28. août, 2015

CHRONIQUE DE VANF: apprendre de chaque leçon électorale

Encore une fois, mais serons-nous plus écoutés que toutes les fois précédentes, il faut apprendre des dernières élections.

 

Au niveau des résultats, pourquoi les commentateurs ont-ils pris, presque naturellement, le score du TIM comme étalon, dans la Capitale Antananarivo et sa province ? Présenter le score du TIM, plus modeste que prévu, sur le mode de la déception, doit être compris des deux côtés : Marc Ravalomanana doit apprendre que la magie de l’homme providentiel a ses limites ; Hery Rajaonarimampianina doit réaliser le paradoxe d’une légitimité issue des élections présidentielles qui ne joue encore qu’à moitié, et d’ailleurs plutôt à moitié pleine qu’à moitié vide, puisque si elle fonctionne comme repoussoir contre les vrais auteurs du coup d’État de 2009, elle se relativise vite dès que se présente la possibilité d’une alternative crédible.

 

Pour ce qui est de l’organisation, la liste électorale est tout simplement indigne du 21ème siècle : des oubliés, des doublons, et sans doute des morts en sursis, autant d’anomalies que seule la tout-informatisation, en amont, pendant et en aval, peut nous éviter. Le recensement général de la population, la tenue de l’état-civil et l’établissement de la liste électorale doivent être informatisés ; la carte électorale serait la carte d’identité nationale biométrique ; et le vote pourrait être électronique avec une évolution à la seconde et à la voix près, pour une proclamation immédiate, comme dans les scrutins d’assemblées.

 

Quant au délai, il est intolérable en 2015 d’attendre dix jours entre le vote et la proclamation des résultats. Cet ajournement, dont malheureusement les régimes successifs ont fait leur méthode de travail, est absurde en cette époque d’instantanéité. Pour la Ville d’Antananarivo, par exemple, aussitôt que les voix étaient (laborieusement) décomptées, parfois à la lueur d’une bougie, il était possible pour les réseaux sociaux de procéder à des additions artisanales et d’en faire large diffusion, sans plus attendre l’officialisation (tardive) d’une commission ou d’un tribunal. Pour un scrutin du vendredi, les journaux du samedi matin doivent être en mesure de porter à la connaissance du public le résultat consolidé sur Antananarivo-Ville. Trop attendre pour officialiser ce qui serait impensable à inverser, expose nécessairement à la suspicion et à la méfiance. C’est dans cette parenthèse de prétendument «incertitudes» que les fauteurs de troubles trouvent écho à leurs insinuations. Il est d’autant plus incompréhensible, puisque contre-productif, en ce qui concerne un scrutin à Antananarivo-Ville que le total ne soit pas le plus vite possible disponible, en août 2015 ou en décembre 2013, alors que depuis l’an 2000, toutes les administrations précédentes s’enorguillissaient de collecter vite, compiler rapidement, et publier le plus tôt possible les chiffres exhaustifs des six arrondissements d’Antananarivo, fièrement affichés sur un tableau à la «Coupole» du Ministère de l’Intérieur.

 

Pour expliquer ce qui peut déjà passer pour inexplicable, je reprends des passages d’une précédente Chronique, «La théorie du choc psychologique» (Chronique VANF, 28.10.2013) : «Tout le monde attend les résultats de la Capitale. Aux dernières élections présidentielles de novembre 2001, les résultats officieux pour les six arrondissements (Soarano, Ambanidia, Antaninandro, Andrefan’Ambohijanahary, Ambatomainty, Anosisoa) étaient publiés dès le lendemain dans les journaux, avec des différences infimes avec les futurs résultats officiels. Le «raz-de-marée» réalisé alors par Marc Ravalomanana sur Tana-Ville allait soulever un enthousiasme sans pareil chez ses partisans qui acceptèrent difficilement que ce score initial s’amenuise au fur et à mesure de l’arrivée des résultats provenant des autres Fivondronana de la province d’Antananarivo et des autres provinces. Cette lente érosion, tout à fait logique au vu du rapport des forces de l’époque, allait cependant servir de prétexte pour canaliser progressivement leurs supporters dans une logique, justement, de confrontation. On peut supposer, pour expliquer ce retard dans la publication des résultats de Tana-Ville, par un refus tactique de créer le même choc psychologique qu’en 2001 : que les supporters ne s’exaltent pas trop d’une «victoire», qui reste partielle, et ne connaissent pas une déception, inversement proportionnelle, qui risque de dégénérer en schéma 2001. Il fallait absolument éviter le seuil psychologique d’un «premier tour dia vita» (élection dès le premier tour) en diluant les résultats de la Capitale dans une récapitulation nationale. La seule solution, c’est l’immédiateté des résultats, en s’appuyant sur tous les moyens de la technologie moderne (liste électorale numérisée, carte électorale électronique, transmission immédiate à haut débit Internet)».