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Français de l’Etranger.fr

Anne Genetet – Action extérieure de l’État : pour faire mieux avec moins

Publié le 3 novembre 2018  Par Nathalie Laville

Dans son Rapport pour avis présenté au nom de la Commission des affaires étrangères sur les crédits budgétaires de 2 des 4 programmes de la mission “Action extérieure de l’État” du PLF 2019, la Députée Anne GENETET recommande prioritairement que le Gouvernement et le Parlement réfléchissent au-delà de l’analyse comptable, sans tabou ni totem, à un nouveau modèle diplomatique adaptant le périmètre des missions aux moyens contraints.

La Députée LREM de la 11ème circonscription des Français établis hors de France présente son Rapport dans le contexte d’un effet ciseaux qu’elle n’estime pas viable à terme pour l’action extérieure :

d’un côté, l’extension continue des missions de l’action diplomatique et consulaire : politique, culturelle (y compris la francophonie) mais aussi – et de plus en plus – académique, économique, sécuritaire, stratégique, touristique, environnementale …

de l’autre, la réduction continue des moyens humains et matériels alloués : nonobstant la présidence française du G7, le budget de la mission “Action extérieure de l’État” diminue de 5% en 2019 (de 2,863 à 2,724 milliards d’€) tandis que les suppressions d’emplois représentent 8% de l’ensemble des suppressions prévues par le PLF 2019 et que le projet “Action publique 2022” vise la réduction de 10% de la masse salariale des réseaux de l’État à l’étranger en 4 ans.

L’incipit de son Rapport sur les crédits budgétaires des programmes “Action de la France en Europe et dans le monde” et “Français de l’étranger et affaires consulaires” est donc une petite annonce :

“Urgent. Elève sérieux recherche solutions innovantes pour relever un défi majeur pour son avenir. Pronostic vital engagé.”

Cette annonce est celle que le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) pourrait lancer pour sauver les crédits de l’action extérieure de l’État :

“élève sérieux” car il a pris sa part à l’effort de réduction des dépenses publiques ;

“solutions innovantes” car des évolutions doivent encore être menées à leur terme, notamment la révolution numérique ;

“un défi majeur” car les changements mondiaux nécessitent de s’adapter pour rester diplomatiquement “compétitif” ;

enfin, “pronostic vital engagé” car le MEAE est à “l’os budgétaire” et la poursuite de la réduction des moyens serait préjudiciable à l’exercice de ses missions actuelles.

Certes, la Commissaire aux affaires étrangères salue dans son Rapport :

l’engagement ferme du Premier ministre pour préserver l’universalité du réseau diplomatique et consulaire ;

l’effort du Gouvernement pour rationaliser et clarifier la dépense publique ;

les impulsions du MEAE pour réformer la conduite de la diplomatie et de l’action consulaire, avec entre autres les nouveaux formats de présence diplomatique “adaptés” et la modernisation des services publics consulaires (l’évolution du dispositif France-Visas et la mise en place du centre d’appels que Mme GENETET avait recommandé dans son rapport au Premier ministre sur la mobilité internationale des Français).

Mais elle regrette notamment :

le manque de lisibilité des évolutions budgétaires d’une année sur l’autre en raison de nombreux transferts de crédits et modifications des périmètres des programmes ;

l’insuffisance de la démarche de performance du MEAE dont les indicateurs clefs rendent mal compte des efforts, occultent le facteur temps consubstantiel à la qualité de son action et ne permettent pas une meilleure prise en compte du bien-être et de l’engagement des agents ;

la précipitation du Gouvernement pour réduire la masse salariale des réseaux sans avoir préalablement adapté les missions ;

la réduction de l’enveloppe des bourses scolaires de 110 à 105 millions d’€ alors que le MEAE ne dispose d’aucune information sur les familles qui renoncent à la scolarisation, voire à l’expatriation, en raison du coût de la scolarité de leurs enfants.

Pour faire mieux avec moins, Anne GENETET formule dans son Rapport de nombreuses recommandations, à commencer par la conduite d’une réflexion d’ensemble, sans tabou ni totem, sur le périmètre prioritaire des missions de la diplomatie française.

