20. mars, 2014

Chronique de VANF: Le retour du manichéisme déformant

Pendant que Vladimir Poutine s’emparait de la péninsule de Crimée sans un seul coup de feu, l’Amérique était occupée à la «nuit des Oscars». Les révolutionnaires de la place Maïdan devraient méditer la hiérarchie des priorités chez leurs alliés supposés. Et dire que ces gens s’étaient mobilisés contre le Gouvernement qui tournait le dos à l’entrée de l’Ukraine dans l’Union Européenne : «nous voulons être Européens», dirent-ils, sous-entendant leur refus de demeurer plus longtemps à l’ère soviétique supposée de la Russie voisine, malgré la chute du Mur de Berlin et la disparition de l’URSS.

 

Pendant que l’Amérique se consacrait à sa nuit de paillettes, l’Europe, celle de l’idéal démocratique que lui envie le reste du monde, ne pouvait faire davantage que son sempiternel ballet diplomatique. Réunion à l’OTAN, condamnation du G7, réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies, concertations à l’OSCE : Vladimir Poutine n’a cure de ce genre de gesticulations dans ce qui reste l’arrière-cour de la Grande Russie.

 

Les dirigeants américains avaient pu parler de «méthode indigne d’un État moderne : mais, finalement, ce «Moyen-âge», celui d’une action unilatérale au mépris du droit international, de la priorité inexorable d’intérêts égoïstes, au risque de menacer la paix et la sécurité internationales, n’est pas plus éloigné que les agissements de Ronald Reagan en Amérique latine (Guatemala, Grenade, Honduras, Nicaragua) une fois qu’il eut prononcé son discours du 8 mars 1983 devant la Convention annuelle des associations évangéliques américaines en dénonçant «l’Empire du Mal». Ce «Moyen-âge» est aussi le fait d’un George W. Bush qui invente le prétexte des armes de destruction massive, qu’au demeurant personne n’a jamais pu montrer, pour envahir l’Irak. Mais, seulement voilà, les médias internationaux ont une grille de lecture qui privilégie la version occidentale : Vladimir Poutine, c’est un Genghis Khan, dont les hordes barbares risquent de déferler sur  l’Europe ; Ronald Reagan et George H. Bush sont les héros qui ont débarrassé le monde libre de l’hydre URSS.

 

Un manichéisme simpliste sépare le monde entre le Bien occidental et le Mal nécessairement exotique : même élu, Viktor Ianoukovitch doit démissionner purement et simplement quand l’exige une foule pro-occidentale. La même grille de lecture est avancée chaque fois : les pro-occidentaux, évidemment libéraux, contre les nationalistes, naturellement rétrogrades. Le même dictateur, mais avec des sentiments anti-communistes, sera maintenu au pouvoir malgré une mobilisation populaire sans aucun doute téléguidée : ce fut le cas du général Efrain Rios Mont, un évangélique fanatique, au Guatemala, en 1982-1983 ; ce fut le cas également à Grenade, en 1983, quand le président de gauche Maurice Bishop est renversé par un coup d’État et que des troupes américaines établissent un gouvernement acquis à leur cause.

 

Même la hiérarchie des informations se retrouve indexée à cette grille occidentale de lecture : priorité au dossier ukrainien, oubliée l’épuration ethnique en Centrafrique, perdue de vue la crise politique en Thaïlande, passé au second plan l’urgent dossier du nucléaire iranien. Tout ceci pour conclure que, sur le dossier russo-ukrainien, tout n’est pas aussi simple que les médias internationaux veulent bien faire croire à l’opinion publique dite internationale.