13. janv., 2020

Marianne

Test : les années 2010, c'était quoi pour vous ?

Par Magazine Marianne, Publié le 03/01/2020

S’il n’est pas facile de résumer une décennie, chacun de nous a sa vision de l’époque qui en dit long sur nos engouements, nos obsessions, nos craintes...  Comment qualifier les années 2010 ? Pas facile. Les années 1980 étaient les années fric, pas de discussion. Les années 1990, peut-être les années
« libérales ». La décennie 2000, celle d’Internet, sans doute. Mais les années 2010 ? A vous de voir. Répondez aux questions de notre test interactif et découvrez la facette de la décennie écoulée qui vous correspond le mieux.

Les années peuple

Adieu, Shakespeare ; coucou, Karl Marx. Fini l’époque où les destins des nations se dessinaient sur la grande scène de l’histoire occupée par une poignée de grands hommes transformés en tragédiens de la décision politique sous les yeux résignés de « leur » peuple. La faillite de Lehman Brothers, en septembre 2008, craquela le décor de ce théâtre d’ombres et d’élites. Le référendum des Islandais, ces sans-culottes en laine polaires, lui adressa un premier coup de bélier démocratique par leur refus de rembourser la dette publique. Les Grecs firent de même en plus grand avec Tsipras, sous les couleurs d’une gauche alors radicale. Les Espagnols de Podemos s’organisèrent pour renverser la table, le Mouvement cinq étoiles, en Italie, émergea effrontément sur Internet sous la houlette d’un comique. Cette vague populaire charrie aussi avec elle des partis de droite dure, voire extrême, aux postures « illibérales » clairement affichées. Comme en Pologne ou en Hongrie, où les dirigeants, consacrés par le suffrage universel, franchissent volontiers le Rubicon démocratique de la séparation des pouvoirs ou de la liberté d’expression.

Partout donc, à gauche comme à droite, sous le terme de « populisme », la force des masses se déploie pour prendre le visage de la gravité et de la colère, comme en témoignent les défilés de « gilets jaunes ». Marx évoquait l’armée de réserve, le journaliste britannique David Goodhart distingue les « somewhere » (qui ont des attaches territoriales) des « anywhere » (adeptes du décalage horaire), le géographe Christophe Guilluy parle de « France périphérique »… Peu importe le nom, au cours de cette décennie écoulée, même dans son trouble et son désordre idéologique, un objet politique authentique et pas encore identifié vient de prendre corps, de perturber les conclaves européens, les sommets internationaux et leur quant-à-soi élitaire. Quelles routes politiques emprunteront ces cortèges de tumulte dans les années 2020 ? Difficile aujourd’hui de répondre, mais ils ne prendront pas le chemin tracé hier par la technocratie.

 Les années Dieu

Dieu est grand. Du moins, dans l’esprit des fidèles, les années 2010 se sont chargées de nous le rappeler de façon spectaculaire. Vu des chiffres, faire de 2010-2019 une « décennie Dieu » paraît contre-intuitif. Il est vrai qu’en Europe l’affiliation religieuse a baissé drastiquement ces trente dernières années, particulièrement chez les jeunes. En France, la part des « sans religion » est passée de 27 % à 58 %, entre 1981 et 2018. Et pourtant. A l’échelle de la planète, la pratique religieuse demeure la norme : 84 % de la population se dit croyante, selon la dernière étude, menée en 2010 par Pew Research Center. Il faudrait surtout être atteint de cécité volontaire pour ne pas constater que les dix dernières années ont vu un retour fracassant du religieux dans le débat public, particulièrement en France. Les attentats y ont participé : depuis 2015, on a recommencé à tuer au nom de Dieu dans notre pays. L’émergence de l’Etat islamique – théocratie terroriste et totalitaire dont le projet s’apparentait à une guerre de religion, formé de combattants issus pour partie de ces sociétés occidentales qu’on dit « sécularisées » – est aussi venue nous rappeler que le fanatisme religieux reste un débouché attrayant pour certains délinquants, inadaptés ou désaxés.

Même en dehors de toute visée belliqueuse, une certaine radicalité religieuse attire de nouveau. En France, pays laïque, la poussée de certains groupes de pression pour des horaires différenciés entre hommes et femmes à la piscine ou contre la loi sur le port des signes religieux dans l’espace public s’est intensifiée. Ce constat ne touche d’ailleurs pas que la religion musulmane. L’Eglise catholique ne s’est pas cachée de piloter la Manif pour tous, l’association à la pointe de la lutte contre le mariage homosexuel, qui a drainé jusqu’à 700 000 personnes dans les rues, dont de nombreux jeunes. Par ailleurs, selon une étude du CNRS de 2017 sur la radicalité, 80 % des lycéens interrogés considéraient qu’on ne peut pas se moquer des religions. Impensable il y a peu… et inquiétant.

