15. janv., 2018

Un Patron insomniaque

Il n’y a qu’un seul Patron de l’entreprise France et il dort peu.

 Quelle formidable mise en scène offerte sur France2 dimanche soir : Une «  aimable conversation de salon  »  avec Laurent Delahousse, hôte du maître des lieux, qui lui fait les honneurs de la visite d’un palais de l’Elysée vidé de ses employés pour l’occasion.

 Solitude glorieuse du pouvoir incarné par un jeune président insomniaque qui déambule en devisant des affaires du pays et du monde, bourreau de travail qui est le seul à posséder deux bureaux  dans les lieux et  qui repartira s’atteler à la tâche  sitôt l’entretien achevé. Stakhanov a trouvé un successeur.

 Obsédé par le sens de l’Histoire, « Jupiter » a fait ôter des murs « les portraits des Présidents morts », jaloux de ne pas partager l’avant scène du pouvoir. Il l’assume d’ailleurs : «  Il y a une part solitaire dans l’exercice du pouvoir » « la décision » ayant « une part de solitude et de secret ». Ce président en conséquence, dans son gouvernement, « n’a pas d’alliés » mais de simples « engagés », renvoyant là au langage militaire et donc à l’obéissance dans ce qu’elle a d’absolu.

 Au delà des paroles convenues sur le rôle de l’opposition en démocratie, on sent cependant poindre un rictus d’agacement  quand le journaliste rappelle les propos de Laurent Wauquiez, le nouveau responsable des Républicains, qui critique un président coupé des territoires. Ces propos Emmanuel Macron les attribue à la  « haine »  que Wauquiez porterait au Président. Etonnante paranoïa d’un président démocrate.

 Sur le fond, le président Macron, en grand maître des horloges,  s’est livré au  bilan des 7 mois écoulés. A travers l’efficacité vantée du « tout se tient », c’est de cohérence de l’action dont il était question, entre lutte contre le terrorisme et construction de la paix, notamment en Syrie, où la victoire est annoncée pour février et où « il faudra parler avec Bachar El Assad ou ses représentants » pour gérer l’après. Rupture assumée avec sept années de doctrine diplomatique destinée à isoler le bourreau du peuple syrien. Désormais Bachar est invité à la table des négociations, avec ses alliés, l’Iran et la Russie.

  Emmanuel Macron veut travailler pour laisser une trace dans l’Histoire, «à travers un héroïsme français » qu’il assume en première ligne : « Je fais le maximum pour vous protéger » face aux aléas internationaux.

  Il souhaite la France comme figure de prou d’une « révolution » en matière écologique.  

 Annonce de fermetures sur le quinquennat de centrales thermique et à charbon. Accélération du développement des énergies renouvelables.  On comprend qu’il n’est plus question de se priver des capacités nucléaires françaises qui sont moins polluantes et  seraient sans danger, le président rappelant l’absence d’accident nucléaire sur le sol français. Les écologistes apprécieront. Nicolas Hulot doit tousser devant son écran.

 La réforme du code du travail, d’après lui, devrait produire ses effets sur le quinquennat et il faudra donc attendre « au moins deux ans » pour qu’elle donne ses premiers effets.

A travers la réforme de l’audiovisuel public, «  de très loin le premier budget de la culture », il souhaite réorienter notre audiovisuel vers les nouveaux publics et les nouveaux usages.  

 Cet échange courtois laisse un gout d’inachevé. A aborder les sujets dans leur globalité, avec peu de « droit de suite » sur les questions, aucune interpellation réellement précise et technique, on laisse le président dérouler son numéro de charme sans peine..

 Etait il donc question uniquement de mise en scène hier ? Personnellement, quand je veux aller au spectacle je m’offre un billet de théâtre   

Boris Faure

Bruxelles