27. févr., 2014

Edito : la Centrafrique suit son chemin de croix

La Centrafricaine n’en finit pas d’agoniser, comptant ses morts par centaines, sans que les forces militaires envoyées par la communauté internationale ne parviennent à ramener un début de calme. La force française « Sangaris », composée de 1600 hommes, va être portée à 2000 soldats. La force d’intervention africaine, la MISMA, est de 6000 hommes. Ces effectifs importants sont encore faibles confrontés à l’immensité d’un pays à l’infrastructure peu développée et où beaucoup de régions sont très isolées.

 

Cette géographie favorise les exactions de groupes politico-mafieux. Rappelons que c’est sous l’action d’une rébellion venue du Nord et constituée essentiellement de miliciens musulmans, les Sélékas, en partie d’origine tchadienne, que Michel Djotodia, l’éphémère Président putchiste, a pris le pouvoir à Bangui, il y a près d’une année. Le Président en exercice, le général Bozizé, était alors à la tête d’un régime affaibli qui ne contrôlait plus que le Sud de la Centrafrique, Bangui et sa région et quelques grandes villes. Bozizé avait largement échoué dans sa gouvernance et le pays s’enfonçait dans la misère et l’anarchie. Incapable de contrôler la Centrafrique, le régime Bozizé représentait un danger pour la sous-région. Le Tchad, avec le probable feu vert de Paris, a donc décidé de « changer  la donne » à Bangui en armant les Sélékas. Le problème imprévu est l’attitude des Sélékas qui ont agi en troupes d’occupation plutôt qu’en armée nationale, avec un comportement de soudards et de pillards entrainant un rejet des populations locales du Sud essentiellement chrétiennes. Rapidement ce ressentiment a pris une dimension religieuse. Le nouveau Président, incapable de contrôler ses troupes, a du se démettre sous la pression internationale et un pouvoir de transition a été mis en place « à la sauvette ».

 

La situation reste confuse et les exactions se poursuivent, vengeances des chrétiens contre les ex-vainqueurs musulmans Sélèkas : lynchages, pillages, tueries des musulmans « à l’aveugle ». Une situation entretenue par des milices chrétiennes dites d’auto-défense appelées « Anti-balakas » qui sont apparues  il ya quelques mois en opposition aux milices Sélékas. Sous le couvert d’ Anti Balakas, ce sont des forces de l’ancien régime du général Bozizé qui se sont réorganisées et tentent de reprendre la main. Les dimensions politique, ethnique et religieuse s’entremèlent dans cette crise centrafricaine. Comme le disait hier matin sur RFI le ministre Français de la défense Le Drian, il est impossible de prévoir une quelconque date de retrait concernant le déploiement de la force Sangaris en Centrafrique.

 

Tananarive, le 16/02/2014

Jean-Daniel CHAOUI

Président de l’UESRE