22. mai, 2015

Le PS et la politique raciale

Le PS est-il en train d’inventer, ou de promouvoir, une forme de politique raciale ? J’appelle « politique raciale » une politique qui met en avant l’appartenance d’une personne à une ethnie ou une race, ou du moins la couleur de sa peau, pour la favoriser ou la défendre. C’est en quelque sorte le contraire du racisme (le rejet de l’autre), ou du racialisme (la théorie de l’inégalité des races). Le fameux thème de la promotion des « minorités visibles » est un aspect de cette politique raciale.

 

Ceci me vient à l’esprit en constatant la façon dont, depuis quelque temps, nous défendons Christiane Taubira et Najat Vallaud Belkacem face aux attaques de la Droite. Il se trouve que nous avons confié à ces deux femmes des ministères importants et prestigieux  de la République : la Justice et l’Education Nationale. Qui plus est, ces deux ministères suscitent traditionnellement les plus vives controverses politiques, pour des raisons que nous connaissons bien.

 

Il me parait donc dans l’ordre des choses que ces femmes soient, au même titre que n’importe quel responsable politique exerçant les mêmes fonctions, l’objet de vives attaques de l’opposition, notamment quand elles mettent en place des réformes, ou tout simplement mettent en œuvre une certaine politique. Ces attaques peuvent être parfois très vives, mais c’est la loi du genre. Comme toujours, ces critiques s’adressent aux personnes nommément, non pas en tant que personnes mais parce qu’elles incarnent la politique mise en œuvre par leur ministère. En son temps, Martine Aubry fut vivement critiquée – et l’est toujours – pour la réforme des 35 heures. Un député UMP a mis en cause récemment Christiane Taubira en la qualifiant de « tract ambulant  pour le Front national». Nicolas Sarkozy a qualifié Najat Vallaud Belkacem de pire ministre de l’Education nationale de la 5ème République. Etc., etc. Rien que du banal… Ces attaques ont pour résultat un peu paradoxal de rendre hommage à la façon dont elles exercent leurs fonctions : elles sont bien des ministres de plein exercice, et non des faire-valoir.

 

Or que faisons nous ? Nous défendons ces femmes en mettant systématiquement en avant des arguments raciaux. En d’autres termes, nous accusons l’opposition de les critiquer non pas en raison de leur politique mais en raison de leur origine ethnique (l’une est Guyanaise, l’autre marocaine). Nous évitons ainsi le débat politique de fond avec l’opposition, sans doute parce que nous n’avons pas suffisamment confiance dans la capacité de ces femmes à conduire une politique et la défendre.

 

En conséquence, en croyant les défendre et en pensant être habiles, nous ne faisons que  les rabaisser. Et quand bien même il y aurait une part de vérité dans les intentions xénophobes ou racistes que nous prêtons à l’opposition, ce serait une raison supplémentaire pour ne pas en faire état.

 

Un militant de la FFE, Fédération des Socialistes Français à l'Etranger