15. oct., 2019

Débat Retraite

À Rodez pour les retraites, Macron fait de la pédagogie et joue la carte "cool"

Le chef de l'État a passé plus de trois heures avec les habitants de l'Aveyron pour les convaincre d'adhérer à son "projet de société".

Par Astrid de Villaines

 AFPEmmanuel Macron jeudi soir à Rodez lors du premier grand débat sur les retraites

POLITIQUE - Il est remobilisé. Loin de l’attitude prudente adoptée pendant le grand débat post-gilets jaunes, Emmanuel Macron a inauguré, ce jeudi 3 octobre, la grande consultation sur les retraites avec une aisance déconcertante.

À croire qu’il ignore les différentes manifestations qui se déroulent depuis la rentrée et celles qui sont prévues jusqu’à la fin de l’année. Pédagogue, prenant le temps de répondre à chacun en retenant les prénoms ou les noms de famille, Emmanuel Macron est resté au milieu des 500 lecteurs du groupe La Dépêche pendant trois heures et demie. 

“J’adore pas le mot pénibilité”

“On vit de plus en plus vieux, et en bonne santé, et c’est une bonne chose, mais il faut que le système soit pensé en conséquence”, a-t-il introduit, de la manière la plus simple possible, s’attachant tout au long du débat à rendre compréhensible pour le plus grand nombre un débat très technique.

Le chef de l’État a promis qu’à terme aucune retraite pleine ne serait inférieure à 1000 euros par mois. Il a répété que l’âge légal resterait à 62 ans, tout en évoquant la nécessité de “définir un âge pivot” durant l’actuelle concertation. 

Il parle d’un “projet de société” et non pas d’une “réforme”, citant à plusieurs reprises la fin de la Seconde guerre mondiale et la création des régimes de retraites pour s’inscrire en continuité. “J’adore pas le mot pénibilité parce que ça voudrait dire que le travail est pénible, je préfère conditions de travail qui diffèrent, ceux qui travaillent la nuit par exemple”, a-t-il également ajouté. 

Prenant parfois des accents de Nicolas Sarkozy, parlant comme au bistro du coin pour apparaître proche des gens, il a réussi à faire passer ses principaux messages et à convaincre, si l’on en croit les nombreux applaudissements qui sont venus nourrir son discours, même quand la situation s’est corsée.

“Je comprends très bien votre angoisse”

Comme lorsque cette avocate, bâtonnier du barreau de l’Aveyron a pris la parole au nom de ses soixante confrères, qui s’inquiètent de la fusion de leur régime indépendant dans celui, universel, prévu par le président. “Ce régime va faire disparaître des centaines d’avocats, est-ce votre volonté?”, a-t-elle lancé, le visage grave.

“Maître”, répond Emmanuel Macron, habile et se voulant rassurant, “je comprends très bien votre angoisse, le but ce n’est pas de supprimer une profession. On a besoin de nos avocats sur tout le territoire”, a-t-il flatté avant d’assurer que la réserve de ce régime autonome ne serait en aucun cas “prise” par l’État, “comme je le lis parfois, c’est faux”. Les avocats, tout comme les médecins, pilotes et infirmières craignaient que leurs réserves financières soient récupérées par le futur système. 

“Notre retraite, c’est sauver la planète”

À la fin de la réponse du chef de l’État, l’avocate acquiesce et le public applaudit, comme il le fera également après la réponse du président au jeune Thomas qui a lancé: “Votre réforme ne prend pas en compte l’écologie. Et pour des jeunes comme moi notre retraite ce serait plutôt sauver la planète”.

Emmanuel Macron s’est montré offensif, alternant humour et fermeté. “Thomas, vous m’avez fait un énorme tacle par-derrière en disant que je ne fais que des hashtags”, commence le président. “Ce n’est pas juste”, ajoute-t-il, avant de défendre “ma cause et mon bout de gras”, toujours dans un langage très courant. “Nous on a pas de chance, vous et moi, on doit prendre les décisions maintenant”, lance le chef de l’État bien décidé à défendre sa politique écologique. “Je ne vous laisserai pas dire qu’on ne fait rien, c’est faux”, a-t-il déclaré dans l’échange à retrouver ci-dessous.

 Le jeune homme affiche une mine dubitative. ”Ça ne se fait pas en un claquement de doigt, faut aider le gouvernement”, lance le président, sur un ton très détendu, avant de réitérer la demande qu’il avait laissé entendre à des journalistes dans son avion pour New York:  “J’ai besoin d’une jeunesse qui aide à nettoyer les rivières. Et qui m’aide à expliquer sinon on devient un monde de fou… C’est trop facile de s’indigner, moi j’ai besoin de l’énergie de tout le monde. Si vous vous indignez, venez m’aider!”, a-t-il conclu, fermement, sous les applaudissements.

“Casser la croûte avec vous” 

Car Emmanuel Macron, qui ne s’était pas exprimé aussi longuement depuis longtemps, en a profité pour faire passer des messages politiques. “On a une tendance au ‘tous pourri’ qui n’est pas bonne pour la République, je le dis”, a-t-il lancé, le ton grave, sous les applaudissements.

“Il n’y aura pas de régimes spéciaux pour les élus”, a-t-il prévenu, avant de rappeler qu’il avait lui-même quitté la fonction publique avant de devenir président. “Je suis le premier président à avoir tout abandonné” pour “prendre des risques et pouvoir demander qu’on en prenne”, a-t-il justifié, là encore applaudi. 

Et de conclure avant de pouvoir “aller casser la croûte avec vous et parler tranquillement”, “Merci à vous!” en appuyant longuement sur le “vous”. Comme lors d’un meeting de campagne électorale.