 Les années tech

Fini les premiers pas balbutiants des réseaux sociaux. Au cours de la décennie écoulée, les Facebook, Twitter, Instagram et consorts parviennent à l’âge adulte. Et cette maturité-là marque sans doute toute la décennie. La preuve la plus éclatante de ce nouveau statut : la fortune faite par les « enfants » de Bill Gates et de Steve Jobs, comme Jeff Bezos, PDG d’Amazon, Mark Zuckerberg, patron de Facebook, ou Sundar Pichaï, dirigeant d’Alphabet – à qui appartient Google –, dépasse celle des magnats de l’industrie. Et leur puissance médiatique – donc politique – fait d’eux des nouveaux maîtres du monde. Il y a ceux qui siègent à l’ONU et il y a eux, réunis sur une fine bande de terre qui traverse la côte ouest des Etats-Unis.

Qui sait, un jour les politiques élus et les patrons de la tech se confondront peut-être. En 2016, s’offrant des séances photos à travers les Etats-Unis avec l’Américain moyen, Mark Zuckerberg espérait-il accéder à la fonction suprême ? Un scandale, révélé deux ans plus tard par une enquête du Guardian, l’aura figé dans sa course. Avec l’aide du témoignage de Christopher Wylie, ancien employé de Cambridge Analytica, le journal révélait que la firme avait acquis les données Facebook de millions d’utilisateurs, pour ensuite s’en servir à des fins politiques. Nous nous réveillons un peu sonnés, découvrant avec de grands yeux usés par les écrans que Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft sont désormais aussi puissants que des Etats. Facebook a d’ailleurs déjà proposé de battre monnaie ; Amazon, toujours plus présent dans nos vies, entend livrer ses paquets par drones et multiplie les entrepôts partout dans le monde ; Google, moteur de recherche ultramajoritaire, refuse d’entendre les demandes de rémunération des éditeurs de presse. Pour la prochaine décennie, ces entreprises devront probablement faire face à ce qui sera leur plus grand défi jusqu’ici : le réveil des consommateurs.

 Les années haine

Le président, mortifié, s’engouffre à toute vitesse dans la voiture qui doit l’emmener loin du Puy-en-Velay, en cet après-midi de décembre 2018. « On veut te tuer », « crève sur la route », lance-t-on à Emmanuel Macron. Une vingtaine de « gilets jaunes » tentent de lui courir après. « Renvoyez-la ! », scande, à 7 000 km de là, le public d’un meeting de Donald Trump. Le président américain vient d’évoquer une parlementaire démocrate voilée, Ilhan Omar, originaire de Somalie. Sur Facebook et Twitter, chaque message sur ces sujets est accueilli avec une nuée d’invectives, d’insultes, voire de menaces de mort. Qu’on le déplore ou qu’on le comprenne, nul ne peut contester que la décennie 2010 a vu le débat se crisper. Avec l’avènement des réseaux sociaux, qui permettent à tout un chacun de se défouler anonymement derrière son ordinateur, le lynchage se substitue à la discussion polémique. Les controverses se durcissent, entraînant même des appels plus ou moins voilés à la violence physique, dans des pays où la discussion politique était depuis longtemps pacifiée. Bien sûr, la haine a toujours existé dans la société, mais elle s’est banalisée, notamment en France. Même de la part des élites. C’est ainsi qu’une députée LREM de la Loire se croit autorisée, lors d’un débat sur la réforme des retraites, en décembre 2019, à… arracher le micro des mains d’un « gilet jaune » qui la critique.

Comme un symbole dramatique de l’air du temps, la décennie aura surtout vu en Irak et en Syrie la création du premier « Etat » ouvertement terroriste et totalitaire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Daech est heureusement aujourd’hui en grande partie démantelé. Mais il a permis le retour du terrorisme dans notre pays, cicatrice indélébile et douloureuse de ces années haine.

Les années fake

Les années 2010 furent indéniablement la décennie de la fausse authenticité : le pic du « fake ». Dès 2010, le New York Times s’inquiétait que le terme « hipster » avait été utilisé, dans ses colonnes, plus de 250 fois au cours de l’année, signe que cette contre-culture de jeunes qui singent les activités de vieux (le vinyle, le mobilier rétro, les plats de grand-mère) était en passe de devenir hégémonique. En 2014, le quotidien de référence américain faisait passer une note alertant cette fois ses journalistes sur leur propension à comparer toutes les tendances dans l’air du temps à Brooklyn, l’arrondissement new-yorkais où résident les hipsters. Hipsters, Brooklyn, deux facettes d’un même courant culturel, celui d’un retour de l’authenticité, qui a pris des allures de farce à force de vouloir revenir aux sources.

