21. déc., 2015

CHRONIQUE DE VANF: mesures conservatoires

Non, je ne fais certainement pas d’amalgame. Je prends systématiquement la précaution de distinguer «islam» et «islamisme», «croyants» et «fanatiques». Et, les archives de la Chronique faisant foi, je n’ai jamais stigmatisé les musulmans (ou les hindous), dont certains, établis à Madagascar depuis le XVIIIème siècle, sont naturellement éligibles à la nationalité malgache, comme je l’ai maintes fois suggéré.

 

Presque au hasard, une vieille Chronique du 02 août 2012, que j’avais intitulée «Les Karana au Fivmpama», mais que j’aurais tout aussi bien appeler «Ce pays est le vôtre», m’adressant aux musulmans et hindous d’origine indienne, dont les ancêtres firent le choix de s’établir définitivement à Madagascar, voilà déjà trois siècles, bien avant la création du Pakistan, suite à la partition religieuse du sub-continent indien.

 

(Début de citation) : « les « Karana » ne viennent pas de Bombay mais en très grand majorité de la presqu’île de Kathjawar et plus largement du district du Gujerat, qui autrefois faisait partie du sultanat de Baroda. Les Karana sont tous d’origine indienne du point de vue géographique, culturel, linguistique et même historique» (Sophie Blanchy, « Karana et Banians : les communautés commerçantes d’origine indienne à Madagascar, L’Harmattan, 1995, page 194). Si le Fivmpama regroupe globalement des PME (Petites et Moyennes Entreprises), les Karana, acteurs majeurs et incontournables de l’économie malgache, et dont certains sont à la tête de formidables groupes, sont-ils éligibles au Fivmpama ?

 

Au-delà du Fivmpama, c’est bien la société malgache qui est questionnée. Bien que le peuplement de Madagascar reste « la plus belle énigme du monde », on sait, par les études historiques, archéologiques, anthropologiques ou linguistiques, que nos ancêtres viennent d’ailleurs. A des époques différentes. D’où cette question : à partir de quand devient-on « Malagasy » ? Mieux, à partir de combien de générations vous accepte-t-on comme « Malagasy » ?

 

Musulmans ou Hindous, les Akbaraly, Barday, Bouka, Hiridjee, Ismaïl, Amiraly, Asgaraly, Ismael, Molou, Rajabali, Pala, Abassbay, etc., sont-ils, désormais, des « Malagasy » ? Nés à Madagascar, d’aïeux eux-mêmes nés et enterrés à Madagascar, remplissent-ils enfin des conditions que d’ailleurs personne n’a jamais définies ? Comment les « tompon-tany » (les propriétaires de la terre, terme qu’on doit rapprocher du bumiputra malais) doivent-ils comprendre la fierté d’un Mohib Pirbay, accompagnant sa fille étudiante à Harvard, et qui revendique dans une interview : « Nous sommes de Madagascar » ? (fin de citation, d’une vieille Chronique de 2012).

 

Cette précaution oratoire prise, comme dans tout discours malgache qui se respecte et qui évacue d’abord le «Tsiny», revenons à l’actualité qui nous interpelle depuis les attentats à Paris, les ramifications à Saint-Jean Molenbeck de Bruxelles, et l’ordinaire des exactions barbares des imbéciles de Daesh. Il se trouve que c’est dans la religion musulmane que ces fanatiques enragés puisent la justification de leurs actes et que c’est au nom d’Allah qu’ils décapitent devant caméra, qu’ils saccagent le patrimoine de l’UNESCO et qu’ils insultent les autres religions.

 

Tout au long de mes dix ans d’études chez les Jésuites, j’ai, bon gré mal gré, suivi deux heures hebdomadaires de cours de religion, surtout de l’Évangile selon Saint-Mathieu. Le nom de mon arrière-arrière-grand-père est gravé dans le marbre d’une plaque en honneur des fondateurs du temple protestant d’Ambohidratrimo, en 1878. Disons que, pour le moins, la chose chrétienne ne m’est pas tout à fait étrangère. Le peu que je sache de l’islam, je l’ai découvert à des UV (unité de valeur) dans certaine université parisienne. Ce n’est donc pas à moi d’expliquer aux musulmans ce qu’est leur religion, son histoire, sa philosophie, ses variantes. Mais, si les mots de «Clémence» et de «Miséricorde», que l’islam associe à Allah, ont encore un sens, je sais que ce n’est pas l’intolérance à éradiquer du «Dar el-islam» les synagogues juives, les chapelles catholiques, les temples protestants, les statues de Bouddha, les sanctuaires de Confucius. Le reste, «la vérité» vraie de l’authentique islam, je laisse aux musulmans le soin de raisonner les islamistes.

 

Si les modérés de l’islam échouent à convaincre leurs coreligionnaires fanatiques, le citoyen que je suis attend du «Fanjakana» que toutes les mesures conservatoires soient prises, sans complaisance, sans politiquement correct, sans angélisme, pour protéger le modèle de société qui a toujours été le mien, celui de mes parents, celui de mes aïeux : une société de mixité entre hommes et femmes, que ce soit dans la famille, à l’école, à l’université, au travail, dans la rue, à la terrasse d’un café, à la plage ; une société qui accorde la même instruction et les mêmes perspectives aux filles et aux garçons ; une société qui ne fait pas se promener dans l’espace public des silhouettes inquiétantes de femmes entièrement voilées ; une société qui n’impose aucune religion, qui n’oblige pas à prier un quelconque dieu, qui ne pénalise ni le scepticisme ni l’athéisme ; une société qui accorde la prééminence aux savants et aux sachants sur les prophètes et les disciples ;  une société qui se fie à la science, qui encourage les arts, qui a la curiosité des humanités oecuméniques.