17. janv., 2020

Le Huffpost

02/01/2020

La grève autour des retraites devient la plus longue en plus de 30 ans

En 1986, la SNCF avait été paralysée par 28 jours de grève sans trêve de Noël. La mobilisation débuté en décembre 2019 entre elle dans sa 5e semaine.

GRÈVE - La mobilisation contre la réforme des retraites entre ce jeudi 2 janvier dans sa 29e journée d’affilée, devenant ainsi le plus long blocage des transports qu’a connu la France en plus de trente ans.

La SNCF prévoit pour cette journée un TGV sur deux en moyenne, un train Intercité sur quatre circulera en journée, et cinq TER sur dix. Trois trains sur dix circuleront en moyenne en Île-de-France. La capitale connaîtra une nette amélioration avec une seule ligne de métro totalement fermée et quinze complètement ou partiellement ouvertes, a annoncé la RATP.

Mais une dégradation n’est pas à exclure la semaine prochaine, avec la reprise lundi des assemblées générales de cheminots, que le secrétaire général de la fédération CGT des cheminots Laurent Brun entend “remobiliser”.

Le record de 1986

En entrant dans sa cinquième semaine, la grève devient la plus dure qu’ait connue la SNCF depuis longtemps. Le mouvement dépasse le conflit social qui s’était étalé du 18 décembre 1986 au 15 janvier 1987.

À l’époque, la mobilisation avait duré 28 jours, sans trêve de Noël, pour la défense des salaires et conditions de travail. Début janvier, le mécontentement s’était élargi et avait gagné d’autres services publics, RATP et EDF en tête.

Alors qu’au sein de la SNCF le mouvement s’essouffle à partir du 9 janvier, les cheminots finiront par reprendre le chemin du travail “la rage au ventre” avec l’impression de ne pas avoir été entendus.

1995 et 2010 loin derrière

Autre grève emblématique que la mobilisation a dépassée il y a quelques jours, les manifestations de 1995 contre le projet de réforme d’Alain Juppé qui porte notamment sur les régimes de retraites des fonctionnaires et des agents de services publics.

Cette grève avait paralysé le trafic de la SNCF et de la RATP pendant 22 jours, du 24 novembre au 15 décembre. Les fonctionnaires avaient également observé plusieurs journées de mobilisation et les manifestations s’étaient multipliées jusqu’à ce qu’Alain Juppé renonce finalement à sa réforme tout en maintenant le reste de son plan de redressement de la Sécurité sociale.

Autre projet de réforme des retraites qui n’était pas passé, celui du gouvernement de François Fillon en 2010, prévoyant le report de l’âge de la retraite de 60 à 62 ans. C’était alors déclenché une mobilisation interprofessionnelle qui avait mis à l’arrêt la SNCF pendant 17 jours en octobre.  Des blocages de raffineries, de terminaux portuaires et de dépôts de carburant avaient mis à sec une station-service sur trois au plus fort des grèves.

Pas d’issue en vue

L’une des grèves les plus longues restera cependant celle entre le 3 avril et le 28 juin 2018. Les cheminots avaient mené une grève marathon d’un format inédit, au rythme de deux jours d’arrêt de travail sur cinq. Soit 36 jours en trois mois pour un mouvement qui perturbait des voyages pendant les vacances scolaires de printemps, et coïncidait avec certaines journées de grève pour les salaires à Air France.

Le mouvement s’était effrité au fil du temps et n’était pas parvenu à bloquer la réforme qui allait transformer la SNCF en société anonyme et mettre fin aux recrutements au statut à partir du 1er janvier 2020.

Le blocage que connaît la France en 2019 apparaît, lui, toujours sans issue. Dans ses voeux pour 2020, Emmanuel Macron a plaidé mardi soir “l’apaisement” plutôt que “l’affrontement” sans pour autant infléchir sa détermination à “mener à bien la réforme des retraites”. Les syndicats restent, eux aussi, sur leurs positions et demandent le retrait du projet.