Au tournant des années 2000, le monde occidental est encore lancé dans la mondialisation des modes de vie : aéroports et supermarchés – ces non-lieux –, MTV et McDo, la modernité houellebecquienne imprime au paysage son nouveau relief. Mais, avec la révolution numérique, la modernisation s’accélère et les individus vont s’en détourner au point de se recroqueviller sur des valeurs refuges, poussés par une nostalgie pour un état de la société qu’ils n’ont pas forcément connu.

Ces retrouvailles avec l’authenticité perdue se transforment rapidement en mise en scène du « vrai ». Ainsi, le rejet des « non-lieux » et des lotissements pavillonnaires se mue en un concours de villages fleuris, alors qu’en ville on assiste à une réécriture publicitaire du folklore français dans des quartiers gentrifiés qui parodient leur passé populaire. Le mouvement de rupture avec la culture fast-food devient, sous l’effet de la vague bistronomique, un nouveau conformisme esthétique. Airbnb, variante authentique de l’hôtellerie des chaînes standardisées, et Instagram, plate-forme de l’image authentique, sont les plus évidents symptômes de la massification et de la mondialisation du marché du vrai. En 2020, nous en sommes – presque – déjà revenus. Les prochaines années seront-elles enfin celles de l’« authenticité vraie » ?.

8. janv., 2020

Le Huffpost

Carlos Ghosn a quitté le Japon pour le Liban malgré son assignation à résidence

L'ancien président de Renault Nissan, assigné à résidence à Tokyo, est arrivé à Beyrouth dimanche.

JUSTICE - Carlos Ghosn a-t-il bravé les autorités japonaises? L’ancien président de Renault-Nissan, assigné à résidence à Tokyo dans l’attente de son procès, est arrivé à Beyrouth au Liban, rapporte le quotidien L’Orient-Le Jour lundi 30 décembre, une information confirmée par Les Échos et France24

Selon les médias libanais locaux, Carlos Ghosn est arrivé dans la capitale libanaise à bord d’un avion privé en provenance de la Turquie. 

Une source sécuritaire libanaise a confirmé à l’AFP qu’il avait rejoint dimanche le Liban. ″Ghosn est arrivé dimanche à l’aéroport de Beyrouth”, a indiqué cette source, tandis qu’un autre responsable libanais a confirmé à l’AFP cette information ajoutant “que la manière dont il a quitté le Japon n’est pas claire”.

Dans un communiqué publié ce mardi 31 décembre, le ministère des Affaires étrangères libanais a affirmé que Carlos Ghosn était entré “légalement” dans le pays, précisant qu’aucune mesure n’imposait “l’adoption de procédures à son encontre” et que rien ne “l’exposait à des poursuites judiciaires”.

“Il n’y a pas avec le Japon d’accord de coopération judiciaire ou d’extradition”, a précisé le ministère, mais “les deux pays sont signataires de l’accord des Nations Unies pour la lutte anti-corruption”.

Les autorités nippones n’ont pour l’instant pas commenté ces faits. Carlos Ghosn s’est lui depuis exprimé via un communiqué, confirmant sa présence au Liban et disant avoir fui “l’injustice et de la persécution politique.”

Arrêté en novembre 2018 au Japon, l’ex-dirigeant franco-libano-brésilien de 65 ans est sous le coup de quatre inculpations. Il est soupçonné d’avoir sciemment omis de déclarer des revenus différés aux autorités boursières entre 2010 et 2018 et accusé d’abus de confiance aggravé. 

Ghosn dénonce un “complot” contre lui

Depuis le 25 avril et sa libération sous caution, il est assigné à résidence à Tokyo dans l’attente du début de son procès qui n’aura pas lieu avant le printemps 2020 au plus tôt. Mais lui et ses proches n’ont cessé depuis de dénoncer le système judiciaire japonais et les conditions strictes de l’assignation à résidence, en interpellant Emmanuel Macron sur le sujet.

Carlos Ghosn et ses avocats se plaignaient qu’il était suivi en permanence depuis sa deuxième libération sous caution en avril, accusant dans un premier temps des officiers du bureau des procureurs.

Le 24 octobre 2019, les avocats de Carlos Ghosn ont fait savoir que leur client demandait l’annulation des poursuites intentées contre lui au Japon, accusant les procureurs “d’actes illégaux” et de collusion avec son ancien employeur Nissan pour le faire tomber.

Dénonçant une enquête “politiquement motivée” et une “task force” entre les procureurs, les ministres japonais et les dirigeants de Nissan, les avocats de l’ancien patron affirment que le procès a avant tout pour objectif d’”écarter Carlos Ghosn pour l’empêcher de mener à bien une intégration renforcée entre Nissan et Renault, qui aurait menacé l’autonomie de l’un des fleurons de l’industrie japonaise, passé sous pavillon français”.

