14. avr., 2020

Vanf Andranonkala : apprendre du Vietnam

Comment fait le Vietnam, pour n’avoir pas un seul mort de coronavirus, depuis le premier cas déclaré le 23 janvier 2020 ? Pourtant, le pays partage une frontière avec la Chine, compte 37.426 étudiants en Corée du Sud, et la fête du Tet avait pu occasionner de grands mouvements de populations.

Les pays asiatiques, cités aujourd’hui en exemple dans la lutte contre le coronavirus, avaient expérimenté le SRAS en 2003 : Chine 5.329 cas, 336 morts ; Hong Kong 1.750 cas, 286 morts ; Taïwan 686 cas, 81 morts ; Singapour 205 cas, 28 morts ; Vietnam 63 cas, 5 morts.

Ces mêmes pays ont adopté des stratégies diverses s’agissant de la question du test au Covid-19 :

Hong Kong : 7,5 millions habitants, 96.709 tests (ratio de 12,9 pour 1000 habitants), 1.001 cas, 4 morts

Singapour : 5,8 millions habitants, 72.680 tests (12,4/1000), 2.299 cas, 8 morts

Corée du Sud : 51,2 millions habitants, 510.479 tests (9,9/1000), 10.480 cas, 211 morts

Taiwan, 23,8 millions habitants, 45.436 tests (1,9/1000), 385 cas, 6 morts

Vietnam : 97,1 millions habitants, 118.807 tests (1,2/1000), 258 cas, 0 mort

 

Le Vietnam a axé son action sur la quarantaine stricte des personnes contaminées et l’inventaire des contacts directs et directs : combien de personnes auraient pu être en contact avec les malades ? quelles sont les personnes revenant d’un pays à risque ? Ce fut l’exemple de la traçabilité autour du «Patient 17» : une jeune femme de 26 ans, de retour d’Europe sur le vol VN0054, qui a eu 130 personnes en contact direct avec elle et 226 autres personnes en contact indirect. Les 130 personnes ont été directement placées en quarantaine. 

Bien que régime communiste à parti unique, le Vietnam aurait su ménager un espace d’expression libre. Cette transparence a permis de s’assurer la confiance de la population, et sa coopération spontanée. Le concept de self-responsabilité et de responsabilité collective ne laisse aucune chance aux réfractaires : ceux qui prétendent échapper à leur quarantaine sont montrés du doigt sur les réseaux sociaux. Les Vietnamiens acceptent qu’on impose des limites aux libertés individuelles quand il s’agit de protéger la santé publique. Jusqu’à dévoiler l’identité et le parcours des personnes à risques.

Ici s’inscrit la frontière entre régime autoritaire (manque de transparence reproché à la Chine dès le départ, mais efficacité reconnue du top-down en temps de crise, possibilité d’intrusion dans la vie privée à des fins de traçabilité) et gouvernement démocratique (mollesse à faire respecter le confinement, liberté d’aller et venir maintenue, pas d’intrusion dans les données privées informatiques).

Certaines actions énergiques n’auraient pas pu être le fait des démocraties parlementaires occidentales : 5.000 travailleurs chinois, partis fêter le Tet chez eux, furent mis en quarantaine à leur retour au Vietnam ; le 25 février, 4.000 travailleurs Vietnamiens en Corée du Sud, avaient été interdits de retour au Vietnam.

Dans un pays sous-développé comme Madagascar, le fait que la population sait à quoi s’en tenir (manque flagrant de moyens et carence bien connue du système de santé) peut aider à sa prise de conscience. Le confinement se heurte néanmoins à la nécessité d’une survie au jour le jour tandis que l’indiscipline notoire offre le spectacle de grands départs sans précaution rigoureuse ni traçabilité exhaustive. Quelle «distanciation sociale» peut être respectée entre des voyageurs qui vont faire ensemble 1000 kilomètres, pendant plusieurs longues heures, dans la promiscuité d’un taxi-brousse ?

Le «meilleur score» du Vietnam (zéro mort au 11 avril 2020) par rapport aux autres pays référence d’Asie peut justement tenir à une promiscuité moindre : Vietnam (292 hab/km2) contre Corée du Sud (508 hab/km2), Taïwan (663 hab/km2), Hong Kong (6.793 hab/km2) et Singapour (8.169 hab/km2). C’est Hanoï, avec ses 8 millions d’habitants, qui approche la densité démographique de Taïwan, Hong Kong et Singapour.

Il n’y a pas de formule unique face l’équation Covid-19 à plusieurs inconnues. Mais, il y a des leçons à prendre, et apprendre, des pays asiatiques qui contiennent au mieux l’épidémie de coronavirus.

CHRONO :

23-29 janvier 2020 : fête du Tel, le Nouvel An lunaire

23 janvier : premier cas de coronavirus au Vietnam : un visiteur Chinois originaire de Wuhan qui venait rendre visite à son fils habitant Ho Chi Minh Ville

1er février : le Vietnam suspendait les vols en provenance et à destination de la Chine

13 février : le Vietnam bouclait une partie de la province de Vinh Phuc avec ses 10.000 habitants. Le traçage des personnes contaminées avait permis d’établir le lien avec le retour de Wuhan de certains travailleurs

16 mars : test à l’arrivée des vols internationaux, quarantaine obligatoire de quinze jours pour les personnes saines, isolement strict des personnes malades

22 mars : suspension des vols internationaux

27 mars : arrêt des vols domestiques, interdiction de se réunir à plus de 20 en intérieur et 10 en extérieur

1er avril : confinement général jusqu’au 15 avril. «Chaque maison, chaque village, chaque commune, chaque région, chaque province, en self-confinement»