 

10. déc., 2019

Le Huffpost

27/11/2019 

Entre cortèges de tracteurs et opérations devant les grandes surfaces, les agriculteurs passent à l'action

Les agriculteurs veulent faire monter la pression pour exiger de meilleurs revenus, que la loi Egalim a échoué pour l'instant à leur apporter.

Le HuffPost avec AFP

ACTUALITÉS - Files de tracteurs, actions devant les supermarchés... Au petit matin ce mercredi 27 novembre, les premières manifestations de la mobilisation des agriculteurs ont commencé à apparaitre, alors que deux syndicats ont appelé à une grande mobilisation avec comme point d’orgue la capitale. 

Cette nouvelle manifestation, c’est “pour l’efficacité des États généraux de l’alimentation, et pour l’arrêt des distorsions franco-françaises”, a expliqué à l’AFP Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, syndicat qui appelle les agriculteurs à manifester avec celui des Jeunes Agriculteurs (JA).

Plus de 1000 tracteurs venus de plusieurs régions sont attendus à Paris dès 6h et la préfecture de police a alerté sur les possibles difficultés de circulation. Un grand rassemblement est ensuite prévu dans l’ouest de la capitale à 9h. Et pour être à l’heure au rendez-vous, les premiers agriculteurs ont pris la route tard mardi soir pour certains ou dès l’aube ce mercredi pour d’autres, comme l’ont rapporté des journalistes. Sur les véhicules, le mot d’ordre de la mobilisation “Sauve ton Paysan” était visible un peu partout. 

Les agriculteurs prévoient de défiler avenue Foch, à Paris. La dispersion du mouvement est prévue pour 18h ce mercredi. La présence de tracteurs annoncée par les syndicats sur les autoroutes A1, A4, A5, A6, A10, A11, A13, A14, A15, et sur les nationales N1, N2, N12, N20 doit perturber très fortement la circulation dans toute la région parisienne dans la matinée. 

Peu après 7h30, le trafic en région parisienne était d’ailleurs déjà élevé pour un jour de semaine, avec 250 km de bouchons cumulés, selon le site d’information aux usagers Sytadin.

En Rhône-Alpes, des agriculteurs de toute la région ont prévu de bloquer les accès autoroutiers de Lyon en trois points: au nord (Limonest), au sud (Ternay) et à l’est (Beynost). A chaque point, une cinquantaine de tracteurs devraient être positionnés, selon la FDSEA et les JA.

Dans d’autres régions, ce sont les grandes surfaces qui seront la cible des agriculteurs. Dans la nuit, les caddies d’un Leclerc en Loire-Atlantique ont ainsi été embarqués par les agriculteurs, indique une journaliste de Ouest-France.

En Auvergne, des agriculteurs viendront des quatre départements auvergnats (Cantal, Puy-de-Dôme, Haute-Loire et Allier) mais aussi de la Loire et de la Creuse pour une action dans la matinée sur l’A71 près de Clermont-Ferrand.

Des mobilisations sont également prévues à Toulouse et dans le Vaucluse, qui a prévu une “journée de deuil de l’agriculture vauclusienne”. “On devait y être, mais ce n’est pas possible, là il y a des gens en détresse. On a au moins 200 agriculteurs qui ont tout perdu, maison, exploitation et leur salaire pour l’année”, a expliqué pour sa part Sylvain Audemard, de la FSDEA du Var, deux jours après des inondations catastrophiques qui ont frappé son département.

Interrogé sur Europe 1, le ministère de l’Agriculture Didier Guillaume a expliqué qu’il “soutient” la manifestation. “Aujourd’hui, trop c’est trop!”, a-t-il lancé. “Il y en a assez de ce dénigrement permanent, de ce malentendu entre la société civile, entre les métropoles et la ruralité, entre les agriculteurs et les concitoyens.” 

 “Aujourd’hui notre agriculteur est faite de femmes et d’hommes qui travaillent dur, sept jours sur sept, qui produisent une alimentation de grande qualité”, a poursuivi le ministre. Il a ajouté que le gouvernement, au travers de la la loi alimentation, soutenait les producteurs français face à la grande distribution. Un geste qui semble n’avoir pas été compris de cette manière par les agriculteurs. 

