1. août, 2017

Commémoration

Benjamin Netanyahou invité à la commémoration du « Vel d’Hiv » : pourquoi ?

Je vous rassure tout de suite : je ne me ferai pas ici l’écho des protestations formulées depuis quelques jours par certains milieux de gauche propalestiniens à propos de la décision de Macron d’inviter Benjamin Netanyahou à la commémoration de la Rafle du « Vel d’Hiv ». Car la politique du Gouvernement israélien n’est pas en cause ici. Il s’agit de l’histoire, notre histoire, et le sens qu’il convient de lui donner. 

C’est précisément parce qu’il s’agit de notre histoire qu’Emmanuelle Macron vient de commettre une grave erreur. Une erreur d’autant plus grave qu’il s’agit d’un évènement destiné à s’inscrire dans notre mémoire nationale (puisqu’il s’agit d’une commémoration). Certes, notre Président est jeune (à peine 40 ans), et on ne peut pas attendre de lui qu’il manifeste une compréhension profonde de notre histoire nationale. Mais il peut au moins prendre le temps d’essayer de comprendre quel est le sens d’une commémoration à laquelle il souhaite, par sa présence, donner une signification particulière.

Comme on le sait, cette journée de commémoration a été décidée par François Mitterrand par un décret du 3 février 1993. Quel est le sens de cette commémoration ? Il suffit de lire le texte de la plaque commémorative, qui reprend le texte du décret : « la République française, en hommage aux victimes des persécutions racistes et antisémites et des crimes contre l’humanité commis sous l’autorité de fait dite “gouvernement de l’État français” (1940-1944). N’oublions jamais. » C’est cela qu’on commémore ; et si ce n’est pas cela, il faut le dire.

Ceux qui s’intéressent à cette période de notre histoire comprennent tout de suite que ce court texte est lourd de signification. Chaque mot compte.

1 - C’est la République qui rend hommage. Ce qui veut dire qu’elle s’exonère de toute responsabilité du fait des persécutions commises à cette époque.

2 - Il s‘agit des persécutions commises entre 1940 et 1944, et non pas de la seule rafle de 1942.

3 – La commémoration inclut les autres persécutions à caractère racial.

4 - Le Gouvernement de Vichy n’était pas l’Etat, mais seulement « une autorité de fait ».

Mais surtout, il y a un sens implicite, encore plus fort. Car il y a un grand absent dans cette commémoration : les nazis et l’occupation allemande qui ne sont pas nommés. François Mitterrand a voulu prendre en compte les progrès de l’historiographie de cette période, et insister sur ce qu’il y avait eu d’autonome, de proprement français, dans ces persécutions : d’une part l’antisémitisme d’Etat du gouvernement de Vichy (les lois d’exception), et d’autre part la complicité dans la mise en œuvre de la Solution finale, liée à la politique de collaboration.

En d’autres termes, laissons les Allemands de côté. Cette commémoration ne les concerne pas : c’est une affaire franco-française. Tel est le sens profond de cette commémoration. Ce qui n’allait pas de soi puisque ce sont les Allemands qui ont voulu, décidé, et en définitive imposé la déportation des Juifs.

Certes, par la suite, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont souhaité (hélas ! hélas !) mettre un autre accent à cette commémoration, et s’écarter de la vision gaullo-mitterrandienne de ces évènements. Mais ils n’ont pas modifié le sens premier de cette commémoration : un examen de conscience national qui ne concerne que les Français.

C’est la raison pour laquelle Benjamin Netanyahou n’a rien à faire à cette commémoration qui ne concerne pas l’Etat d’Israël. Cette invitation est même particulièrement maladroite. En effet, la seule raison qui pourrait justifier cette présence serait d’accepter la prétention d’Israël à représenter tous les Juifs dans le monde, partout où il se trouvent. C’est la fameuse notion d’ « Etat juif » qui fait tant polémique. Je ne crois pas savoir que la France ait jamais accepté une telle proposition. 

René Fiévet

Washington DC