9. juin, 2015

CHRONIQUE DE VANF : une démocratie sérieuse

Toutes les constitutions du monde prévoient le cas de déchéance ou d’empêchement du Chef de l’État. C’est, pour ainsi dire, un banal mécanisme constitutionnel. Mais, bien entendu, son activation ne laisse pas indifférent : tout de même, on ne vote pas une motion d’empêchement d’un Chef de l’État tous les jours.

 

Les réactions venant de l’étranger sont trop alarmistes. Il faut le dire : Madagascar n’est pas dans un autre 17 mars 2009. La procédure existe, la procédure a été activée, la procédure suit son cours. Hery Rajaonarimampianina reste le Président de la République, dont l’élection avait mis un terme à la parenthèse catastrophique de la Transition et nous a ramené les bailleurs de fonds traditionnels, le FMI, l’Union Européenne, les États-Unis.

 

L’apprentissage de la démocratie est difficile. Le chemin de la démocratie est long. Le déclenchement surprise de cette procédure par certains parlementaires laisse sceptique quant aux motifs, justement démocratiques. Et le Président de la République a clairement laissé entendre que l’argent a corrompu le mécanisme.

 

Le Parlement, dans le pays, l’Angleterre, à qui on attribue l’invention de la démocratie moderne, est un étalon de la démocraticité. Consentement à l’impôt, d’où le vote parlementaire de la loi des finances, malgré que son élaboration revienne exclusivement aux services techniques de l’Exécutif. Contrôle et évaluation de l’Exécutif, d’où la procédure de la question de confiance ou de la motion de censure, comme celle de la destitution. Les Parlementaires sont au centre de l’échiquier politique dans les pays à régime, justement parlementaire. Des parlementaires crédibles valorisent la démocratie parlementaire. Des parlementaires ignares dévalorisent cette même démocratie. En dévoient le principe. En corrompent l’essence.

 

Quinze ans durant, de 1975 à 1991, les parlementaires malgaches étaient des faire-valoir inconnus et anonymes dans les travées de l’ANP (assemblée nationale populaire), dont on ne connaissait que l’inamovible président, sorti de la naphtaline une fois l’an pour un interminable panégyrique du régime socialiste. Soudainement, en 1992, la nouvelle Constitution allait donner aux parlementaires une dimension inattendue auxquels fut confiée l’élection du Premier Ministre. Mais, tout aussitôt, la «géométrie variable» caractérisa l’Antenimiera. Quand les 4x4 entrent dans l’hémicycle, la démocratie en sort. Depuis cette époque, il faut croire que la démocratie n’a jamais réussi à s’y installer durablement puisque la question des véhicules 4x4, des tickets-carburant, des crédits téléphoniques, occupent constamment les esprits, les débats, les marchandages.

 

La démocratie demeure une idée neuve et récente à Madagascar. On ne passe pas d’un coup de baguette magique de l’acquiescement féodal, à Rainilaiarivony ou à Gallieni, au suffrage universel. Une éducation démocratique doit précéder le droit de vote. Cette même éducation à la démocratie doit précéder le droit à l’éligibilité. C’est dans ces conditions-là qu’une motion d’empêchement du Président ou une motion de censure contre le Gouvernement sera prise au sérieux.