils soient toujours innocents ni susceptibles de répondre de leurs actes devant la justice, je dis bien la Justice, de leur pays de résidence. Par contre, je soulignais aussi qu’un combat mené contre un arbitraire servait l’ensemble de ceux qui en étaient victimes. Me rendant dans cette prison à plusieurs reprises, j’y ai vu les conditions inhumaines de détention, l’infirmerie-morgue, les détentions préventives illimitées… Défendre Lydienne c’était aussi témoigner de cela. Jamais l’arbitraire ne pourra remplacer la Justice. Je ne me tais pas en France sur ces questions-là : pourquoi donc alors le ferais-je à l’étranger ?

Après Michel Atangana, Jean-Emmanuel Foumbi, la libération de Lydienne est la troisième au Cameroun pour laquelle j’ai été impliqué, mobilisé et pour laquelle j’ai constaté l’engagement de la France.Ces libérations, comme celles obtenues dans d’autres pays, sont à chaque fois un moment de bonheur sur l’effet que peut produire une mobilisation collective qui n’a pas toujours besoin d’être médiatique pour être efficace.

Mais cette libération, Lydienne la doit d’abord à elle-même. A son immense patience, à son incroyable résilience, à sa dignité sans faille. C’est ce que je lui ai dit lorsque nous nous sommes vus la semaine passée au Sénat.

Bravo Lydienne et vive la liberté !

Jean Yves Leconte, sénateur