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14. déc., 2015

Le Monde | 04.12.2015 à 12h22 • Mis à jour le 04.12.2015 à 17h20 | Par Jérôme Fenoglio (Directeur du "Monde")

 

Editorial du « Monde ». Pendant près de quarante ans, sous la férule de Jean-Marie Le Pen, le Front national (FN) s’est satisfait de choquer les consciences et d’affoler la République, le temps des élections présidentielles. Depuis bientôt quatre ans, sous la présidence de Marine Le Pen, son ambition est tout autre : conquérir le pouvoir et mettre en œuvre son projet. Il s’en donne les moyens, s’implante, se renforce. Aux européennes de 2014, puis aux départementales du printemps, un électeur sur quatre a voté pour ses candidats. Aux régionales des 6 et 13 décembre, il espère améliorer ce score, l’emporter ici ou là, avec la présidentielle de 2017 en ligne de mire.

 

Il faut donc prendre le parti d’extrême droite au sérieux. A tous ceux qui, exaspérés par les échecs ou les impuissances des partis au pouvoir depuis des décennies, entendent le soutenir pour mieux exprimer leur défiance ou leur colère, il faut redire que ce parti constitue une grave menace pour le pays. Son idéologie, ses propositions sont contraires aux valeurs républicaines, à l’intérêt national et à l’image de la France dans le monde.

 

Qu’en est-il de la fraternité quand le FN propose le rétablissement de la peine de mort, au mépris de la Constitution ?

 

Les valeurs républicaines ? Avec un cynisme consommé, la présidente du FN les revendique désormais. Mais que reste-t-il de l’égalité quand la « priorité nationale », fondée sur une discrimination ethnique généralisée à l’emploi, au logement et aux prestations sociales, reste au cœur du projet lepéniste ? Ou quand l’immigration est dénoncée comme la cause de tous nos maux et l’immigré désigné comme le bouc émissaire ?

 

Qu’en est-il de la fraternité quand le FN propose le rétablissement de la peine de mort, au mépris de la Constitution ? Ou quand sa présidente saisit le prétexte des attentats terroristes du 13 novembre pour réclamer la suspension immédiate des procédures d’asile des réfugiés, au mépris d’un droit universel et d’une tradition qui honorent la France ? Que devient la laïcité quand, brandie contre le fondamentalisme islamique, elle vise, en réalité, à jeter le soupçon sur l’ensemble de la communauté musulmane de France ? La liberté, enfin : la réaction de Mme Le Pen à l’appel récent de La Voix du Nord contre le FN dit assez quelle conception elle en a, agressive et intolérante.

 

Un programme économique illusoire

 

L’intérêt national n’est pas moins menacé par le programme économique de l’extrême droite. Certes, le FN s’emploie depuis peu à gommer ses propositions les plus dissuasives. Mais son projet reste bâti sur trois illusions aussi simplistes que dangereuses. La première est de croire que la sortie de l’euro et le rétablissement du franc, qui restent l’objectif central, doperaient, sans risque, l’économie nationale. C’est oublier que la dévaluation de la monnaie se solde toujours par un appauvrissement : l’explosion de la dette publique serait immédiate et catastrophique. La deuxième illusion est de prétendre que la France pourrait retrouver une croissance vigoureuse et une industrie florissante grâce au protectionnisme et à une quasi-autarcie. C’est oublier que nous faisons plus de la moitié de notre commerce extérieur avec la zone euro et que nos partenaires ne manqueraient pas de riposter durement.

 

Enfin, le Front national promet de raser gratis : augmentation des bas salaires, revalorisation des retraites et rétablissement de la retraite à 60 ans, baisse des tarifs du gaz, de l’électricité, du train et des prix de l’essence… Non seulement ces mesures grèveraient lourdement les finances publiques, mais elles relèvent d’un étatisme d’un autre âge et ruineraient une compétitivité convalescente.

 

Quant à l’image de la France dans le monde, elle s’effondrerait aussi vite que son économie si, d’aventure, Mme Le Pen arrivait à ses fins. Ce serait celle d’un pays retranché derrière ses frontières, obsédé de sa pureté ethnique, portant la responsabilité du démantèlement de l’Union européenne, enfermé dans l’impasse d’un nationalisme étriqué et hargneux. Bref, un pays déconsidéré, tournant le dos à son histoire, autant qu’à son avenir.

 

Le parti de Mme Le Pen se prétend « national ». Elle-même se targue d’incarner « l’esprit de la France ». C’est, en tous points, une imposture. L’audience croissante du FN témoigne, certes, de l’efficacité de sa recette : attiser les peurs des Français pour mieux leur vendre ses mirages. Or, la peur, dans ce pays, a toujours conduit à des catastrophes. Puissent les électeurs en prendre conscience, dès ce dimanche.

 

 

20. mars, 2015

Le choix, par Manuel Valls, de la diabolisation du FN dans la campagne des élections départementales, masque-t-il l’insuffisance des résultats du gouvernement ? Le travail d'Hervé Le Bras, dans le document ci-dessous, semble en effet indiquer que le vote FN se nourrit principalement des inégalités sociales sur lesquelles "surfe" ce parti, avec des propositions populistes.

 

Le discours du FN est, en effet, de plus en plus audible pour un électorat désormais perméable aux idées d'exclusions et de ségrégations raciales. Il faut bien sur dénoncer avec Manuel Valls, l’extrême dangerosité des idées portées par Marine Le Pen, mais ce n'est pas sur ce terrain que se joueront les résultats des élections à venir. Sans réussite économique de la politique du gouvernement et sans avancée et mesure sociale, le FN poursuivra sa progression.

