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13. juil., 2018

La situation sécuritaire à Madagascar est intimement liée au contexte économique de la Grande Ile. La précarité et la pauvreté des populations génèrent en particulier une délinquance d’appropriation qui peut en partie être assimilée à une délinquance de survie. Celle-ci se traduit parfois par des faits violents (agressions) voire très violents (homicides).

Mais au-delà de la délinquance classique, la Grande Ile est également touchée par des phénomènes spécifiques que sont les trafics d’envergure et les enlèvements.

Enfin, il y a lieu de noter la faiblesse des effectifs et moyens des forces de police tant pour la prévention que pour les investigations judiciaires, qui malheureusement n’explique pas tous les dysfonctionnements. Les institutions policières mais également judiciaires souffrent d’un mal omniprésent dans les pays en difficulté : la corruption.

1/Analyse de la délinquance

En l’absence d’observatoire national de la délinquance et d’outils statistiques centralisés, il est impossible d’avoir une mesure exacte de la délinquance et de son évolution tant sur le plan quantitatif et qualitatif qu’en terme de localisation.

Toutefois, la lecture des faits divers, les retours obtenus par les ressortissants français comme malgaches ainsi que les discours des autorités semblent confirmer une hausse de l’insécurité sur l’ensemble de l’ile.

Il y a lieu de noter également que si le poste est plus sensibilisé aux faits touchants les ressortissants français, les plus vulnérables sont les malgaches eux-mêmes en particulier ceux vivant dans les quartiers les plus populaires (absence des forces de police, plus présentes dans les quartiers touristiques et « résidentiels », pas de gardiens).

2/Le phénomènes des « dahalos » dans le sud en particulier

Le vol de bovidés commis par les « dahalos » est issu d’une pratique traditionnelle qui trouve son origine dans le sud du pays par laquelle le futur gendre affirmait son courage d’une part et constituait sa dot d’autre part. Depuis une décennie, il apparait que cette tradition s’est transformée en un phénomène de criminalité organisée (selon les statistiques spécifiques, plus de 40 000 têtes volées par an) déstabilisant le pays, en particulier la région Sud, car engendrant des morts par dizaines channe année (villageois,  dahalos et membres des forces de l’ordre).

Ce phénomène a contraint les gouvernants à engager quatre opérations majeures depuis 2012 mais sans résultat durable à ce jour : 2012 opération Tandroka, 2014 opération « coup d’arrêt » et « reddition » 4000 dahalos auraient déposé les armes) et enfin 2015 opération « Fahalemana » (1000 militaires envoyés dans le sud en plus des gendarmes)…

Selon les observateurs, les dahalos ont changé de mode opératoire pour s’enrichir. Ainsi plutôt que d’engager la confrontation avec les forces de sécurité, ils privilégieraient depuis quelques temps les enlèvements de possesseurs de zébus avec rançons payées en bovidés…

3/Les enlèvements

Les enlèvements constituent un autre fléau qui vise les opérateurs économiques de différentes communautés (karana, chinois, malgaches, …). Comme pour les autres faits, il est parfois difficile d’établir la réalité quantitative car souvent les victimes ne déposent pas plainte. N’ayant aucune confiance dans les institutions policières et judiciaires (certains représentants de ces institutions ayant été impliqués), les victimes préfèrent négocier le montant de la rançon directement avec les ravisseurs (plusieurs centaines de milliers d’euros …)

A ce jour, à deux exceptions près, les ressortissants français victimes sont issus de la communauté karana (indo-pakistanais qui sont des acteurs majeurs de la vie économique)

4 enlèvements et 1 tentative déclarés en 2015, 4 enlèvements en 2016 et 7 faits et 3 tentatives au cours de l’année 2017. Depuis le début de l’année 2018, 6 enlèvements de ressortissants français sont à recenser. Ces chiffres peuvent être inférieurs à la réalité car des rumeurs font état de faits non déclarés. L’année 2017 est marquée par des enlèvements plus violents (coups de feu dans plusieurs cas et même un policier tué). Des cibles plus jeunes (enfants et épouses des opérateurs économiques) ce qui accroit l’émotion suscitée. Par ailleurs, dans un des derniers cas de 2017, c’est un jeune indien (dont les parents ont des revenus modestes), employé par une entreprise importante, qui était victime. Le phénomène est à suivre car l’inquiétude est palpable dans un certain nombre d’entreprises (y compris françaises) qui ne sont pas en capacité d’assurer la protection de tous leurs employés.

Dans un contexte économique et social qui se dégrade et la connaissance de ces faits et des montants de rançon annoncés par les médias, la tentation « d’argent facile » augmente les risques de dérapage (victimes moins fortunées, équipes moins « professionnelles, autres cibles ».

Autres trafics

Les implications malgaches dans des trafics de toutes natures sont évidentes. En termes de profit, le plus connu et celui contre lequel la communauté internationale lutte aux côtés des autorités malgaches, est le trafic de bois précieux (bois de rose en particulier). C’est un pillage organisé à destination du continent asiatique.

Dans le domaine de l’environnement, des espèces animales protégées dont l’exportation est interdite font l’objet de trafics vers le continent asiatique mais également l’Europe (tortues, hippocampes, holothuries).

Ensuite, les pierres semi-précieuses dont regorge le sous-sol de Madagascar, sont également l’objet de convoitises, extraites et vendues souvent hors des circuits officiels de distribution.

Enfin, les voisins de l’Océan indien dénoncent Madagascar comme une zone alimentant la région en drogues diverses (héroïne et cocaïne). Des affaires récentes à Maurice et La réunion semblent confirmer qu’en raison de la porosité des frontières commel’absence de maitrise de l’espace, Madagascar offre probablement des opportunités dans le domaine. Pour autant, après avoir admis que le «khat », contenant des substances psychotropes est une tradition à Madagascar, aucune affaire relative à des drogues dures n’a été relevée sur la Grande Ile ;

Jean-Daniel Chaoui

Le 09 juillet 2018

Source Ambassade de France.

 

 

 

30. août, 2016

L'Hebdo, le 26 août 2016

21. avr., 2015

L'Hebdo-Express, 03/04/15

9. mars, 2015

L'Express de Madagascar, 05/03/15