“Carlos Ghosn ne cherche par à fuir ses responsabilités mais il fuit l’injustice du système japonais”, a expliqué lundi à l’AFP une source proche du dossier souhaitant garder l’anonymat.

Son assignation à résidence à Tokyo lui laissait la liberté de voyager à l’intérieur du Japon, mais la durée d’absence de son domicile était réglementée. Les conditions de liberté de l’ex-PDG de Renault-Nissan précisaient que ses passeports étaient gardés par ses avocats, garants du respect des règles imposées par la justice à son égard.

 

20. déc., 2019

Europe 1 : ce décalage de ton ahurissant entre l'interview de Bernard Arnault et celle du patron des communistes

Par Louis Nadau

Publié le 11/12/2019

Ce mardi 10 décembre, Europe 1 recevait Fabien Roussel, patron du Parti communiste, pour un entretien musclé tournant notamment autour de l'imposition des plus fortunés. Le 26 novembre dernier, la même radio avait Bernard Arnault pour invité. La comparaison des deux interviews révèle... un traitement pour le moins différencié des convives.

Deux interviews, deux ambiances. Ce mardi 10 décembre, Europe 1 recevait Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste. Sur la radio d'Arnaud Lagardère, le député du Nord était attendu au tournant par l'intervieweuse de la matinale, Sonia Mabrouk, pour un entretien au bazooka. A la veille des annonces du gouvernement sur la réforme des retraites, ce dernier était venu avec l'idée, visiblement considérée comme saugrenue, de taxer les dividendes du grand capital pour financer les pensions. Et à propos de dividendes, justement, la même radio accueillait, le 26 novembre dernier, un expert en la matière : le milliardaire Bernard Arnault. L'occasion de mesurer une légère différence de traitement entre le leader communiste et l'homme le plus riche du monde (ou presque).

Ce mardi, l'interview de Fabien Roussel démarre en effet sur les chapeaux de roue : "En ce jour de grève et de galère, votre objectif, quel est-il Fabien Roussel ? La paralysie ?", lance Sonia Mabrouk. "Pourquoi vous ne parlez jamais de ceux qui peuvent y gagner ? Les agriculteurs, les indépendants, les plus bas salaires, certaines carrières hachées de femmes, pourquoi ?", mitraille-t-elle. "Pourquoi n'attendez-vous pas les annonces pour vraiment avoir une bonne raison de manifester ?" Une pugnacité légitime pour pousser l'invité dans ses retranchements et déceler d'éventuelles contradictions dans sa pensée... à ceci près qu'elle saute moins à l'oreille à l'écoute de l'interview de Bernard Arnault.

Des impôts, quels impôts ?

Cette dernière se résume en effet à une aimable conversation de salon, au cours de laquelle l'invité est moins questionné que célébré. "Avec l'annonce du rachat du joaillier américain Tiffany, LVMH va réaliser la plus grosse acquisition de son histoire, mais aussi une acquisition symbolique avec cette marque très emblématique de l'Amérique", constate ainsi en guise de première interrogation Sonia Mabrouk, dont les prises de position témoignent habituellement d'une plus grande liberté de ton. La suite n'est pas beaucoup plus incisive. "Mais Tiffany n'a pas connu que des succès, il y a eu des hauts et des bas. Comment vous allez redresser son image ? Vous allez vous appuyer sur votre expérience dans la joaillerie ?", demande-t-on au propriétaire de Dior, trop heureux de dérouler son plan de communication. Et la journaliste de s'extasier, tandis que Bernard Arnault songe tout haut à la "désirabilité" de ses marques "dans dix ans" : "Dans dix ans, déjà… la vision, avant tout…"

Pas un mot sur l'optimisation fiscale – pourtant largement documentée – pratiquée par l'homme aux 109 milliards de dollars d'actifs. Pas plus que sur la construction de la Fondation d'entreprise Louis-Vuitton, une œuvre de mécénat en réalité largement financée par le contribuable. Ni sur sa volonté, voilà quelques années, de prendre la nationalité belge pour payer moins d'impôts. Ou même, pour ne fâcher personne, une vague question sur les inégalités criantes au sein de la société française et sur la vision qu'on en a quand on est la première fortune du pays. Non, il n'est bien question que de l'acquisition de Tiffany, à propos de laquelle Sonia Mabrouk déclare d'ailleurs : "C'est comme d'habitude, gagnant-gagnant". Pas sûr que les Klur, ce couple d'anciens employés d'un sous-traitant de LVMH mis sur le carreau par une délocalisation, que François Ruffin a immortalisé dans le film Merci Patron !, partagent cette analyse.