29. nov., 2019

Les Nouvelles
Le 26 novembre 2019

29. nov., 2019

L' express de Madagascar
Le 22 novembre 2019

26. nov., 2019

Le Huffpost

Pourquoi les gilets jaunes ont-ils explosé il y a un an? Les gilets jaunes fêtent ce dimanche 17 novembre leur premier anniversaire. L’occasion de revenir sur les racines de ce mouvement et ce qui l’a nourri.

 

17/11/2019 PAR Lucie Oriol

GILETS JAUNES - Les gilets jaunes ont un an. Depuis le 17 novembre 2018, des foules battent le pavé chaque samedi dans des “actes” qui s’enchaînent avec plus ou moins de réussite, plus ou moins de conséquences politiques ou de dégâts. Force est de constater que rarement un mouvement qui s’est développé hors des cadres traditionnels que sont partis politiques ou syndicats aura réussi à perdurer de la sorte et à s’imposer à l’agenda. Avant d’être incarné par la désormais célèbre chasuble fluo, il s’agissait surtout d’une colère.

Et en tout premier lieu celle ressentie dans le cadre de l’usage de la voiture. Alors que la limitation de vitesse a été abaissée à 80km/heure et que les prix à la pompe sont en hausse, le gouvernement envisage une hausse des taxes sur les carburants pour financer l’écologie. Face à ces éléments de conjoncture, plusieurs initiatives naissent: Priscillia Ludosky, qui avait déjà lancé en mai 2018 une pétition contre l’augmentation du prix de l’essence, repartage le texte sur Facebook en octobre et engrange des milliers de signatures. Le routier Éric Drouet, fort d’une expérience organisationnelle au sein d’une association, imagine un rassemblement sur le périphérique et lance un événement Facebook. Fin octobre, c’est au tour de Jacline Mouraud d’exprimer sa colère dans une séquence vidéo de 5 minutes pendant lesquelles elle s’en prend au gouvernement. La vidéo est vue plus de 6 millions de fois.

Sur le réseau social, les groupes et les événements reprenant le terme de “colère” pullulent. À cet égard, le groupe “La France en colère” est sans aucun doute le plus célèbre. Il n’est alors pas encore question du “gilet jaune” ni même de manifestation, mais surtout de blocage et de “priver l’État” de ses rentrées d’argent. Des appels sont lancés à ne pas acheter de tabac ou de carburant le 17 novembre. Le 24 octobre, le mécanicien Ghislain Coutard publie une vidéo sur Facebook dans laquelle il appelle tous ceux qui sont solidaires du mouvement à mettre un gilet jaune sur leur tableau de bord. “On en a tous un dans la voiture”, lance-t-il dans la séquence qui fait florès et affiche aujourd’hui plus de 5,6 millions de vues. Les gilets jaunes sont nés. 

Facebook, l’étincelle

La machine des réseaux sociaux devient un atout considérable pour les gilets jaunes. À la fois plateforme d’expression des frustrations et d’organisation.

“Facebook, c’est 60 millions de comptes en France; c‘est presque autant que le nombre de votants. Par ailleurs, la plateforme a changé son algorithme en 2018 en favorisant les formats natifs (live, événements) ce qui était un gros avantage pour les gilets jaunes. Ça met par ailleurs plus en avant les groupes que les pages”, explique Brigitte Sebbah, maîtresse de conférences en Sciences de l’information et de la communication à l’université Paul Sabatier, contactée par Le HuffPost, et qui étudie avec le laboratoire Lerass, depuis plus d’un an, la présence des gilets jaunes sur les réseaux sociaux et dans la presse.

Ce changement d’algorithme a aussi eu pour effet de privilégier la proximité géographique dans les liens d’amitié. Idéal pour mobiliser tout un entourage.

Sur un plan symbolique, la façon dont fonctionne la plateforme de Mark Zuckerberg répond directement à la manière dont s’est façonné le mouvement des gilets jaunes, c’est-à-dire horizontalement

Dans les groupes, des personnes qui se désintéressaient de la chose publique ou n’allaient plus voter se politisent. Les ronds-points du 17 novembre et la convivialité feront office de ciment dans le mouvement. 

