Blog

26. août, 2020

VANF ANTRANONKALA : Ce n’est pas «ça», le foot

 

Le Bayern Munich est champion d’Europe. Trop confiantes dans les promesses du Paris Saint-Germain, les autorités parisiennes avaient réservé les Champs-Élysées aux piétons censés y célébrer, joyeusement donc et massivement surtout, le sacre tant espéré. Au lieu d’une fête, ce fut le saccage. 

Quand on voit les images de «jeunes» incendiant des voitures, détruisant le mobilier urbain, brisant les devantures, on se dit que ça ne peut pas être du foot. Le chauvinisme footballistique était censé servir de succédané au bellicisme des nations : les déplacements incessants de milliers de supporters d’un stade à un autre, d’une ville à une autre, d’un pays à un autre, ont tissé la dense trame de la construction européenne, mieux que tous les discours des «pères-fondateurs». 

«Il leur faudrait une bonne guerre» : avant et après le Heysel (39 morts et 454 blessés avant la finale de C1, le 29 mai 1985), les hooligans ont continué de se servir des rivalités sportives pour conjurer complexes de l’Ego et frustrations du Soi. Violences gratuites qui décidèrent L’UEFA à bannir les clubs anglais de toutes les coupes d’Europe pendant cinq saisons. 

Sanction exemplaire qui mit à l’index la horde sauvage des hooligans, tracée comme de dangereux terroristes. Instruit de ce précédent, on ne comprend pas que le vandalisme soit excusé au nom du mal-être de «sauvageons» et que la racaille passe par une cellule psychologique plutôt que d’atterrir direct à la case perpétuité.

28. avr., 2020

VANF ANTRANONKALA : La leçon coréenne

La Corée du Sud est aujourd’hui donnée en modèle de la lutte contre le coronavirus. La ROK a surtout tiré les leçons de la mauvaise gouvernance lors de la crise du MERS 2015 : les kits de dépistage fabriqués par les entreprises privées ont cette fois fait l’économie des longues et fastidieuses procédures administratives d’homologation. Trois jours après son homologation, le kit de dépistage était déjà disponible dans 50 cliniques.

Réactivité industrielle. Réactivité technologique également d’un E-pays : une application pour Android et iOS, nommée «protection et sécurité en quarantaine volontaire» a été développée. Les utilisateurs peuvent entrer directement en contact avec les autorités sanitaires et rendre compte de l’évolution de leur état de santé. L’application permettant la localisation constante de l’usager, la violation de la quarantaine est punie de 2500 USD.

Réactivité et détermination. C’est bien le dépistage rapide, massif et gratuit, 357.986 tests entre le 21 février et le 25 mars 2020, qui a permis d’endiguer l’épidémie, contenue à moins de 10.000 cas et moins de 200 morts au 2 avril 2020. L’inventaire, le dépistage systématique et le traçage des 210.000 membres de la secte Shincheonji, dont on saura rapidement que des membres de sa branche secrète à Wuhan s’étaient rendus à Daegu, auront également permis de circonscrire la propagation.   

La Corée du Sud n’a pas appliqué de confinement général : jusqu’au 16 mars encore, après la découverte d’un nouveau foyer à Seongnam, les autorités ont juste demandé qu’on évite les grands rassemblements, religieux, sportifs ou culturels ; c’est seulement le 22 mars que fut instauré le contrôle systématique à l’aéroport des voyageurs en provenance d’Europe ; n’étaient assignés à résidence en isolement que les patients à traiter et ne furent mis en quarantaine collective que Daegu et Seongnam.

Un rare bémol concerne l’éternel débat de la protection de la vie privée en période exceptionnelle. Le site web de la KCDC (Korea Center for Disease Control and Prevention) divulguait tous les détails d’une personne contaminée, même sans citer directement son nom. Le traçage exhaustif des cas suspects exigeait également l’accès aux données personnelles sur smartphone ou sur carte bancaire. 

