8. mai, 2018

Chronique de Vanf : exceptionnelle constance dans la bêtise

On ne videra pas la Place du 13 mai d’opposants sans grande imagination tant que, de son côté, le pouvoir remplit toutes les conditions d’aveuglément-surdité. 1972, 1991, 2002, 2009 n’ont valu rien de bon à ce pays. Cependant, cas unique de débilité politique, la classe politique malgache, en une alternance consternante dans la bêtise, choisit immanquablement d’en passer par la case «13 mai» pour relancer la machine à fabriquer les indispensables martyrs d’une révolution toujours dévoyée d’avance.  

 Quand des avertissements adressés en 1991, 2002, 2009, demeurent valables en 2018, c’est que personne n’a décidément rien appris de l’histoire : ni les dirigeants qui se croient tout permis, ni les opposants d’aujourd’hui qui n’étaient jamais que les gouvernants d’hier, ni la population toujours aussi crédule. 

 «Le politique est toujours un ambitieux, il aspire à la puissance parce que l’action politique comporte, par essence, en tant que relation interhumaine, un élément de puissance. Mais, le grand politique veut la puissance non pour elle-même mais afin d’accomplir une oeuvre» (Raymond Aron, Paix et guerre entre les nations, éditions Calmann-Lévy, 1984, p.99).

 Cette ambition pour accomplir une oeuvre, aucun des deux signataires de l’accord de Dakar, le 18 avril 2002, n’avait su s’en montrer à la hauteur : «À s’être trop embrassés à Dakar, il ne faut pas que Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana soient étreints par le marteau et l’enclume de leurs partisans (Chronique VANF, 19 avril 2002). On se souvient que, dès le 29 avril 2002, l’arrêt d’une Haute Cour Constitutionnelle autrement composée vidait cet accord politique de toute sa dimension consensuelle. Il ne faut pas oublier non plus, que dès le 18 avril, le gouvernement de facto avait signifié sa réticence à s’en tenir à l’esprit de l’accord sans que le supposé chef ait pu ramener les siens à la raison.

 Finalement, en bientôt sept décennies d’apprentissage de la démocratie, nous n’aurons pas fait mieux que la Charade de Jacques Prévert. Le roi : «Fais-moi rire, bouffon». Le bouffon : «Sire, votre premier ministre est un imbécile, votre second ministre un idiot, votre troisième ministre un crétin, votre quatrième ministre...». Le roi (saisi de grande hilarité) : «Arrête bouffon, et dis-moi la solution». Le Bouffon : «La solution, Sire : vous êtes le roi des cons» (Jacques Prévert, Charade dans Choses et autres, éditions Gallimard, 1972, p.122).

 Plutôt qu’un scribe qui écrive des discours, il faudrait dans l’entourage du pouvoir un clerc lecteur pour passer en revue les leçons de l’histoire et aider à redécouvrir les grands empathiques de l’Humanité. Un minimum de compassion envers la population peut éviter d’acculer régulièrement cette dernière à des actes de desespoir, comme de se sacrifier pour la cause de politiciens pas plus crédibles que ceux qu’ils dénoncent.   

 «La politique ne peut créer de l’amitié et de l’affection. Il faut même cesser de croire que le but de la politique soit le bonheur. Elle peut et se doit d’éliminer les causes publiques de malheur (guerre, famine, persécution), mais ne peut engendrer le bonheur. Elle doit donc viser non pas à créer les conditions du bonheur, qui lui échappent, mais favoriser et faciliter la possibilité pour chacun de jouir des qualités de la vie, c’est-à-dire vivre poétiquement» (Edgar Morin, La voie, éditions Fayard, 2011, pp.64-65).

 En post-scriptum, les habituelles Chroniques d’hier qui étaient déjà de demain, c’est-à-dire aujourd’hui. Comme si le temps s’était arrêté et que nous tournions en rond dans un cycle de moins en moins vertueux. 

 (Chronique VANF, 16 mars 1998, En finir avec le 13 mai,) : Une manifestation de rue, dans un pays sous-développé, devient vite une caricature de la bêtise humaine ! L’intelligence du macadam chez une nation encore obnubilée par les produits de première nécessité, autodaffe des milliers d’actes d’état-civil en signe de protestation contre un Président finissant. Quand on est capable d’incendier un Hôtel de Ville, comment s’étonner que le palais d’Andafiavaratra parte en fumée quatre ans plus tard, et comment croire que la frustration pyromaniaque puisse épargner le Rova ? 

 (Chronique VANF, 10 juin 2005, Ces choses qui ne se font pas) : Comment donc s’occuper de ses ennemis et se garder très personnellement de ses amis. Il faut se ménager une distance sans se couper de la réalité, maintenir des fusibles intermédiaires pour éviter le court-circuit au sommet et arrêter de s’idolâtrer dans le miroir du narcissisme. Il y a des choses qui ne se font pas. Comme de croire qu’on peut s’aliéner tout le monde. Ou de préférer s’entourer d’une clientèle opportuniste et courtisane plutôt que de s’attacher les services d’Aristarques qui savent garder une lucidité de jugement et une liberté de parole.

 (Chronique VANF, 20 décembre 2001, Pas de 13 mai ter repetita) : Partout, à la campagne comme en ville, la population n’écoute majoritairement plus que les radios dédiées à l’opposition. C’est la faute d’un ministère de l’information incapable de mettre à jour les méthodes et la philosophie d’une radio nationale délaissée et discréditée. Ce qui est infiniment malheureux, c’est que la population, zappant d’un son de cloche légitimiste passe à un autre son de cloche contestataire. Entre les deux radicalisations, il n’y a guère de place pour la réflexion, l’analyse et la critique.