9. févr., 2015

CHRONIQUE DE VANF: tenue correctement malgache

On peut être «correct» et s’habiller différemment. Pour preuve, deux présentations récentes de Gouvernement à l’étranger. En Indonésie, l’équipe du nouveau Président de la République Joko Widodo était apparue en bras de chemise, sans veste ni cravate. En Grèce, le Premier Ministre Alexis Tsipras a pris ses fonctions en veste sombre, chemise blanche, mais pas de cravate.

 

Les Indonésiens peuvent régulièrement arborer une tenue que le monde entier reconnaît comme leur, la chemise batik. C’est ainsi que, lors du Sommet 2013 de l’APEC (sommet de coopération pour l’Asie-Pacifique), qui s’était tenu à Bali (Indonésie), on avait pu voir le Russe Vladimir Poutine, l’Américain John Kerry, ou le Chinois Xi Jinping porter, avec plus ou moins de bonheur, une chemise indonésienne.

 

C’est une tradition du Sommet de l’APEC de poser en photo de groupe vêtus d’une tenue traditionnelle locale. Sauf à Honolulu, en 2011, où Barack Obama avait demandé à ce qu’il n’y ait pas de tenue traditionnelle ; et en 2010, au Japon, où le dress-code spécifiait «chic et décontracté», tout le monde arborant alors le costume convenu, veste-chemise-cravate. Si pareille tradition était instaurée lors des sommets internationaux organisées à Madagascar (la Francophonie, par exemple), on se demande déjà quel costume traditionnel serait proposé par le protocole. Le dilemme de notre archipel ethnique pourrait se résoudre en laissant les invités étrangers choisir librement parmi les tenues merina, betsileo, sakalava, antemoro, antandroy, etc.

 

S’agissant du Grec Tsipras, homme de la gauche radicale, ne pas mettre de cravate envoie le même message de «rupture» que le fait de ne pas prêter serment devant le patriarche orthodoxe d’Athènes. En Indonésie, pays de climat équatorial chaud et humide, il semble autrement plus instinctif, infiniment plus simple, tellement plus confortable, de ne pas s’engoncer dans un costume de Savile Row (célèbre rue de Londres où se regroupent les tailleurs du «bespoke», costumes sur mesure de très haut de gamme) quand la température se stabilise à 30°C toute l’année.

 

Je me suis amusé à collationner quelques invitations reçues : «tenue correcte» (10ème anniversaire du CEDS), «tenue de ville» (Résidence de France), «tenue traditionnelle» (Miss Earth), «tenue bling-bling» (Ladies’Circle). À chaque fois, je me perds en conjectures sur la définition réelle de chacune de ces tenues et sur le degré d’expertise ou de susceptibilité des préposés à l’entrée qui sont censés filtrer les invités. Finalement, à part la «tenue numéro 1», que les militaires auront eu la prudence de codifier très précisément, l’essentiel réside dans un double respect : de soi-même et des gens dont on honore l’invitation. L’ambassadeur Henri Raharijaona se plaisait à raconter la mésaventure de cette délégation africaine se présentant en «tenue traditionnelle» à quelque invitation new-yorkaise : en petite tenue léopard sous un froid très éloigné de la canicule de la savane...

 

Si les plus hautes autorités malgaches daignaient s’habiller autrement qu’en veste-chemise-cravate, les stylistes locaux se verraient offrir une chance de magnifier les produits de l’artisanat : que le «lamba» connaisse des déclinaisons originales sans nécessairement verser dans l’exubérance qui fatigue vite passé l’effet de surprise ; que le «satroka ahibano» se hisse au niveau du «panama» authentiquement Made in Ecuador ; bref, qu’on puisse allier élégance un peu patriotique et confort des meilleurs matériaux adaptés aux conditions climatiques de nos tropiques.