31 décembre 2019 : La Chine annonce le Codiv-19

20 janvier 2020 : premier cas confirmé en Corée du Sud

31 janvier 2020 : les 700 Sud-Coréens rapatriés de Wuhan sont placés en isolement

4 février 2020 : l’entreprise coréenne Kogene Biotech développe un kit de dépistage, rapidement homologué et aussitôt mis en production. Ce kit permet de connaître le résultat en six heures.

18 février 2020 : Le «Patient 31» est testé positif. On suppose que cette femme, au contact de 1100 personnes de la secte Shincheonji, est à l’origine de la propagation du coronavirus dans la ville de Daegu (2,5 millions d’habitants). 

21 février 2020 : 16.196 habitants de Daegu ont été testés.

22 février 2020 : 10.000 membres de la secte Shincheonji sont testés et leur itinéraire retracé par l’accès aux données des smartphones et des cartes bancaires.

25 février 2020 : Le Gouvernement obtient la liste des 210.000 membres de la secte. Leur état de santé est contrôlé en permanence via une application sur smartphone.

26 février 2020 : Début des tests drive-through à bord des véhicules. Les résultats sont envoyés par SMS. Cette méthode permet de tester 10 personnes en une heure et 40 points de drive-through existaient dans tout le pays au bout d’un mois. 

29 février 2020 : Instauration de la «distanciation sociale»

1er mars 2020 : L’État porte plainte contre le gourou de la secte Shincheonji pour meurtres et violation de la législation sur le contrôle des maladies

2 mars 2020 : La poste coréenne commence la distribution de 650.000 masques via ses 1406 bureaux. Chaque client peut en acheter cinq pour le prix unitaire de 0,81 USD. La Corée du Sud peut fabriquer 10 millions de masques par jour.

15. avr., 2020

Dans une chronique du 30 janvier 2020, «Alerte OMS au Coronavirus», je m’étonnais qu’il ait fallu «un mois et 170 morts en Chine, 7.000 contaminés dans une douzaine de pays» pour que l’Organisation mondiale de la santé déclare une «urgence de santé publique mondiale».

C’est bien ce que l’administration américaine reproche aujourd’hui à l’OMS : des pays ont tardé à prendre des mesures drastiques sur la base d’un jugement inexact de l’OMS. Le 14 janvier 2020, l’organisation mondiale déclarait encore qu’il n’y a pas de preuve d’une transmission entre humains. Alors que le 31 décembre 2019, le même jour où la Chine informait l’OMS de l’épidémie en cours à Wuhan, Taïwan notifiait l’OMS d’une possible transmission entre humains sur la base de contaminations parmi le personnel médical de Wuhan. D’ailleurs, dès ce 31 décembre, Taïwan imposait des contrôles sanitaires à bord des avions en provenance de Wuhan. Le 6 janvier, le gouvernement de l’île rendait obligatoire le port de masque N95 (norme FFP2 en Europe) pour le personnel soignant.

En 1949, fuyant devant les troupes victorieuses de Mao Tsé-Toung (1893-1976), Tchang Kaï-chek (1887-1975) se réfugie sur l’île de Taïwan. C’était grâce à lui, Tchang Kaï-chek, que la Chine put figurer aux côtés des vainqueurs de la seconde guerre mondiale, et siéger au Conseil de sécurité des Nations Unies. Mais, en 1971, l’île de Formose sera exclue de l’ONU au profit de la Chine. Même avec les États-Unis, les relations officielles ont cessé en 1979, l’entretien téléphonique entre Donald Trump et la présidente Tsai Ing-wen, en 2016, étant une exception dont on ne sait s’il créera un précédent. 

Taiwan (23.807.108 habitants sur 35.410 km2) figure parmi les "meilleurs élèves" de la lutte contre le coronavirus. Malgré sa quadruple proximité, géographique et démographique, culturelle et économique, avec la Chine, et plus largement la Corée du Sud, le Japon, le Vietnam et Singapour, l’île ne compte que 380 cas pour 5 morts et 80 guérisons. Son exclusion de l’OMS l’empêche pourtant de faire partager au reste du monde les méthodes et les moyens de sa réussite face à Covid-19.