L'interview bisounours se poursuit donc sur le même ton ouaté. "Il y a le rêve, il y a l'amour, et puis il y a la stratégie", se pâme notre consœur. "C'est la 67ème acquisition, la 67ème maison que vous allez acheter. A partir de quel moment on se dit : 'C'est bon, la maison, le groupe LVMH est constitué, je ne souhaite pas aller plus loin.' Ou alors ça ne s'arrête jamais ?" Quel homme, ce Bernard !

"Ah, vous rasez gratis !"

Mais interrompons quelques instants cette féerie capitaliste pour revenir à ce mardi, et à l'interview de Fabien Roussel, qui tourne au match de boxe avec fer à cheval dans les gants. Alors que l'élu évoque la possibilité de taxer les "51 milliards d'euros qui ne cotisent à rien pour notre système de retraite…", la tête de gondole de la matinale d'Europe 1 s'étrangle : "Attendez, attendez, les dividendes ?" "Oui", insiste le communiste, "pourquoi on ne taxerait pas les dividendes du capital ?" "Mais parce qu'il y a beaucoup de petits porteurs qui ont placé de l'argent pour leurs vieux jours, et qui se paient en partie en dividendes. Vous leur dites ce matin que vous voulez les pénaliser ?", proteste la journaliste.

Il est grand temps de mettre Fabien Roussel devant ses contradictions. "Vous êtes attaché à la notion de justice sociale, expliquez-nous alors pourquoi un conducteur de poids lourd partira à la retraite huit ans après un conducteur de bus, et en plus avec une pension très inférieure. Pourquoi ?", insiste encore la disciple de Jean-Pierre Elkabbach. Alors qu'il explique vouloir "aligner par le haut" ces deux retraites, le secrétaire général du PCF est interrompu : "Ah, vous rasez gratis ! Vous avez l'argent pour tout le monde !", lance Sonia Mabrouk. Ici, la journaliste fait même preuve d'un peu de mauvaise foi puisqu'elle feint d'ignorer que le député vient justement d'exposer des propositions de financement, qu'on peut évidemment ne pas approuver par ailleurs. Dans l'esprit de l'intervieweuse, certains Français doivent manifestement se résoudre à faire des efforts... mais pas tous, et notamment pas le premier des milliardaires français.

"Je ne suis pas l'avocate de Bernard Arnault"

Au cas où l'auditeur d'Europe 1 aurait oublié ce qu'apporte à la France celui qui envisageait, il y a quelques années, de plier bagage – griffé Vuitton, évidemment – en Belgique, Sonia Mabrouk se charge encore de cet utile rappel : "Le luxe c'est aussi l'artisanat de très haute qualité, vous nous avez rappelé le nombre d'emplois créés, on peut parler aussi des importantes recettes fiscales, d'un montant conséquent des exportations, mais aussi d'un art de vivre à la française… on l'oublie un petit peu, quand on parle de ce qui marche à l'extérieur en France ?", demande-t-elle complaisamment au patron de LVMH. Ce dernier n'a d'ailleurs pas grand chose à ajouter à la dithyrambe servie par son intervieweuse : "Oui, oui, oui…", se contente-t-il de répondre. Sur sa lancée, Sonia Mabrouk est décidément inarrêtable. "Peut-être ce qui est important, c'est la reconnaissance pour ce secteur, pour tous ces milliers, voire plus, d'artisans français qui participent à ce secteur de luxe parfois injustement caricaturé, voire même, voire même parfois vilipendé dans notre pays…", s'offusque-t-elle.

Et vilipendé par qui ? Tout juste ! Par les bolcheviks de l'acabit de Fabien Roussel, qui a l'outrecuidance de rappeler la position dans la société du magnat du luxe. "Je ne suis pas l'avocate de Bernard Arnault, mais vous oubliez de dire : des milliers d'emplois créés, le plus gros contributeur à l'impôt, ça vous oubliez de le dire, en passant. Il vaut mieux le rappeler", rectifie donc la journaliste. L'échange est tendu : "Je suis certain qu'en pourcentage, il va payer moins d'impôt qu'une famille de la classe moyenne", réplique l'invité d'Europe 1, reprenant un calcul effectué par l'Institut des politiques publiques au sujet des ultra-riches sous Macron. "Mais il n'y a rien d'illégal Fabien Roussel… Peut-être que vous considérez que c'est amoral, mais c'est pas illégal", objecte l'intervieweuse, qui interrompt la réponse de son contradicteur pour conclure, dans une défense vibrante du gouvernement : "C'est la réforme à venir, pas de préférence pour la SNCF et la RATP, c'est ça la justice."

