3. mai, 2019

Affaire Carlos Ghosn

Le Huffpost

22/04/2019

Emmanuel Macron pourrait-il aider Carlos Ghosn?

Le président de la République reçoit le premier ministre du Japon Shinzō Abe à l'Élysée ce mardi 23 avril.

Par Anthony Berthelier

POLITIQUE - “J’en appelle au président de la République.” Carole Ghosn, la femme de l’ancien patron de Renault continue de demander l’aide des autorités françaises (mais aussi américaines), alors que son mari a été mis en examen ce lundi 21 avril pour abus de confiance aggravé, à l’issue de sa garde à vue. Une quatrième inculpation pour Carlos Ghosn, en prise avec la justice japonaise depuis l’automne 2018. 

Mais alors que ses avocats dénoncent depuis le départ des conditions de détention particulièrement dures, Emmanuel Macron s’est borné à un silence quasi complet. Il reçoit ce mardi 23 avril le premier ministre du Japon Shinzō Abe. L’occasion de discuter du sort de l’illustre suspect?

Sans doute, mais rien n’indique toutefois que le président de la République lui accordera une aide déterminante, alors que Carlos Ghosn a immédiatement fait une nouvelle demande de libération sous caution. Il faut dire que le président de la République est resté particulièrement discret malgré les appels répétés du clan de l’ex-patron de Renault. 

Macron au chevet de l’alliance Renault-Nissan

Mis en cause pour des soupçons de malversations financières, Carlos Ghosn n’a pu compter que sur la “préoccupation” du chef de l’État et à l’appel “au respect” de ses droits par le quai d’Orsay. 

“Je me suis simplement préoccupé que le sort d’un compatriote français respecte le minimum de décence qu’on est en droit d’attendre”, avait expliqué Emmanuel Macron en Égypte à la fin du mois de janvier, après un échange avec Shinzō Abe, avant d’ajouter: “J’ai considéré que la détention préventive était très longue et que les conditions de sa détention étaient dures, je l’ai dit à plusieurs reprises au Premier ministre.” Même volonté affichée de “faire respecter la présomption d’innocence”, de la part de la ministre du Travail Muriel Pénicaud. Depuis, rien de plus. 

Le président de la République s’est surtout évertué à maintenir les ”équilibres” de l’alliance Renault-Nissan, mis en péril avec cette affaire. “Je ne crois pas du tout que ce qui se passe, qui est un cas individuel, soit de nature à renverser les équilibres de l’alliance” franco-japonaise, qui a “montré sa stabilité”, a-t-il ajouté alors que Renault, dont l’État est actionnaire, détient actuellement 43% de Nissan.

D’autant que dans sa défense, Carlos Ghosn n’hésite pas à s’en prendre directement à l’État japonais. “Le ministre japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie travaillait avec des dirigeants de Nissan pour bloquer la fusion de Nissan et Renault souhaitée par Carlos et préserver l’autonomie de Nissan à tout prix”, assure sa femme dans une tribune publiée mi-avril par le Washington Post. “Ce qui aurait dû se régler en conseil d’administration est devenu une affaire judiciaire”.

“Que des coups à prendre”

Des accusations de “complot” qui semblent agacer les autorités du pays, autant que les nombreuses critiques sur le système judiciaire. “Les enquêtes sont menées par des unités pleinement indépendantes selon des procédures appropriées basées sur des décisions de nature uniquement judiciaire”, avait souligné le porte-parole du gouvernement Yoshihide Suga, lors d’un point presse régulier, précisant: “c’est un cas criminel.”

De quoi expliquer le relatif silence d’Emmanuel Macron soucieux de ne pas interférer dans le système judiciaire d’un État souverain. “Pour les deux chefs d’État, il n’y a que des coups à prendre”, estimait le spécialiste du Japon Jean-Marie Bouissou à l’Express en décembre 2018, avant d’ajouter: “Côté japonais, le très nationaliste Shinzō Abe a d’autant moins de raisons de faire un geste que l’opinion est très hostile à Carlos Ghosn. Le Premier ministre japonais ne veut surtout pas donner l’impression de céder aux attaques des médias occidentaux.”

Et maintenant l’ex-grand patron est en plus mis en cause pour abus de confiance aggravé, l’accusation la plus grave depuis le début de l’affaire selon les spécialistes. Ce nouveau volet concerne des transferts d’argent émanant du groupe nippon à un distributeur de véhicules du constructeur à Oman.

Au total, 5 millions de dollars parmi les fonds transférés ont été utilisés à des fins d’enrichissement personnel, selon le bureau des procureurs. La décision de renvoyer Carlos Ghosn devant le tribunal a été prise “après avoir réuni suffisamment d’éléments pour obtenir un verdict de culpabilité”, a déclaré le procureur adjoint, Shin Kukimoto, lors d’une conférence de presse.

Pas certain donc, que dans le contexte actuel de fronde et d’exigence de justice sociale, il soit bien opportun pour Emmanuel Macron d’afficher un soutien sans faille à l’ancien patron.