Et ce jeudi 9 avril 2020, Taïwan exigeait des excuses pour diffamation de Tedros Adhanom Ghebreyesus, le Directeur Général de l’OMS, qui accuse le gouvernement taïwanais d’encourager sa population à attaquer la gestion de l’épidémie de coronavirus par l’OMS. Si jamais cette pandémie, déclarée le 11 mars, provoquait la pire hécatombe sanitaire de l’histoire de l’Humanité, et que la meilleure stratégie contre le coronavirus demeure ignorée, et ce seront des excuses tout court que le monde exigera de l’OMS.

14. avr., 2020

Comment fait le Vietnam, pour n’avoir pas un seul mort de coronavirus, depuis le premier cas déclaré le 23 janvier 2020 ? Pourtant, le pays partage une frontière avec la Chine, compte 37.426 étudiants en Corée du Sud, et la fête du Tet avait pu occasionner de grands mouvements de populations.

Les pays asiatiques, cités aujourd’hui en exemple dans la lutte contre le coronavirus, avaient expérimenté le SRAS en 2003 : Chine 5.329 cas, 336 morts ; Hong Kong 1.750 cas, 286 morts ; Taïwan 686 cas, 81 morts ; Singapour 205 cas, 28 morts ; Vietnam 63 cas, 5 morts.

Ces mêmes pays ont adopté des stratégies diverses s’agissant de la question du test au Covid-19 :

Hong Kong : 7,5 millions habitants, 96.709 tests (ratio de 12,9 pour 1000 habitants), 1.001 cas, 4 morts

Singapour : 5,8 millions habitants, 72.680 tests (12,4/1000), 2.299 cas, 8 morts

Corée du Sud : 51,2 millions habitants, 510.479 tests (9,9/1000), 10.480 cas, 211 morts

Taiwan, 23,8 millions habitants, 45.436 tests (1,9/1000), 385 cas, 6 morts

Vietnam : 97,1 millions habitants, 118.807 tests (1,2/1000), 258 cas, 0 mort

 

Le Vietnam a axé son action sur la quarantaine stricte des personnes contaminées et l’inventaire des contacts directs et directs : combien de personnes auraient pu être en contact avec les malades ? quelles sont les personnes revenant d’un pays à risque ? Ce fut l’exemple de la traçabilité autour du «Patient 17» : une jeune femme de 26 ans, de retour d’Europe sur le vol VN0054, qui a eu 130 personnes en contact direct avec elle et 226 autres personnes en contact indirect. Les 130 personnes ont été directement placées en quarantaine. 

Bien que régime communiste à parti unique, le Vietnam aurait su ménager un espace d’expression libre. Cette transparence a permis de s’assurer la confiance de la population, et sa coopération spontanée. Le concept de self-responsabilité et de responsabilité collective ne laisse aucune chance aux réfractaires : ceux qui prétendent échapper à leur quarantaine sont montrés du doigt sur les réseaux sociaux. Les Vietnamiens acceptent qu’on impose des limites aux libertés individuelles quand il s’agit de protéger la santé publique. Jusqu’à dévoiler l’identité et le parcours des personnes à risques.

Ici s’inscrit la frontière entre régime autoritaire (manque de transparence reproché à la Chine dès le départ, mais efficacité reconnue du top-down en temps de crise, possibilité d’intrusion dans la vie privée à des fins de traçabilité) et gouvernement démocratique (mollesse à faire respecter le confinement, liberté d’aller et venir maintenue, pas d’intrusion dans les données privées informatiques).

Certaines actions énergiques n’auraient pas pu être le fait des démocraties parlementaires occidentales : 5.000 travailleurs chinois, partis fêter le Tet chez eux, furent mis en quarantaine à leur retour au Vietnam ; le 25 février, 4.000 travailleurs Vietnamiens en Corée du Sud, avaient été interdits de retour au Vietnam.

Dans un pays sous-développé comme Madagascar, le fait que la population sait à quoi s’en tenir (manque flagrant de moyens et carence bien connue du système de santé) peut aider à sa prise de conscience. Le confinement se heurte néanmoins à la nécessité d’une survie au jour le jour tandis que l’indiscipline notoire offre le spectacle de grands départs sans précaution rigoureuse ni traçabilité exhaustive. Quelle «distanciation sociale» peut être respectée entre des voyageurs qui vont faire ensemble 1000 kilomètres, pendant plusieurs longues heures, dans la promiscuité d’un taxi-brousse ?

