21. déc., 2016

Drôles de démocraties en Afrique

Gabon francophone, Gambie anglophone, mais même démocratie africaine grotesque derrière la façade d’élections absurdes. Pourquoi persister à organiser des élections si c’est pour, systématiquement, en contester les résultats ?  Au Gabon, le président en place aurait gagné en réussissant l’exploit improbable de réunir 99% des voix dans sa région d’origine, avec 99,9% de taux de participation alors que la moyenne nationale était de 53%. Et l’opposant Jean Ping, son beau-frère et ancien Président de la Commission de l’Union africaine qui pourtant avait qualifié d’injustice le recomptage des voix dans une précédente élection contestée, cette fois en Côte d’Ivoire, avait demandé qu’on recompte les voix au Gabon, sous la supervision d’observateurs internationaux. Omar Bongo, plusieurs fois réélu avec des scores de 99,9%, et donc président du Gabon pendant 42 ans, de 1967 à 2009, et père de l’actuel président gabonais qui avait déjà hérité de son père le Ministère de la Défense, aurait dit en son temps : «En Afrique, le pouvoir se prend et ne se rend pas».
En Gambie, c’est depuis 22 ans que le président sortant est au pouvoir. Il est presque caricatural du président africain : arrivé au pouvoir par un coup d’État et indéfiniment réélu depuis. Le 1er décembre, il a tout d’abord reconnu sa défaite et félicité son adversaire, avant de se raviser et de vouloir faire annuler les résultats par une Cour suprême dont il va encore désigner les membres. Depuis, les autres pays d’Afrique de l’Ouest et le représentant des Nations Unies gesticulent pour essayer de ramener le despote à la raison. Des élections qu’on sait confisquées, confiées à des commissions électorales qu’on sait éminemment suspectes, des scores grotesques de 99% qui font l’hilarité du monde entier : alors, à quoi bon cette mascarade démocratique ?  En Afrique, le pouvoir se prend, et ne se rend pas…
Même ici à Madagascar, sur notre île, nous avons entendu ces jérémiades de présidents africains accusant la Cour pénale internationale de racisme parce qu’elle n’accuserait que des Africains, dont l’ancien président de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, l’actuel président du Kénya, Uhuru Kenyatta, qui était suspect de la CPI au moment de son élection. Le Burundi, l’Afrique du Sud et la Gambie, ont déjà annoncé leur retrait de la CPI. Cependant, il reste encore d’Africains comme l’archevêque sud-africain Desmond Tutu pour dire que les dirigeants africains ne veulent faire sortir l’Afrique de la CPI que pour avoir «la liberté de tuer, de violer et d’inspirer la haine en toute impunité». Fort opportunément, l’opposant gabonais vient de porter plainte à la CPI contre son rival, accusé de «crimes contre l’humanité» durant les affrontements post-électoraux.
Lors du Sommet de l’Union africaine de 2015, l’Afrique du Sud avait accueilli le président soudanais Omar el-Béchir, pourtant sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour génocide. Et en cette année 2016, que l’UA prétendait faire une «année africaine des droits de l’homme», la même UA avait très sérieusement étudié un appel à retrait massif de la CPI et exigé l’immunité pour les chefs d’État et de gouvernement en exercice. Comment, dans ce contexte, ne pas voir l’insigne ridicule d’un parterre de despotes même pas éclairés, assemblés dans l’Union africaine, pontifier sans rire sur la démocratie, des élections libres et plurielles, le principe de l’alternance au pouvoir, les droits de l’homme et les libertés fondamentales  ?
C’est pourquoi, à l’occasion du Sommet de la Francophonie, çà avait un sens diplomatique de recevoir les représentants des démocraties canadienne, française, suisse ou belge. Autant de démocraties qui ne bricolent pas constamment leur Constitution pour s’arroger un énième mandat, ni ne traficotent le verdict des urnes dans un hold-up électoral permanent, et dont la posture républicaine d’alternance au pouvoir imprègne aussi bien l’opinion publique que les dirigeants.

Par Nasolo-Valiavo Andriamihaja

L'express de Madagascar

17/21/16