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15. janv., 2020

VANF ANTRANONKALA : «Regrets, excuses et condoléances»

 Ils étaient 176 morts. Ce fut longtemps la seule certitude. Leur avion s’était crashé à son décollage de l’aéroport de Téhéran, quelques heures après la frappe de missiles sur des bases américaines et que l’Iran redoutait une riposte des États-Unis.  

 L’Ukraine avait tout de suite expliqué que l’avion d’UIA avait subi un contrôle technique deux jours avant le drame. Le Premier Ministre canadien Justin Trudeau a rapidement annoncé que l’avion avait été abattu par un missile iranien, «par erreur». Le Président américain Donald Trump y alla de son grain de sel : «J’ai un doute. L’impression que quelque chose de terrible s’est produit». 

 Actori incumbit probatio : l’Iran se sera longtemps réfugié derrière cet adage juridique. Que le Canada, la Grande-Bretagne et les États-Unis, une association qui a de furieux airs d’Axe du Mal hostile aux «Gardiens de la Révolution», avancent les preuves de ce dont ils accusent l’Iran : avoir abattu le Boeing 737-800 et tué les 176 passagers et membres d’équipage. 

 Ils étaient 176 morts. Ni compassion, ni deuil. Avant le deuil des familles, les susceptibilités d’État. L’Irak a mis douze heures avant de condamner la violation de sa souveraineté par l’Iran alors que son Parlement fut prompt à réclamer le départ des troupes américaines après le raid aérien qui a tué le général iranien : Que faisaient des drones américains à Bagdad ? Que faisait un général iranien à Bagdad ? L’Irak est de facto sous occupations étrangères, avec plusieurs zones d’influence, depuis la chute de Saddam Hussein.

 Et finalement, l’Iran a reconnu «l’erreur humaine» et la «faute impardonnable». Tout le monde a déjà oublié l’Ukraine et son Boeing. On imagine la joie malsaine de Donald Trump. On suppose l’humiliation du Président iranien Hassan Rohani devant avouer une «grande tragédie» et une «erreur impardonnable». De son côté, le Ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif admet «une erreur humaine dans une période de crise causée par l’aventurisme des États-Unis a mené au désastre». 

 Qui étaient-ils à bord de ce vol PS 752 d’Ukraine International Airlines ? Au départ, on avait annoncé des Canadiens et des Iraniens. Maintenant, on apprend la présence d’Afghans, de Britanniques, de Suédois, d’Ukrainiens. 

 Elle aura coûté finalement très cher la mémoire de ce général Qassem Soleimani : 32 morts déjà dans une bousculade à ses funérailles, 176 victimes à bord d’un Boeing 737 «pris pour un avion hostile».  

 «Profonds regrets, excuses et condoléances» : les familles de victimes et les nations affectées devront s’en contenter. On ne va pas déclencher une Troisième Guerre mondiale pour venger des victimes innocentes.

 
 
 
 
 
 
 
   
2. janv., 2020

VANF ANTRANONKALA  : Cure de jouvence

 Vingt-cinq ans sur le métier. Mais, ça, c’était avant. Le premier Antranonkala (27 mai 2019) faisait allusion à une écriture 2.0 : douze ans d’atermoiement avant de rejoindre Facebook. Et finalement, on peut très bien y être sans dévoiler sa vie, en être sans participer au voyeurisme, être sans dire n’importe quoi.

Facebook avait commissionné une étude, «IPSOS Digital Affluents», consacrée aux CSP+ et qui venait «battre en brèche de nombreuses idées reçues».

 En 2014, et en France, Facebook était le média à toucher le plus de CSP+ : sur les 7 millions de personnes aisées en France, 3.3 millions se rendaient sur Facebook tous les mois, soit 47%, pour un total de 28 millions de Français de tous les horizons.

La fréquentation CSP+ de Facebook était 1,2 plus que Youtube ; 1,4 plus que Canal+ ; 1,6 que Le Monde ; 2,1 plus que Le Figaro ; 5,4 plus que Le Figaro Madame.

Les CSP+ sur Facebook avaient des comportements d’achat plus premium que les autres CSP+  : 24% plus susceptibles de voir la publicité sur Facebok ; 40% plus susceptibles d’acheter un produit ou un service après avoir vu une publicité sur Facebook ; 75% plus susceptibles de passer à l’achat après la publication ou le commentaire d’un «ami».

Comparativement plus jeune, plus urbaine et plus féminime que la population aisée moyenne, la population CSP+ utilise Facebook tout au long de la journée, partout, sur tous les appareils mais surtout depuis des appareils mobiles : smartphones ou tablettes. 

 Dans notre Madagascar francophone, on peut se demander si les CSP+ ne croient pas, à tort ou à raison, que Facebook, c’est surtout «Facebobaka» comme cherche à le vendre pour une poignée d’ariary un opérateur téléphonique : du tout-venant. Les CSP+ malgaches, que font-ils de leur smartphone et de leur tablette : Youtube ? Podcast ? Netflix ? TV Replay ? Livre MP3 ? Presse internationale ? Recherche Google ?

Ce sont là des questionnements pour se réinventer. La remise en cause permanente enseignée chez les Jésuites retrouve toute son actualité. Je viens d’une plate-forme papier 1.0, dont l’ancêtre lointain, le Times de Londres, naquit en 1785 (quoique : le Lloyd’s List, quotidien économique, a été imprimé sans discontinuer de 1734 à 2013 inclus), et l’écriture 2.0 m’est cure de jouvence. 