Parmi ses autres recommandations :

la refonte de la démarche de performance du MEAE ;

la délégation aux acteurs privés de certaines missions économiques, éducatives et culturelles ;

l’exercice de certains postes par des recrutés de droit local ;

l’extension du format des “bureaux de France” expérimenté à Chennai (Inde), Monterrey (Mexique) et Adelaide (Australie) pour répondre de manière souple et proportionnée à un “besoin de France” exprimé là où cette dernière ne dispose ni d’un consulat ni d’un consulat général ;

la préservation d’une fonction “place du village” des consulats et la généralisation de la pratique des “14 Juillet citoyens” ouverts à l’ensemble de la communauté française.

La Rapporteure renouvellera ses recommandations pour faire mieux avec moins mercredi 14 novembre dans l’hémicycle dans le cadre de la discussion en séance publique des crédits budgétaires de la mission “Action extérieure de l’État”.

 

 

31. août, 2018

Premières impressions de la « Conférence des Ambassadeurs et des Ambassadrices »

jyleconte / Sénateur des Français de l’Etranger, le 28/08/2018

Hier à l’Elysée, première journée de la « Conférence des Ambassadeurs et des Ambassadrices 2018 ». Comme de tradition, elle est inaugurée par un discours du Président de la République auquel assistent le Gouvernement, les partenaires et acteurs de la présence de la France dans le monde, les Ambassadrices et Ambassadeurs et les plus hauts responsables du Quai d’Orsay. Sont aussi présents les Présidents des Commissions des Affaires étrangères du Sénat et de l’Assemblée nationale et les Parlementaires représentant les Français de l’étranger.

C’est l’occasion pour le Président de faire un point sur l’action qu’il souhaite mener sur le plan diplomatique. L’enseignement français à l’étranger a été évoqué en début de discours en précisant que le gouvernement dévoilerait ses orientations d’ici la fin de l’année. Les inspections générales des Affaires étrangères et de l’Education nationale ont remis leur rapport. Mais d’autres sont en cours de rédaction et le gouvernement ne décidera qu’ensuite.

Sur beaucoup de sujets, de belles paroles. Mais j’ai en tête les menaces sur les baisses de budget et de postes au Ministère des Affaires étrangères (auquel il n’est pas fait référence, sauf pour promettre sur deux ans le blocage des crédits de l’action culturelle et un effort sur l’aide publique au développement). J’ai aussi en tête les blocages opérés cette année pendant plus de 6 mois par Bercy, blocages portant sur plus d’une centaine de postes de direction d’Alliances françaises dans le monde pourtant votés par le Parlement, mettant en cause la continuité de leur travail culturel et d’enseignement. Il avait fallu taper très fort pour obtenir, finalement, le déblocage de la signature de ces contrats… Le Président est-il conscient du décalage entre les paroles et les actes possibles ? Les mots ont-ils encore chez lui et ses auditeurs un sens ?

La crise du multilatéralisme est longuement évoquée. Celui-ci, longtemps perçu comme un moyen d’attaquer la souveraineté des peuples ou un vecteur de la mondialisation, s’avère aujourd’hui comme protecteur face aux ambitions hégémoniques de plusieurs puissances… C’est pour cette raison que ces dernières l’attaquent, relayées en cela par leurs vassaux ou leurs idiots utiles. Vouloir le défendre, c’est vouloir le réformer pour l’adapter aux exigences du monde d’aujourd’hui. Sur ce point, pas grand-chose à redire sur le discours présidentiel… Mais j’ai quelques doutes sur l’efficacité de la méthode appliquée à Washington, lors de la visite d’Etat, pour défendre ces préoccupations. Même doute lorsqu’il évoque la Syrie ou l’attitude de l’Union européenne face à la menace sur le JCPOA[1] signé avec l’Iran et partie intégrante du droit international, attaqué frontalement par Donald Trump. Face aux puissants, la parole d’Emmanuel Macron semble étonnamment faible. Le communiqué du Ministère russe sur la fermeture du bureau de Business France en Russie[2], quelques jours après sa rencontre avec Vladimir Poutine, illustre cet état de fait.

