15. avr., 2020

Vanf Andranonkala : Taïwan fait (bien) sans l’OMS

Dans une chronique du 30 janvier 2020, «Alerte OMS au Coronavirus», je m’étonnais qu’il ait fallu «un mois et 170 morts en Chine, 7.000 contaminés dans une douzaine de pays» pour que l’Organisation mondiale de la santé déclare une «urgence de santé publique mondiale».

C’est bien ce que l’administration américaine reproche aujourd’hui à l’OMS : des pays ont tardé à prendre des mesures drastiques sur la base d’un jugement inexact de l’OMS. Le 14 janvier 2020, l’organisation mondiale déclarait encore qu’il n’y a pas de preuve d’une transmission entre humains. Alors que le 31 décembre 2019, le même jour où la Chine informait l’OMS de l’épidémie en cours à Wuhan, Taïwan notifiait l’OMS d’une possible transmission entre humains sur la base de contaminations parmi le personnel médical de Wuhan. D’ailleurs, dès ce 31 décembre, Taïwan imposait des contrôles sanitaires à bord des avions en provenance de Wuhan. Le 6 janvier, le gouvernement de l’île rendait obligatoire le port de masque N95 (norme FFP2 en Europe) pour le personnel soignant.

En 1949, fuyant devant les troupes victorieuses de Mao Tsé-Toung (1893-1976), Tchang Kaï-chek (1887-1975) se réfugie sur l’île de Taïwan. C’était grâce à lui, Tchang Kaï-chek, que la Chine put figurer aux côtés des vainqueurs de la seconde guerre mondiale, et siéger au Conseil de sécurité des Nations Unies. Mais, en 1971, l’île de Formose sera exclue de l’ONU au profit de la Chine. Même avec les États-Unis, les relations officielles ont cessé en 1979, l’entretien téléphonique entre Donald Trump et la présidente Tsai Ing-wen, en 2016, étant une exception dont on ne sait s’il créera un précédent. 

Taiwan (23.807.108 habitants sur 35.410 km2) figure parmi les "meilleurs élèves" de la lutte contre le coronavirus. Malgré sa quadruple proximité, géographique et démographique, culturelle et économique, avec la Chine, et plus largement la Corée du Sud, le Japon, le Vietnam et Singapour, l’île ne compte que 380 cas pour 5 morts et 80 guérisons. Son exclusion de l’OMS l’empêche pourtant de faire partager au reste du monde les méthodes et les moyens de sa réussite face à Covid-19.

Et ce jeudi 9 avril 2020, Taïwan exigeait des excuses pour diffamation de Tedros Adhanom Ghebreyesus, le Directeur Général de l’OMS, qui accuse le gouvernement taïwanais d’encourager sa population à attaquer la gestion de l’épidémie de coronavirus par l’OMS. Si jamais cette pandémie, déclarée le 11 mars, provoquait la pire hécatombe sanitaire de l’histoire de l’Humanité, et que la meilleure stratégie contre le coronavirus demeure ignorée, et ce seront des excuses tout court que le monde exigera de l’OMS.