 

 
 
 
 
 
 
25. nov., 2019

Si vous voulez visionner l'article intitulé " Proposition de la loi relative aux Français établis hors de France " cliquer ici

9. juil., 2019

Boycott citoyen

Jean-Éric Rakotoarisoa, le président de la Haute Cour Constitutionnelle, a demandé combien de scrutins il faudrait organiser si était fixé un seuil minimal de participation pour la validation d’une élection. Mais, pourquoi nécessairement en re-organiser ?

En Finances publiques, aucune proposition d’accroissement des dépenses n’est recevable sans une augmentation correspondante des recettes tandis qu’une dimunition des ressources oblige à dégager des économies en regard. Si les électeurs d’une circonscription électorale ne se mobilisent pas pour satisfaire à un taux minimal de participation, sans doute, et même très probablement, ne veulent-ils d’aucun des candidats en lice. L’abstention sanctionne la corruption d’un système ou la vénalité d’un candidat. Respecter ce refus interdit de proclamer un «malgré élu».

L’absence de quorum emporte ajournement définitif du dépouillement. Et pour cette législature-là, telle ou telle circonscription n’aura pas de représentant à la Chambre. Et dans les finances de l’État, on fera des économies. Cette conséquence en aval sera abondamment expliquée en amont pour que la population concernée sache très clairement qu’elle a les moyens de faire annuler un scrutin rien qu’en boudant cette manifestation électorale, organisée par une administration qui ne serait pas incontestable et exhibant de tristes figures dont personne ne veut. Qu’elle, population, a le choix de ne pas se rendre complice d’une mascarade qui ferait indéfiniment élire dans un fief, que l’on aura préalablement abêti, un épouvantail couvert de ridicule et bardé de casseroles.

Envisageons la situation extrême d’un candidat unique à un scrutin snobé par neuf autres électeurs : taux de participation 10% ; suffrage exprimé 10% des inscrits mais 100% des votants ; et plébiscite 100% par l’addition à elle-même d’une voix unique. Comment décemment accepter que ce candidat unique, doublé d’un électeur solitaire, puisse représenter les neuf autres ?

On en arrive à envisager l’absurde par la faute des précédentes législatures. L’Assemblée nationale est devenue tellement caricaturale : absentéisme proverbial, assiduité marchandée, votation à l’aveugle, revendication grotesque de droits, privilèges et autres immunités... Rendre sa dignité à l’Assemblée et lui faire retrouver la confiance de la population, voilà qui passe par le tamis immédiat du boycott de tous les incapables : le NON d’un authentique acte de volonté. 

 

31. mai, 2019

Tout le monde s’est scandalisé du projet chinois de suivre à la trace sa population d’un milliard d’hommes et de femmes. «Dictature numérique» entendit-on qualifier : preuve néanmoins que la Chine a réussi sa révolution industrielle, plus personne ne s’interrogeant si elle serait capable de fabriquer tout ce que l’Occident produit de plus technologique, mais s’inquiétant surtout comment elle en userait. 

 Ficher sa population, savoir en temps réel ses va-et-vient, noter à chaque pas sa plus ou moins excellence citoyenne. Certainement que ce serait une entrave à la liberté. Suivre à la trace son milliard d’hommes, de femmes et d’enfants : seul un régime totalitaire, fasciste ou communiste, en peut nourrir l’idée.

 Un reportage montre une femme chinoise à la citoyenneté exemplaire. Elle bénéficie d’une gratuité sur les transports ou d’une remise sur les soins médicaux. Et là, dans un passage que tout le monde a oublié de noter, elle cite pêle-mêle toutes les activités qu’elle pourrait pratiquer gratuitement simplement parce qu’elle traverse consciencieusement dans les passages piétonniers et uniquement quant le feu est au vert piéton : bibliothèque, musée, cinéma. 

 Chez «Big Brother», les citoyens peuvent donc aller à la bibliothèque, se rendre en visite au musée, ou s’amuser au cinéma. On espère que les livres de ces bibliothèques ne soient pas les rescapés d’une précédente mise à L’Index : petit Livre rouge de Mao, maximes éternelles de Confucius, témoignage managerial de ceux qui ont su profiter des contradictions internes de l’économie socialiste de marché. On leur espère également que les Musées leur content la Chine cinq fois millénaire plutôt que d’abonder en reliques de la «Longue Marche». Le cinéma, enfin, qui ne leur soit pas des films de propagande à la gloire en boucle du Grand Timonier.

 Les bibliothèques n’existent pas ou presque à Madagascar : si le partage indigné des infos sur le fichage du milliard de Chinois faisait foi, les Malgaches préféreraient notre pays sans livre ni édition à un pays hyper-connecté, chacun disposant d’une tablette, mais la connexion sévèrement filtrée empêchant d’apprendre sur le reste du monde. L’autre week-end de «journée internationale des musées», j’ai vu une foule cherchant à accéder au zoo de Tsimbazaza, mais personne ne songeant à faire ouvrir le musée de paléontologie : les gens préfèrent sans doute encore admirer vivants les makis en voie de disparition plutôt que défiler silencieusement devant les ossements fossiles des dinosaures éteints ou les corps taxidermisés de plusieurs espèces endémiques. Et les Malgaches voient sans doute leurs salles de cinéma transformées en tribune pour évangélistes, mais, quoiqu’inciviques, ils n’ont pas à craindre de devenir de mauvais citoyens à «zéro crédit» interdits de tout.