Sur l’Europe, Emmanuel Macron est un mystère. Pas lui-même d’ailleurs, car il dit assez clairement les choses. Le mystère c’est la fascination que lui portent des générations d’Européens convaincus, les tenants d’une Europe fédérale alors que tout ce qu’il exprime est une vision de la coopération européenne que ne renierait aucun des partisans de l’Europe des nations, s’ils regardaient derrière le vernis d’un discours policé. Rien sur un projet démocratique et citoyen en commun. Rien sur la démocratisation de l’Europe. Selon lui, il faut certes faire plus ensemble, mais entre nations, et sous le contrôle de leurs gouvernements. Aucune conviction sur la force d’un projet commun qui justifierait de porter l’élargissement aujourd’hui vers les Balkans pour stabiliser l’Europe et renforcer le projet européen -bien au contraire-. La Turquie ? On ferme la porte. Définitivement. Certes Erdogan n’est pas un représentant des valeurs européennes et les orientations qu’il donne à la Turquie depuis quelques années sont incompatibles avec une perspective d’adhésion. Mais ceci ne doit pas être le prétexte à une confirmation de la porte fermée par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel en 2007. Cette fermeture, elle offre une excuse, un prétexte aux dérives de l’AKP. Mais il est vrai, que pour l’Europe, Erdogan n’a d’intérêt que si, derrière des paroles parfois fortes, il garantit à l’Europe qu’elle ne revivra pas la crise rencontrée en 2015 sur la route des Balkans. Et ceci, il le sait.

Derrière un antagonisme de façade, Orban Viktor et Emmanuel Macron offrent la même vision de l’avenir de l’Europe. Une Europe des nations à plusieurs vitesses, intergouvernementale. Une Europe qui permettrait aux nations de partager ce qu’elles ont de conscience de destin commun, sans faire l’effort et sans avoir l’audace, comme Edgar Morin le suggérait il y a plus de 30 années, de transformer cette constatation en communauté de dessein. Sans cette audace, il n’y a aucune chance de pouvoir parvenir à cette « autonomie stratégique » que le Président réclame sans avoir la politique qui pourrait en établir le chemin. Les élections européennes de 2019 devront démasquer cette supercherie.

Emmanuel Macron a dit « C’est pour ça que j’ai toujours lié la solidarité européenne avec une vraie politique de souveraineté et donc ce qui arrive en Italie, nous l’avons produit politiquement par notre absence de solidarité. » Cynisme ou réalité ? La France a toujours refusé d’appliquer les procédures « Dublin » avec discernement en acceptant de recevoir les premières demandes d’asile de personnes arrivées en France par l’Italie, plutôt que de souhaiter les lui renvoyer et de les laisser à la rue, dans des camps de fortune. Et demain que ferons-nous face à ce constat ? Donner raison aux populistes en leur concédant une solidarité que nous avons refusée aux gouvernements précédents. Voilà le piège dans lequel nous nous sommes mis. Mais rien ne dit que le gouvernement ne soit prêt à transformer la solidarité de parole en acte sur cette question.

Cette conférence, c’est aussi le moment de recueillir des confidences sur l’état de notre diplomatie. Faisant référence au débarquement d’Éric Fournier de son ambassade à Budapest suite à la sortie dans la presse de morceaux de télégrammes diplomatiques peu politiquement corrects, plusieurs confient qu’ils ont compris qu’il fallait écrire à Paris ce que Paris souhaitait entendre. Pas les analyses qui dérangent. Au discours d’Edouard Philippe expliquant qu’il faudra faire mieux avec 10% de moins de masse salariale, et que c’est possible car les fonctions « support » représentent 30% des effectifs, que c’est trop et qu’il faut mutualiser, un ambassadeur m’indique : «on était à l’os, on nous retire l’os ». Voilà comment on se donne les moyens de nos ambitions internationales. J’ai une pensée pour les postes sous la pression d’un service des visas à qui il est demandé de plus en plus : ceci ne sera pas tenable.

Mais hier, Emmanuel Macron, arrivé en retard, parti très vite, n’avait pas la tête à la diplomatie. Il avait rendez-vous avec les chasseurs, qu’il recevait lundi l’après-midi. A celles et ceux à qui cela avait échappé, Nicolas Hulot l’a rappelé ce matin.