9. oct., 2015

CHRONIQUE DE VANF: c’est dans «La planète des singes»

Dans «La planète des singes», épisode de «L’Affrontement», entre deux malentendus, la paix entre les Humains et les Singes avait pu être possible grâce à un enfant-singe qui, en toute innocence, vint vers les Humains et que ceux-ci accueillirent. 

 

On ne peut évidemment pas rester insensible au drame que vivent les enfants de ces migrants, embarqués  bien malgré eux dans les tragédies que les adultes se créent. Quand un enfant syrien, afghan, irakien, erythréen ou malien, pleure de désespoir, c’est toute l’Humanité qui a failli. Ces larmes d’enfant sur le chemin de l’exode sont une honte pour tous les adultes qui sont la cause de tant de malheurs : gouvernants prédateurs qui n’ont jamais pensé au développement de leur pays ; fanatiques religieux habités par la haine qui prospèrent sur un terreau d’ignorance ; Humanité qui laisse voeu pieux le «règlement pacifique des différends» cher aux Nations Unies, mais qui surtout n’a toujours pas semé dans les mentalités, bien en amont des différends, l’idéal que l’Europe construit depuis six décennies : promouvoir la paix et le bien-être des peuples ; offrir un espace de liberté, de sécurité et de justice. Les mêmes valeurs sous-tendent l’approche des relations de l’Europe avec le reste du monde : paix, sécurité et développement durable de la planète ; solidarité et respect mutuel entre les peuples. Il ne suffit certes pas de les proclamer, mais encore faut-il les inscrire au frontispice de la maison commune. Pour se les mettre en martel en tête, l’Europe est encore la seule construction volontaire qui se rapproche le mieux des idéaux et valeurs ainsi proclamés, ce qui a toujours garanti un espace de paix entre ceux qui font déjà Europe et a suscité l’envie de ceux qui rêvent Europe.

 

L’Europe se revendique «un espace privilégié de l’espérance humaine» et les Chrétiens d’Orient et les Musulmans de Mésopotamie, qui veulent échapper à la désespérance islamiste, sont en train de légitimer cette prétention. Confortant le choix de ceux qui ont rejoint l’Union européenne pour mieux rompre avec le passé et s’interdire d’y retomber  : «Qui recouvre la liberté s’empresse de rejoindre l’Union européenne : la Grèce après les colonels, l’Espagne et le Portugal après Franco et Salazar, les pays de l’Est après la chute de l’empire soviétique. La démocratie mène à l’Europe, l’Europe amène plus de démocratie» (Olivier Duhamel, Présentation de la Constitution pour l’Europe, Dalloz, 2005).

 

La deuxième fois que la différence entre les Humains et les singes fut transcendée et que put s’instaurer une amorce de dialogue, ce fut autour d’un livre. Le fanatisme a été de toutes les religions à certaines époques. Heureusement que le développement des connaissances a affranchi la majorité des sociétés humaines des peurs irraisonnées qui asservissaient leur bonheur terrestre à de perpétuelles inquiétudes, qu’un clergé autoproclamé se chargeait opportunément d’entretenir pour mieux les conjurer. Si l’Islam pouvait avoir son Luther ou son Calvin, le monde arabo-musulman connaîtrait son siècle des Lumières et l’Oumma cesserait d’être cette communauté, au mieux dans un syndrome permanent de la persécution, au pire dans l’obsession du Jihad. Et, par-delà les séquelles et traumatismes ou rancoeurs de la colonisation, une meilleure gouvernance de la vie publique et la sécularisation des choix individuels épargneraient à tous ces gosses cette hémorragie humaine s’échappant du Moyen-Orient en proie à tous les fanatismes.

 

Entre Humains et Singes (tiens, cette majuscule qui m’a échappée), la troisième ouverture se présenta quand, de part et d’autre, l’élégance des sentiments permit ce qu’il faut bien appeler réciprocité chevaleresque («hardiesse généreuse et romanesque», nous enseigne le Larousse). Chez les dictateurs et les fanatiques religieux, l’attitude est d’emblée extrémiste et la confrontation ne se résout que dans l’annihilation de l’Autre, à qui on nie une existence sinon qu’on tolère parce que converti à soi.

 

Dans «La Planète des singes», les différences étaient trop irréconciliables et l’état de nature des simiens n’est pas soluble dans l’univers humain. «J’ai cru qu’on avait une chance» : Malcolm l’Humain et César le Chimpanzé auront essayé.