Concentration des “ras-le-bol”

En analysant les près de 60.000 commentaires présents sur la pétition de Priscillia Ludosky au 26 novembre 2018, le laboratoire Lerass a permis de mettre en valeur plusieurs axes de contestation. Il y a bien évidemment la colère et le “ras-le-bol” face au carburant, mais remonte aussi l’impression d’être “un pigeon”, “de se faire plumer”. Dans un contexte de défiance envers les politiques marqué par les affaires Fillon ou Cahuzac, le gouvernement est accusé de se remplir les poches sur le dos des travailleurs, plus particulièrement ceux qui vivent en milieu rural

Cette analyse de données brutes fait ainsi écho à des enjeux plus structurels qui peuvent également éclairer sur l’embrasement fluo. Laurent Jeanpierre, auteur In Girum et professeur de sciences politiques à l’université Paris-VIII contacté par Le HuffPost identifie à cet égard trois crises sur lesquelles le mouvement a pris: politique, territoriale et sociale.

La crise politique, explique-t-il, s’est surtout manifestée sous la forme d’un rejet d’Emmanuel Macron. “Quand la crise des gilets jaunes éclate, la politique du président a déjà environ un et demi. Ses effets symboliques et réels négatifs sont déjà connus mais surtout Emmanuel Macron, nouveau venu, souffre d’une assise électorale faible. Il n’a jamais été élu avant, il n’a pas d’enracinement dans les institutions locales. Son gouvernement s’inscrit lui aussi dans une veine plutôt technocratique, moins en lien avec le terrain”, explique Laurent Jeanpierre. Selon le politiste, le noyau dur des électeurs du président représente alors 20% de la population. À cet équilibre fragile s’ajoute des “effets de caractère”, comme cette petite phrase que prononcera Emmanuel Macron face à un jeune lors des journées du patrimoine en septembre 2018, lui intimant de traverser la rue pour “trouver du travail”.

Anodine, cette formulation fait écho au “ressenti de mépris” que met en valeur le laboratoire Lerass dans son analyse, mais renvoie aussi à la crise sociale du périurbain.

Très rapidement après les premiers actes des gilets jaunes, plusieurs sociologues ont mis en avant une analyse territoriale du mouvement. Un an après, elle reste toujours aussi pertinente.

“Le mouvement des gilets jaunes s’est aussi bâti sur une crise des territoires et la place du périurbain dans la société. C’est-à-dire tout ce qui n’est pas les métropoles ou les grandes capitales régionales. Dans ces zones, où l’État se retire, la crise du centralisme français s’accentue depuis des années, avec par exemple le passage aux grandes régions sous François Hollande. Les intercommunalités écrasent les petites communes, il y a des problèmes d’aménagement de territoire et de transports. C’est un point aveugle des politiques publiques”, analyse Laurent Jeanpierre évoquant les implications pratiques: des distances qui s’allongent sans cesse pour parvenir aux services hospitaliers, à l’éducation, à l’emploi

À l’usage omniprésent de la voiture, s’ajoute à un endettement toujours plus grand des classes populaires hautes pour accéder à la propriété foncière, mais aussi des espoirs d’avenir meilleur douchés face à un pouvoir d’achat stagnant.

“Les gilets jaunes appartiennent à ce que j’appelle dans mon livre “les entravés”. Le discours néo-libéral dans nos sociétés contemporaines appelle en permanence à la mobilité afin d’améliorer ses conditions de vie. Et le périurbain c’est cela, des gens qui viennent depuis le centre-ville parce que les loyers y sont trop chers, ou depuis les zones rurales parce qu’il n’y a pas d’emploi. Or les gilets jaunes montrent que cette promesse d’amélioration n’est pas tenue”.

Ce ressentiment, assure Laurent Jeanpierre, explique par ailleurs pourquoi le mouvement des gilets jaunes a pu être rejoint par d’autres groupes sociaux comme les retraités, et s’est inscrit comme une mobilisation transclasse, a-partisane, transcatégorielle. “Ils ont réussi à briser beaucoup de frontières symboliques fortes en France, comme celle opposant le petit patron au salarié, ou le travailleur au chômeur”.