Mais Fabien Roussel est décidément incorrigible : "C'est Warren Buffett aux Etats-Unis qui regrettait lui-même de payer moins d'impôts que sa femme de ménage…", fait-il remarquer. "Toujours les mêmes épouvantails hein ?", ricane alors Sonia Mabrouk. "Vous reconnaissez qu'il crée des milliers d'emplois, et qu'il vaut mieux avoir un Bernard Arnault en France qu'ailleurs ? Question simple : oui ou non ?", presse encore celle qui considérait, face au milliardaire, que "l'image de la France" était "parfois mise à mal par son contexte social éruptif". "On est bien sur Europe 1"… mais certains plus que d'autres, ces derniers jours.

5. déc., 2019

Caméras tactiques à Paris : le plan secret de la préfecture de police pour le 5 décembre

Par Laurent Valdiguié

Publié le 03/12/2019 à 13:30

Cinquante-cinq forces lourdes et seize unités mobiles seront déployées à Paris ce jeudi. La moitié de tous les effectifs disponibles en France ! "Marianne" révèle le plan de la préfecture de police pour la manifestation du 5 décembre. Avec l'apparition de "caméras tactiques"...

Le plan est prêt. Comme avant chaque manifestation parisienne, il tient sur une grande carte de Paris colorée, avec les zones interdites, les couloirs de manifestation et la position de départ de chaque unité policière. Le plan de la journée du jeudi 5 décembre est sobrement intitulé « manifestation sociale ». Ce mardi, il prévoit sur le pavé parisien le déploiement de « cinquante-cinq forces » (CRS et gendarmes mobiles). Autant que le nombre d’unités déployées le 8 décembre 2018… Record égalé. Parmi ces unités lourdes, quatre seront déployées dès minuit sur le secteur des Champs-Elysées et sept auront pour mission le « bouclage de l’Élysée ». A leurs cotés, 16 unités de BRAV (pour Brigades de répression de l'action violente), les équipes mobiles, sont mobilisées, ainsi que quarante-quatre équipes « d’agents verbalisateurs » qui auront pour but de remettre des amendes à ceux qui franchiront les zones interdites. Quatre camions de transport des personnes interpellés sont prévus, ainsi que huit monospaces, des unités en charge de signifier leurs droits dans un délai d’une heure aux manifestants arrêtés. « Dans les journées "Gilets jaunes" de 2018, nous avons dû relâcher de nombreuses personnes, faute de pouvoir leur notifier leurs droits dans ce délai d’une heure », se souvient une source policière. Ce jeudi 5 décembre, la préfecture de police va déployer ses deux canons lanceurs d’eau, plus les quatre canons supplémentaires des CRS. Trois drones survoleront le ciel parisien. Mais surtout, innovation récente, la police parisienne prévoit d’implanter à certains endroits stratégiques, des « caméras tactiques ».

"caméras tactiques"

Selon nos informations, le 16 novembre dernier, la salle de commandement de la Préfecture s’est retrouvée en grande partie « aveugle » place d’Italie, de nombreuses caméras de vidéosurveillance de la place ne répondant plus. Vérifications faites, une armoire électrique centralisant l’alimentation des caméras fixes, aux abords de la place, a été sabotée en cours de manifestation. Hasard des dégradations ou action ciblée ? La préfecture soupçonne « un commando », manifestement bien renseigné, d’avoir spécialement visé cette armoire électrique dans le but de neutraliser les caméras. Ce jeudi 5 décembre, les nouvelles « caméras tactiques », pré-implantées en toute discrétion, devraient permettre à la salle de commandement de toujours surveiller certains points stratégiques, y compris si les caméras fixes sont dégradées ou privées d’alimentation électrique.

C’est dire si la préfecture se prépare au pire… « D’autant, confie un spécialiste parisien du maintien de l’ordre, que les blacks blocs, de manifestations en manifestations, s’aguerrissent. On sait qu’ils pré-positionnent désormais du matériel, des vêtements de protection, des masques ou des projectiles, dans des caches sur les itinéraires, de façon à déjouer les fouilles en amont de l’accès aux cortèges. » Autre « nouveauté » du 16 novembre dernier : l’apparition de « films plastiques », tendus en travers de certaines rues, dans le but de faire chuter des motards de la police, surpris par ces fils transparents. « Le 16, nous avons aussi constaté des dispersions de cônes métalliques et des clous destinés à crever les pneus des motos de la police », glisse une autre source en préfecture.

Il y aura donc ce jeudi, une mobilisation policière massive dans les rues de Paris. « Et encore, en fin de semaine dernière, une première estimation des moyens a fait chiffrer par la préfecture les besoins à soixante-cinq unités ! » confie une source au ministère de l’Intérieur. Compte tenu des effectifs policiers en France, et des demandes d’autres villes, la Préfecture parisienne a donc dû revoir sa copie à la baisse pour « faire » finalement avec cinquante-cinq unités lourdes. La France comptant au total cent-soixante « forces » (donc, compte tenu des congés et des repos, cent-vingt à cent-trente opérationnelles à l’instant T), la capitale absorbera à elle toute seule la moitié des forces de l’ordre françaises.

