17. mars, 2014

Chronique de VANF: avocat du diable

Dans une civilisation du verbe, comme l’est notre société malgache, le silence est peut-être digne, mais il n’en demeure pas moins inaudible face à des gesticulations sonores. Le scrupule républicain fait sans doute très démocrate, mais il passera pour de la faiblesse à force. Le discours de la «rupture» avait suscité une dynamique : au pire, du moindre mal ; dans l’idéal, d’un enthousiasme qui se perd en incompréhension à force de vaine attente. Alors, au risque de scandaliser, pendant que tout le monde raille et moque la dernière sortie médiatique de l’ancien président de la HAT (Haute Autorité de la Transition), je vais m’essayer à jouer l’avocat du diable.

 

1. Il maîtrise la communication de sa propre image bien que la Transition ait été clairement catastrophique : sur le plan économique (il suffit de compter ces innombrables marchands, poussés dans les rues de la Capitale après les fermetures successives de sociétés et d’industries) ; sur le plan moral (on ne dénoncera jamais assez le scandale du bois de rose et ses fortunes rapides et durables, ni l’inimaginable spectacle de ces sous-officiers insultant un vice-amiral ou de ces soldats de troupe malmenant les généraux censés être les plus anciens dans le grade le plus élevé, le 17 mars 2009, sans oublier les reniements successifs de la parole donnée et de la signature apposée) ; sur le plan du «changement» tant annoncé sur la Place du 13 mai en 2009 qui aura réussi à faire regretter le monopole et le verrouillage dénoncés chez Marc Ravalomanana (médias de l’opposition maintenus fermés malgré les dispositions de la Feuille de route, référendum unilatéral en 2010, création d’une sorte de milice privée avec la FIS). Le jour de l’investiture du nouveau Président de la République, il aura réussi à éclipser un élu trop complaisant, coupable de s’être rendu complice de cette passation rocambolesque d’une grande clé inventée de toutes pièces. Et, alors que tout le pays doute systématiquement de ce qu’il faut penser du moindre article de la Constitution concernant la nomination du Premier Ministre et des relations entre le Chef de l’État et le Chef du Gouvernement, le voilà qui se présenterait presque en victime, snobée dès la campagne du premier tour des présidentielles, et en martyr, vindicatif dans l’entre-deux tours.

 

2. Il aura su faire diversion. Un an avant l’officialisation de la plate-forme qui allait devenir le Mapar, c’est-à-dire au second semestre 2012, son entourage épuisait déjà la logique d’une Constitution de facto à laquelle personne ne croyait. En 2009, une petite foule avait pu passer pour le peuple malgache ; en 2010, c’est une Constitution, dont personne n’aura pris le soin de consulter les incohérences internes, qui sort des urnes ; en 2013, un scrutin de sortie de crise allait subrepticement devenir l’élection du premier Président de la Quatrième République. Pendant tout ce temps, ce qui lui tenait lieu d’opposition avait été habilement hypnotisée sur un choix déjà évacué : «ni...ni» ou «et...et». Résumons : une Constitution adoptée presque sans qu’on y fasse attention, des articles que tout le monde découvrira trop tard, un rapport de forces auquel personne ne s’est préparé, une assemblée nationale dont on avait oublié les députés à géométrie variable, une majorité de l’esprit sans candidatures à l’échelle nationale. On avait parlé de parenthèse s’agissant de la HAT, la suite emprunte encore l’ambiguïté des trois points de suspension...