12. juin, 2019

Commémoration

Chronique de Vanf : leçon d'un anniversaire

Britanniques, Américains, Français, les Alliés de 39-45, commémoraient hier le D-Day du 6 juin 1944. Le débarquement sur les plages normandes de la plus grosse armada jamais réunie de mémoire d’homme allait signer le commencement de la fin du IIIème Reich hitlérien. L’histoire retiendra que les 4000 km du «Mur de l’Atlantique» n’ont pas réussi à préserver la «Forteresse Europe». L’histoire n’a pas encore écrit, par contre, l’héroïsme au combat des soldats allemands, comme les parachutistes Fallschirmjäger-Regiment 6 (FJR6) dans le secteur d’Omaha Beach. Aucune stèle, aucun vétéran à célébrer : malheur aux vaincus surtout qu’il s’agissait d’ennemis mortels d’une certaine idée de la civilisation.

Là, en effet, était le plus important. Hitler incarnait le mal absolu avec sa «solution finale» dans les camps de concentration : génocide des Juifs, extermination d’autres «minorités», assassinat d’opposants politiques. On peut se demander, si les Alliés avaient su que Staline agissait sans guère plus de scrupules dans son URSS, s’ils n’auraient pas plutôt débarqué à l’Est de l’Europe pour s’interposer devant l’avancée de l’Armée Rouge qui transportait le «rideau de fer» qui s’abattra au-delà de la ligne Oder-Neisse. Ou accepté la paix séparée à l’Ouest que proposaient certains généraux allemands opposés à la politique de Hitler. La civilisation allait perdre cinquante ans dans les pays soumis au joug communiste.

La première guerre de 14-18 usurpait quelque peu le qualificatif de «mondiale», ne s’agissant finalement que d’un vulgaire règlement de comptes entre des dynasties cousines mais rivales et qui, par le jeu des alliances diplomatiques, allaient entraîner toute l’Europe, voire les colonies lointaines, dans un massacre absurde. La guerre de 39-45, elle, fut véritablement «mondiale», moins par son extension géographique, embrasant tous les océans, retournant le sable d’Afrique du Nord, mutilant la jungle du Sud-Est asiatique, ou causant des dommages collatéraux en terre malgache, que par l’enjeu de civilisation et de valeurs humaines bafouées par un dictateur dément.

Le monde né sur les ruines de 39-45 aurait pu être multilatéral plus tôt si les Occidentaux n’avaient pas trahi leurs idéaux à Yalta, en abandonnant l’Europe de l’Est à Staline et son goulag. Ces idéaux étaient d’ailleurs à géométrie variable puisqu’on sait que l’Assemblée Nationale française refusera même d’inscrire à son ordre du jour la proposition de loi du 21 mars 1946, pour l’abrogation de la loi du 6 août 1896, «déclarant Madagascar et les îles qui en dépendent Colonie française», déposée par les députés malgaches Joseph Ravoahangy-Andrianavalona et Joseph Raseta. Le Royaume-Uni attendra deux ans après la fin de guerre mondiale pour se désengager de l’Inde du Mahatma Gandhi.

Les États-Unis, qui allaient s’enliser à leur tour au Vietnam après la guerre de 39-45, avaient apporté une contribution décisive au D-Day. Mais, comme le fait judicieusement remarquer l’ancien Premier Ministre français Jean-Pierre Raffarin : «Si, aujourd’hui, nous avions besoin de l’Amérique, personne ne sait si l’Amérique répondrait présente». Aujourd’hui, les valeurs mâturées des épreuves de la guerre de 39-45 seraient plutôt à partager avec les ennemis d’hier : l’Allemagne et le Japon. Ces deux pays ont payé dans leur chair, Dresde ou Hiroshima, pour le savoir mieux que quiconque. Le «Der des Der», plus jamais ça, que ses acteurs avaient souhaité à 14-18, est véritablement dans cette réconciliation avec ceux qui n’étaient pas invités à l’anniversaire.