27. avr., 2015

Chronique de VANF: éducation civique, travail de mémoire

L’éducation civique est devenu un élément de langage. Comme démocratie, liberté, bonne gouvernance. Sachant que, pas plus que les autres éléments de langage, l’éducation civique, celle qui se pratique éventuellement dans certaines écoles, ne peut pas non plus faire des miracles. Quelle éducation suivra l’enfant entre ce que l’école lui inculque et le vécu avec ses parents ? Si, avant d’entrer en classe d’éducation civique au Collège Saint-Michel, on a vu le paternel couper la ligne continue de l’avenue Mohammed V à Anosy, et entraver la circulation de deux files de voitures venant en sens opposé, pour couper au plus court vers le square-parking d’Antanimbarinandriana ? Si, avant d’assister à un cours d’éducation civique au «Collèges de France» d’Amparibe, on a voyagé à trois sur le scooter familial et remontant en sens interdit depuis Mahamasina ? Se fabrique-t-on des citoyens responsables ou se prépare-t-on une nouvelle génération sacrifiée ?

 

Justement, je me dis que l’éducation civique moderne devrait pouvoir permettre de partager avec les enfants des images trop facilement oubliées, mais qui restent gravées sur Internet, par exemple. Pour illustrer le peu de cas que doivent faire nos futurs citoyens responsables des déclarations démagogiques des politiciens, leur montrer que ceux qui crient aujourd’hui à l’assassinat de la liberté et à l’avènement de la dictature étaient justement au pouvoir, favorable à la création d’une police dédiée, «la très décriée Force d’intervention spéciale», comme on peut lire sur le site de la RFI (Radio France internationale), à la date du 30 janvier 2014. Montrer aussi aux élèves que le manque de formation des policiers, gendarmes et militaires, affectés aux unités de maintien de l’ordre est un mal récurrent de ce pays : fallait-il aux FRS (forces républicaines de sécurité) ouvrir le feu sur la foule, ce 13 mai 1972 ? n’y avait-il pas une alternative à la mobilisation de commandos lourdement armés sur la route d’Iavoloha, ce 10 août 1991 ? comment parler encore de l’honneur des officiers après cette piètre image d’un commandant de l’armée brutalisant inutilement un chef d’Église, ce 17 mars 2009 ? quelle impossible communication inventer pour édulcorer la brutalité ou la panique de ces gendarmes de Mananjary, ce 24 mars 2015 ?

 

L’éducation civique, comme le disait pour la Culture André Malraux, doit inscrire le passé dans l’avenir. C’est à la leçon des erreurs d’hier et de leurs prédécesseurs que les dirigeants d’aujourd’hui (et de demain) doivent être précautionneux : le principe de la mixité des trois armes (police, gendarmerie, armée) dans les EMMO (état-major mixte opérationnel) est-il pertinent dans le maintien de l’ordre ? Confier des kalachnikovs à des militaires, dont ce n’est pas du tout le métier ni la formation de contenir une foule urbaine, est-il une bonne idée ? En Europe et en Amérique, auprès de ces pays de démocratie acquise et consolidée jour après jour par l’Éducation et la Culture, Madagascar pourrait apprendre quelles unités, quelle formation et quel équipement, permettent d’éviter qu’une simple maladresse à gérer la moindre manifestation publique emporte un régime.