15. déc., 2014

Faim d'année

Ils sont fous ces capitalistes. Un pays dont le revenu per capita est de moins de 2 dollars par jour peut-il suivre le rythme effrené de la mondialisation   A priori, non. C’est un système que les grands imposent aux petits pays pour mieux les engloutir et les bouffer sans qu’ils aient été préalablement préparés. C’est la néo-néo- colonisation collective. Autant les anciennes colonies n’ont pas été préparées pour être indépendantes et étaient condamnées à se casser la gueule au bout de quelques années de liberté, autant ils n’ont pas les aptitudes pour s’intégrer dans le système prédateur de la mondialisation et de la démocratie. On n’a ni les infrastructures industrielles nécessaires pour répondre aux besoins du marché international, ni un système judiciaire approprié à la bonne gouvernance, ni les petites compétences requises pour les grosses industries, ni l’énergie nécessaire pour assurer un dévéloppement industriel, ni les cadres nécessaires pour occuper les postes importants, ni une indépendance totale dans les décisions importantes, ni surtout la volonté politique de mettre un terme à toutes les inepties en un demi-siècle d’indépendance. Du coup, on est condamné à subir l’humeur du marché international et le bon vouloir des grands pays. La balance commerciale est éternellement déficitaire étant donné qu’on importe tout de l’étranger, la pomme comme le papier hygiénique, le sucre comme le cure-dent. On en est à ces absurdités qui tuent les producteurs aussi bien les rares braves industriels que les vaillants paysans.


Résultat des courses, on achète tout au prix fort alors que le pouvoir d’achat équivaut à trois cacahuètes. À preuve, les prix des carburants et du gaz sont en baisse à La Réunion et à Maurice actuellement, conformément à la fameuse vérité des prix et parallèle­ment à l’effritement des prix au cours international. L’effet de tout changement de prix est immédiat au niveau des consom­mateurs. Les Réunionnais, dont le revenu per capita est de cent fois supérieur à celui des Malgaches, achètent la bouteille de gaz de 12,5 kg à 60.000 ariary contre 100.000 ariary chez nous. Le même écart est constaté sur certains produits comme le ciment dont le sac de 50 kg coûte 10.000 ariary à Maurice contre le double à  Madagascar.Si c’est cela l’indépendance, mieux vaut organiser un nouveau référendum et remettre en question celle de 1958. On comprend mieux le choix de Mayotte.


Depuis Ratsiraka et les dévaluations en série du FMG, le prix des carburants n’a jamais cessé de flamber même si, à l’époque, aller au cinéma était toujours moins cher (250 FMG) qu’un litre d’ordinaire. Ce dernier a disparu avec les salles de cinoche pour laisser la place au sans plomb et au vidéo-club.


En revanche, les explications n’ont guère changé.Cela a toujours été la parité du dollar. Même à une époque où le prix du baril de pétrole avait atteint un plancher record, les prix à la pompe de la Solima n’ont jamais enregistré une baisse. La privatisation et l’arrangement sur les prix entre les compagnies pétrolières n’ont rien changé. Seule la monnaie étalon a changé étant donné que l’euro a supplanté le dollar. Eh oui, l’année tire à sa fin mais la faim d’année se fait de plus en plus inquiétante avec cette inflation galopante et expliquée de façon fallacieuse. Un impair Noël.

 

par Sylvain Ranjalahy

L'Express de Madagascar, 5/12/14