Zone interdite

Ce 5 décembre, la Préfecture parisienne compte déployer son dispositif sous trois sous-commandements : l’un sera en charge de la surveillance de la « zone interdite » et les deux autres au suivi des cortèges syndicaux. Colorée en jaune sur la carte préparatoire, la zone interdite de ce jeudi couvre plusieurs périmètres distincts. Le principal va de la porte Maillot à la place de la Concorde sur l’axe des Champs-Elysées, englobant l’Élysée et intégrant la zone Haussmann des grands magasins. Un autre entoure le Trocadéro, le pont d’Iéna, la Tour Eiffel et le Champ-de-Mars. Une troisième zone couvre l’esplanade des Invalides et s’étend à l’Assemblée nationale et à Matignon. Ces périmètres seront interdits à toute manifestation, sous peine d’amende. Pour couvrir ce vaste secteur, la préfecture prévoit l’immobilisation de vingt-neuf unités de CRS ou de gendarmes mobiles, épaulées par six unités de BRAV. Le reste des forces disponibles, soit vingt-six unités lourdes et dix BRAV sont positionnées autour des deux axes de manifestation prévus, rive droite, avec convergence place de la République, et dispersion place de la Nation. « Un trajet de manifestation classique, sur un terrain que l’on connaît bien et surtout qui ne passe pas place d’Italie, une des pires places parisiennes en matière de maintien de l’ordre, avec un centre commercial d’un coté, un commissariat et une mairie de l’autre », confie un spécialiste, dépité par la journée du 16 novembre dernier.

« Vous me les dispersez façon puzzle ! »

Didier Lallement préfet de police de Paris

Autre inquiétude parmi les experts du maintien de l’ordre, l’apparition probable ce jeudi de black blocs dans des cortèges « lambda ». « Ces derniers mois, on s’est habitué aux manifs de gilets jaunes avec des black blocs agglomérés, des cortèges où il n’y a quasiment plus de badauds, confie un policer. La nouvelle doctrine du maintien de l’ordre prévoyant d’interpeller et de réagir vite dès que des black blocs apparaissent, il va falloir faire preuve de discernement au milieu de manifestants pacifiques traditionnels », prévient cette source policière, un tantinet « inquiète » d’éventuels « mouvements de foule ». « Pour des manifestants novices, se retrouver au milieu d’interpellations de black blocs par des Brav, cela peut faire assez peur. La salle de commandement va devoir redoubler de calme et de sang froid », prévient cette source.

Aux commandes, le préfet Didier Lallement en personne, qui occupe désormais dans la salle de commandement l’ancien fauteuil du chef d’état-major de la direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC). Dans l’axe central des caméras, un casque vissé aux oreilles à l’écoute des fréquences radios, le préfet de police, entouré de tout l’état-major de la DOPC, pilote désormais en personne les opérations. « Il ne règne plus à la salle le calme d’antan, quand un Pierre Mure, légendaire patron de la DOPC, donnait ses ordres à voix basse dans un silence de cathédrale », constate un ancien de la Préfecture. « Vous me les dispersez façon puzzle ! » n’hésite pas à ordonner sur les ondes radios le préfet Lallement, répétant une célèbre réplique des Tontons Flingueurs. Un commandement énergique qui, selon nos sources, fait le bonheur des uns et provoque des sueurs froides chez d’autres. « Lallement fait le job », disent les premiers. « Le maintien de l’ordre, ce n’est pas la guerre », alertent les seconds.

 

28. nov., 2019

BFM TV

Ce que l'on sait de la mort des 13 militaires français au Mali

26/11/2019

Les militaires sont morts à la suite d'une collision entre leurs deux hélicoptères, alors qu'ils soutenaient des troupes terrestres engagées contre des jihadistes.

Treize soldats français ont trouvé la mort lundi soir dans une collision accidentelle entre deux hélicoptères, lors d'une opération contre des jihadistes, a annoncé ce mardi l'Élysée dans un communiqué. Six officiers, six sous-officiers et un caporal-chef se trouvaient à bord des engins.

>> Militaires français tués au Mali: suivez les dernières informations et les réactions dans notre direct

Les militaires faisaient partie des 4500 Français déployés au Sahel dans le cadre de l'opération Barkhane, qui a débuté en 2014. Il s'agit du plus lourd bilan militaire qu'ait connu l'armée tricolore depuis 36 ans.