Le «meilleur score» du Vietnam (zéro mort au 11 avril 2020) par rapport aux autres pays référence d’Asie peut justement tenir à une promiscuité moindre : Vietnam (292 hab/km2) contre Corée du Sud (508 hab/km2), Taïwan (663 hab/km2), Hong Kong (6.793 hab/km2) et Singapour (8.169 hab/km2). C’est Hanoï, avec ses 8 millions d’habitants, qui approche la densité démographique de Taïwan, Hong Kong et Singapour.

Il n’y a pas de formule unique face l’équation Covid-19 à plusieurs inconnues. Mais, il y a des leçons à prendre, et apprendre, des pays asiatiques qui contiennent au mieux l’épidémie de coronavirus.

CHRONO :

23-29 janvier 2020 : fête du Tel, le Nouvel An lunaire

23 janvier : premier cas de coronavirus au Vietnam : un visiteur Chinois originaire de Wuhan qui venait rendre visite à son fils habitant Ho Chi Minh Ville

1er février : le Vietnam suspendait les vols en provenance et à destination de la Chine

13 février : le Vietnam bouclait une partie de la province de Vinh Phuc avec ses 10.000 habitants. Le traçage des personnes contaminées avait permis d’établir le lien avec le retour de Wuhan de certains travailleurs

16 mars : test à l’arrivée des vols internationaux, quarantaine obligatoire de quinze jours pour les personnes saines, isolement strict des personnes malades

22 mars : suspension des vols internationaux

27 mars : arrêt des vols domestiques, interdiction de se réunir à plus de 20 en intérieur et 10 en extérieur

1er avril : confinement général jusqu’au 15 avril. «Chaque maison, chaque village, chaque commune, chaque région, chaque province, en self-confinement»

 

11. mars, 2020

VANF ANTRANONKALA  : Je Ne Suis Pas Un Virus

Le coronavirus sans frontières a ravivé les frontières dans le village planétaire. Avec son lot de racisme ordinaire. Déjà, le dimanche 26 janvier 2020, Le Courrier Picard avait osé titrer en Une : «Alerte jaune» (aussitôt suivi d’excuses en ligne dès l’après-midi). 

Les éditoriaux sur «Le péril jaune» sont «au frigo», et à l’encre sympathique, dans la tête de ceux qui ont toujours eu peur que l’Asie ne surpasse l’Europe. Avec la Chine devenue «usine du monde» et la Corée du Sud à son tour à la pointe des innovations technologiques, le danger de voir les peuples d’Asie gouverner le monde devient facilement une psychose occidentale. Une vieille peur qui remonte à la douloureuse révélation de la défaite navale russe de 1904 face à la marine japonaise.

Dès cette époque, Austin de Croze se demandait : «Le Japon en Corée ? Et pourquoi non ? N’est-il pas en droit de répondre : Et vous en Tunisie ? Et vous à Madagascar ? Et vous au Tonkin ? Et les Anglais en Égypte, au Transvaal ?» (Péril jaune et Japon, 1904, p.23). «Péril jaune, peur blanche» (Jacques Decornoy, Grasset, 1970) : presque un générique. C’est qu’ils sont capables de tout ces «Jaunes» : Pearl Harbor (1941), Dien Bien Phu (1954)...

La communauté asiatique de France avait réagi en postant le mot-dièse : #JeNeSuisPasUnVirus. Et pour cause ! Le «péril jaune» dépense 1450 euros par personne et par jour hors transport quand il se rend en France. En 2018, 2,2 millions de Chinois s’étaient rendus en France, dépensant 4 milliards euros, soit 7% de la recette touristique. Rien que pour les festivités du Nouvel An chinois (25 janvier au 8 février 2020), les ventes détaxées des touristes chinois devaient représenter 10% du total de leurs dépenses annuelles. Une manne, un péril d’or jaune.