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20. févr., 2018

La Lettre d'Hélène Conway-Mouret, Sénatrice des Français établis hors de France, ancienne Ministre déléguée chargée des Français de l'étranger

Chères amies, Chers amis,

Vieillir n’est pas une faute, vieillir n’est pas une tare ni l’expression d’un attachement irréductible à la vie. Vieillir n’est pas davantage un naufrage comme Chateaubriand aimait à le dire. Vieillir est simplement une étape ordinaire de la vie. Comment pourrait-il en aller d’ailleurs autrement dans un pays dont l’INSEE nous dit qu’il compte 21.000 centenaires en 2016 et qu’il en comptera 270.000 en 2070 ? Et pourtant, il suffit que le hasard de la vie vous attire pour quelques heures dans un hôpital public ou une maison de retraite pour constater que la vieillesse n’y est qu’une résistance au temps, tolérée et parfois même regrettée. Comment ne pas être prise aux tripes en voyant un proche entravé sur un lit et pourvu d’une couche au seul motif que le manque de personnel ne permet pas de lui accorder de temps et lui apporter l’attention et l’humanité que son âge, ses rides et la finesse de ses cheveux imposent ? Comment ne pas s’attrister au regard de ce vieux plein d’humour à qui l’on reproche justement de ne plus être indépendant parce que, malgré la maladie, il reste jeune, à qui l’on n’a pas le temps de sourire et dont la seule attention est une indifférence qui confine à la maltraitance ?

Dans une société développée, l’accompagnement des personnes âgées devrait être un impératif, une règle de vie et l’expression ultime de la fraternité entre générations. Les expatriés dont les parents, âgés et parfois malades résident en France, savent la tension et la tristesse qui peuvent les habiter à la pensée de cette solitude qui leur est imposée dans une société qui ne veut pas leur accorder le minimum acceptable. Je le sais. Je suis aussi rentrée en métropole pour eux.

L’accompagnement de la vieillesse a cependant un coût, un coût humain pour ceux qui s’y investissent et qui sont aussi en grande souffrance. Il a aussi un coût financier : celui des personnels en nombre suffisant. Cela s’appelle le service public. Par un mauvais hasard, je quitte la chambre de l’un de ces "vieux" à l’instant où le ministre des comptes publics annonce son désir de "dégager" plusieurs dizaines de milliers de fonctionnaires, y compris hospitaliers, volontaires nous dit-on. Mais volontaires par désir ou volontaires par lassitude ou épuisement ? Réfléchissez-y monsieur Darmanin du haut de vos 36 ans parce que, comme nous tous, vous ne pourrez "fuir devant vous une dernière fois la pendule d'argent qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non et puis qui nous attend."

Bien à vous.

Hélène Conway-Mouret

 

23. juil., 2014
22. juil., 2014
22. juil., 2014

Le Parisien, 24/02/14