 

La perte de crédit des partis républicains est réelle depuis 10 ans, nourrit par la crise et la droitisation de l’UMP. Lorsque l’on entend Nicolas Sarkozy, avant-hier au journal de TFI, justifier la fin des repas différenciés dans les cantines ou l’interdiction du foulard dans les Universités, puis indiquer qu’il appliquera strictement le ni-ni lors des élections en lieu et place du « front républicain », on se dit que désormais, dans cette course engagée vers les extrêmes, tout est possible !

 

Le 19/03/2015

Jean-Daniel Chaoui

Conseiller consulaire Madagascar

Conseiller AFE Afrique

 

10. mars, 2014

Christine Boutin

 

L’amère supérieure

 

A force de ne plus savoir à quel saint se vouer, l’ancienne chaisière a opté pour un ancien du FN et une proche de l’antisémite Alain Soral.

 

Un jour, comme ça, Christine a décidé de cracher le morceau. « Comme c’est satisfaisant d’entendre parler de soi, de voir son image, de se croire quelqu’un d’important », confia-t-elle à « Libération ». L’ancienne journaliste à « Dossier familial », le mensuel du Crédit agricole, a pris goût à la lumière. Grisée, Christine. Bon, c’était en 2007, Sarkozy avait fait d’elle une ministre du Logement et de la Ville, et elle était un peu follette. Péché d’orgueil, confessé devant les caméras, assorti d’un petit mensonge, ce « se croire quelqu’un d’important » qui indiquait un sens du second degré dont Mme Boutin ne paraît plus excessivement pourvue.

 

Vie sexuelle ardente

 

Se lancerait-elle, sinon, à intervalles réguliers dans de passionnantes confidences sur ses goûts vestimentaires (« J’aime les tenues excentriques, pas du tout du genre Chanel »), ou sur ses coiffures (elle « adore le style de Maurane »), ou encore sur sa vie sexuelle, qu’elle sous-entend ardente car, voyez-vous, elle aime « ça ».

 

Christine pourrait répliquer qu’elle n’est pas la seule, loin de là, à céder à la pipolisation de la vie politique, tout en soutenant mordicus vouloir « protéger ses proches ».

 

Ce qui la singularise, c’est l’extrême solidité de son tempérament hystérique. On l’a vu lors de débats sur le pacs, en 2001, parler pendant plus de cinq heures, littéralement survoltée, brandir une Bible dans l’hémicycle, s’effondrer en larmes quelques jours plus tard parce que Lionel Jospin avait osé dire qu’elle était « marginale » dans ses positions et « outrancière » dans ses expressions. Rien de bien méchant, mais c’était encore trop.

 

Devant les caméras, entre deux hoquets, elle avait lancé un grandiloquent « je laisse au peuple de France le choix de juger de ses paroles ». Elle s’est évanouie lors d’une grande « manif pour tous » en mars 2013. A terre, les yeux exorbités, la respiration lourde, elle expliquait avoir reçu du gaz lacrymogène en pleine figure et réclamait la démission du préfet de police et de Valls. On l’a aussi vue, en novembre, voilée à la télévision iranienne, lançant des anathèmes sur Hollande.

 

Devant une caméra, elle se transcende. Si elle ne peut pas le faire, elle préfère s’abstenir. Voyant d’autres égéries cathos fédérer la Manif pour tous, elle s’en tient à des petites apparitions, noyée dans la foule, en général aux côtés d’élus FN, ce qui est, à ses yeux sans importance car, « aujourd’hui, on n’est plus dans la droite classique ni dans la gauche classique ». Ça aurait eu de la gueule, pourtant, Christine à genoux brandissant son crucifix, la tête renversée, en transe, les tempes humides, la Bible dépassant de sa poche et toute cette foule derrière. On la piétinerait, elle se laisserait faire, un grand cri s’élèverait jusqu’au ciel.

 

L’ennui, c’est que Christine a loupé le grand rôle de sa vie, celui qui aurait permis d’effacer tous ses petits cafouillages. Elle, la chef de file de la « droite humaniste », qui se voyait en « petit caillou social » dans le soulier de Sarkozy, n’a rien trouvé à redire à propos de la soirée du Fouquet’s ou du séjour sur le yacht de Bolloré. Sarko avait portant promis d’aller se recueillir dans un monastère.

 

Elle pense aux petits, aux éclopés, aux prisonniers, mais elle ne crache pas plus que les autres sur les missions bidon bien payées. Elle en avait accepté une en 2010, consacrée aux « conséquences sociales de la mondialisation ». Du lourd, qui justifiait bien, pensait-elle, 9500 euros net par mois. Qui se cumulaient avec sa retraite de 6000 euros. Mais « Le Canard » l’a fait savoir, et Christine a encore failli pleurer. Elle n’avait « pas touché un centime », enfin pas encore, et elle était toujours, mais oui, « dans l’économie du don ». Jolie formule, ciselée par la caméra par elle convoquée.

 

Elle a su faire payer 800 000 euros à l’UMP en 2012 pour alimenter sa petite boutique en échange du retrait de sa candidature à la présidentielle.

 

Raccrocher les chapelets

 

Aujourd’hui la papesse de l’humanisme s’affiche aux côtés des proches de l’antisémite Alain Soral, comme Farida Belghoul, dans sa lutte contre la théorie du genre. Elle affirme que « les civilisations qui ont reconnu l’homosexualité sont entrées en décadence », puis se dit contente qu’à l’occasion du pacs les familles aient « débattu de l’homosexualité », ce qui a peut-être contribué à en « changer l’image ». Ses interventions télévisées, plus rares, font un peu bâiller, comme ces actrices du muet qui soudain s’essayaient en parlant. Christine, il va être temps de raccrocher les chapelets.

 

Anne-Sophie Mercier

« Le canard enchaîné »