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15. janv., 2014

L'Hebdo de Madagascar, 27 décembre 2013 au 2 janvier 2014

24. déc., 2013

Trafic de bois de rose : « Inertie de la Justice

et des forces de l’ordre », selon le PM

 

Vue satellitaire du transport de bois de rose coupés illicitement dans la partie Nord de l’île.

 

L’Association des Journalistes pour l’Environnement (AJE) a mené des investigations pour relater toutes les informations concernant cette affaire afin d’aider le futur Président de la République à prendre des mesures mettant un terme à l’hémorragie de nos richesses nationales au détriment de l’environnement.

 

Le trafic de bois de rose est toujours en nette recrudescence. Le contexte de crise politique actuel le favorise. En outre, « une inertie de la Justice et des forces de l’ordre dont les gendarmes et la police pour appliquer les lois est observée », a dénoncé le Premier ministre Omer Beriziky lors d’une entrevue avec les membres de l’Association des Journalistes pour l’Environnement. Cette association a mené des investigations en vue de relater toutes les informations concernant l’affaire bois de rose depuis 2009. L’objectif consiste à aider le futur Président de la République à prendre des mesures adéquates mettant un terme à cette hémorragie de la richesse nationale au détriment de l’environnement.

 

200 000 rondins. « Les noms de ces trafiquants sont tous connus. Ils sont en réseau. Des hautes personnalités au niveau de la Présidence, et peut-être même au sein de la Primature sont impliquées dans cette affaire. En fait, l’autorité de l’Etat est en déliquescence. Ce qui profite aux trafiquants qui sont en complicité avec des agents forestiers », a-t-il révélé. L’Alliance Voahary Gasy ne cesse d’interpeller l’Etat qu’il faut appliquer textuellement l’Ordonnance 2010-141 et le décret 2011-001 pour sanctionner les contrevenants. « Des trafiquants ont été pris en flagrant délit mais ils sont ensuite relâchés. Les bois de rose saisis sont même restitués à leurs propriétaires alors que l’exploitation illicite des aires protégées constitue un crime », a évoqué Andry Andriamanga, le Coordonnateur national de l’AVG. Cette plate-forme relate que près de 14 000 ha de forêts naturelles sont détruites à cause du trafic de bois de rose et près de 200 000 rondins ont été exportés entre 2009 et 2011. Au niveau du BIANCO, 45 dossiers sont traités sur le secteur forêt entre 2011 et 2012, et ce, sans classement spécifique de bois de rose. Benjamina Ratovoson, le directeur territorial à Tanà, a souligné que le BIANCO rencontre souvent des obstacles dans ses enquêtes car les preuves sont dissimulées. « Par contre, nous n’avons reçu aucune intimidation de la part des autorités. Quant au verdict prononcé par la Justice, nous sommes parfois insatisfaits », a-t-il raconté. D’une manière générale, le financement de l’exportation illicite de bois de rose s’effectue en dehors du circuit bancaire. En effet, les bois précieux sont échangés contre des marchandises importées issues de leur vente à l’extérieur.

 

Ambassade de Chine. Par ailleurs,  selon les critiques, la destination des fonds provenant de l’exportation de bois n’est pas claire. Dans une déclaration commune publiée en septembre 2009, le WWF, CI et la Wildlife Conservation Society ont dit que le décret publié par l’Etat « permet un détournement potentiel des fonds au nom de la protection de l’environnement et constitue une incitation juridique à une plus grande corruption dans le secteur forestier ». Le comité de pilotage est mis en place pour gérer les stocks de bois de rose. En effet, tous les acteurs concernés ont convenu qu’il faut vendre les stocks saisis et sécurisés étant donné qu’ils s’amenuisent du jour au lendemain alors que c’est en grande partie déposée dans des camps militaires. La Banque Mondiale est en pleine étude sur l’inventaire et marquage de ces stocks avant le lancement de leur appel d’offres. Du côté du ministère de l’Environnement, les techniciens ont fait état de 22 710 rondins de bois de rose séquestrés dans  douze sites éparpillés dans toute l’île. Bref, « Le Président élu devra restaurer l’autorité de l’Etat afin de regagner la confiance entre le peuple et l’Etat. Les fonctionnaires doivent ensuite prendre leurs responsabilités pour lutter contre ce trafic de bois précieux. Et enfin, l’ambassade de Chine doit dénoncer car des Chinois sont impliqués dans cette affaire », a conclu le Premier ministre, Omer Beriziky.

 

Navalona R.

Midi Madagascar, 19/12/2013