26. févr., 2019

Chronique de Vanf : en lisière de la civilisation : au-delà, la barbarie !

Il est tout de même assez sidérant d’entendre une Mairie, en l’occurrence celle de la Ville de Toliara, devoir rappeler qu’il est interdit de vendre un trottoir. Moi-même, j’avais cru mal lire : l’interdiction concerne bien, non seulement la vente SUR le trottoir, mais également la vente même du trottoir et de la chaussée. 

 Par quel toboggan moral avions-nous donc dégringolé aussi bas ? Qu’on en arrive, très sérieusement et très officiellement, à mettre en garde ceux qui prétendraient bâtir sur le trottoir, disposer de ce bien public inaliénable et imprescriptible et éventuellement l’inscrire sur leur testament...

 Ce que la Mairie de Toliara s’apprête donc à combattre, malheureusement dans la Ville d’Antananarivo, on ne peut que le déplorer à chaque pas. Que d’obstacles ne doit-on pas contourner à marcher dans la Capitale, quand un trottoir existe. Ici un kiosque de téléphone mobile, là un étal de bric-à-brac, ailleurs un appentis qui déborde sur la chaussée. 

 Ceux qui marchent à Tsaralalàna (devant l’ancienne librairie Bibliomad) savent qu’il est plus facile de descendre des trottoirs encombrés par les marchands de vêtements neufs mais légèrement défectueux qu’ils recupèrent auprès des zones franches. Un peu partout dans Mahamasina de véritables échoppes qui n’ont plus rien de précaire : derrière l’abri-bus avant l’école des sage-femmes, le long du mur bas de l’hôpital Befelatanana... Il n’est pas jusqu’aux abri-bus que des commerçans réquisitionnent pour accrocher les cintres de leurs friperies... Et c’est l’occasion de dénoncer pour la énième fois la mentalité de ces marchands qui n’hésitent pas à ficher des clous dans les murs de clôture de la «Cité Jardin» à Mahamasina. 

 Imagine-t-on accaparer et vendre le jardin d’Antaninarenina ? Imagine-t-on accaparer et vendre le parc d’Ambohijatovo ? Imagine-t-on accaparer et vendre le Lac Anosy et ses rives ? Imagine-t-on accaparer et vendre Antanimbarinandriana ? Imagine-t-on accaparer et vendre le parc de Tsimbazaza ? Imagine-t-on accaparer et vendre l’esplanade très historique d’Andohalo ? Si le n’importe quoi devait être permis, pourquoi ne pas imaginer accaparer et vendre le Rova !

 Accaparement privatif d’un bien public. Dégradation sans-gêne du bien d’autrui. Il y a là quelque chose qui dépasse le simple incivisme pour flirter dangereusement avec la frontière entre la civilisation et la barbarie.