  • L'accident a eu lieu durant la traque d'un groupe de terroristes

Lors d'une conférence de presse, le chef d'état-major des Armées, François Lecointre, a apporté des précisions sur les circonstances de la collision. "Des commandos parachutistes avaient observé, lundi vers 17h15, un groupe d'ennemis équipé d'un pick-up et de plusieurs motos. Ils sont entrés en contact par le feu avec cet ennemi (...) et ont fait appel à des moyens aériens". Deux hélicoptères Tigre et un Cougar sont arrivés rapidement sur zone. 

"Pendant cette opération de reconnaissance de nuit, pour repérer le pick-up qui s'enfuyait vers le Nord, les commandos au sol ont entendu deux explosions. Ils ont pensé qu'elle était due à une collision en vol entre deux appareils. L'information est confirmée rapidement par le Tigre qui reste en vol", a ajouté le général Lecointre.

Les deux hélicoptères se sont ensuite écrasés au sol, à courte distance l’un de l’autre. "Ils sont intervenus dans des conditions opérationnelles très exigeantes" et, étant des engins militaires, n'étaient pas équipés de dispositifs anticollision, a précisé le général Leointre.

  • Les militaires intervenaient sur "un terrain extrêmement compliqué"

Si le drame est un accident, plusieurs spécialistes soulignent la complexité des opérations militaires au Sahel. "Ces opérations ont lieu de nuit, parfois avec des conditions météorologiques délicates", a souligné l’ancien chef d’État-Major de l’armée de l’air Jean-Paul Paloméros à BFMTV. "Il faut que ce soit très rapide, extrêmement bien coordonné".

Interrogé sur BFMTV, Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la Revue Défense nationale, a quant à lui expliqué que les militaires de l’opération Barkhane évoluent dans un contexte "extrêmement difficile face à un adversaire redoutable qui est là pour empêcher le retour de la paix dans cette région".

Le spécialiste a ajouté que les opérations menées par les soldats français sur place étaient d’autant plus compliquées que les zones sur lesquelles ils progressent sont inhospitalières.

"C’est un terrain extrêmement compliqué, désertique, où il y a beaucoup de reliefs. Donc un accident est, hélas, toujours possible, même si nos militaires sont aguerris, entraînés. Il suffit qu’il y ait eu du vent, de la poussière soulevée", explique-t-il. 

Une opération de sécurisation de la zone de l’accident est actuellement en cours, a précisé l’État-major des Armées. De nombreux moyens de la force Barkhane sont encore engagés. Florence Parly a par ailleurs annoncé dans son communiqué qu’une "enquête est ouverte afin de déterminer les circonstances exactes de ce drame". 

  • Aucun passager des deux hélicoptères n'a survécu

Les soldats morts sont les deux membres d’équipage du Tigre du 5e Régiment d’hélicoptères de combat, les cinq membres d’équipage du Cougar (5e  RHC également), quatre opérateurs du Groupement commandos montagne (GCM) du 4e Régiment de chasseurs, un opérateur GCM du 93e Régiment d’artillerie de montagne ainsi qu'un opérateur GCM du 2e Régiment étranger du génie (2e REG). Leurs régiments étaient basés à Pau, Varces, Gap et Saint-Christol.

Dans un communiqué, la ministre des Armées Florence Parly a dévoilé les noms des soldats morts. Il s'agit du capitaine Nicolas Mégard, du capitaine Benjamin Gireud, du capitaine Clément Frisonroche, du lieutenant Alex Morisse, du lieutenant Pierre Bockel, de l’adjudant-chef Julien Carette, du brigadier-chef Romain Salles de Saint Paul, du capitaine Romain Chomel de Jarnieu, du maréchal des logis-chef Alexandre Protin, du maréchal des logis Antoine Serre, du maréchal des logis Valentin Duval, du maréchal des logis-chef Jérémy Leusie ainsi que du sergent-chef Andreï Jouk.

  • Un hommage national est en préparation

La mort des treize soldats engagés dans la lutte contre les groupes armés jihadistes a suscité une vague de réactions de la part de nombreuses figures politiques. Emmanuel Macron, qui a annoncé lui-même le drame, a rendu hommages aux militaires. "Ces treize héros n’avaient qu’un seul but: nous protéger. Je m’incline devant la douleur de leurs proches et de leurs camarades", a-t-il écrit sur Twitter.

Florence Parly, ministre des Armées, a salué lors d'une conférence se presse le courage de "treize soldats aguerris, treize militaires exceptionnels, treize héros morts pour la France".

D'après une source gouvernementale à BFMTV, "l’Élysee travaille ce matin sur les modalités d’un hommage national pour la fin de semaine ou le début de semaine prochaine". Cette même source déclare également que la ministre des Armées Florence Parly devrait se rendre au Mali, auprès des militaires engagés dans l’opération Barkhane.

Juliette Mitoyen