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19. août, 2020

Jean-Pierre Chevènement : « Je m'inquiète pour la République »

ENTRETIEN. Incarnation vivante de l'autorité républicaine, le « Che » remet les pendules à l'heure dans les confusions du moment. Décapant.

 Propos recueillis par Jérôme Cordelier

Publié le 15/08/2020 à 08:00 | Le Point.fr

 

Jamais son nom n'a autant circulé dans les cercles du pouvoir. Le rebelle de la gauche voit ses intuitions politiques, souvent décriées par le passé, faire désormais mouche dans son camp comme dans les autres. L'octogénaire Jean-Pierre Chevènement est aujourd'hui salué pour sa cohérence politique. Incarnation vivante de l'autorité républicaine, l'ancien ministre – Recherche et Industrie, Éducation nationale, Défense, Intérieur – est régulièrement consulté par l'actuel président de la République. Et au cœur d'un été marqué par de multiples violences, dont des agressions répétées contre les dépositaires de l'ordre – policiers, mais aussi désormais maires –, une fermeté humaniste à la chevènement devient une référence nécessaire dans la gestion de l'ordre public.

L'actuel ministre de l'Intérieur, le sarkozyste Gérald Darmanin, parle d'« ensauvagement » de la société, et l'expression fait écho au mot « sauvageons » lâché par son prédécesseur Place Beauvau en 1999. Il y a plus de quinze ans… En attendant ses Mémoires qui paraîtront début septembre sous le titre Qui veut risquer sa vie la sauvera (Robert Laffont), Jean-Pierre Chevènement nous a accordé un entretien à bâtons rompus et, comme toujours chez lui, sans langue de bois.

Le Point : Emmanuel Macron est-il à la hauteur de la crise que nous traversons ?

Jean-Pierre Chevènement : Je suis beaucoup moins sévère que la plupart des commentateurs sur la gestion de la crise par Emmanuel Macron. À part la pénurie de masques que nous aurions pu éviter si on avait maintenu la politique de stocks stratégiques définie il y a dix ans, les mesures prises pour indemniser le chômage partiel ou pour accorder aux entreprises des prêts garantis par l'État ou encore pour reporter les charges sociales et fiscales ont permis jusqu'à présent de préserver notre tissu entrepreneurial. La crise a mis en lumière nos profondes dépendances, et pas seulement dans le domaine sanitaire. Indépendance est pour moi un maître mot. Il s'agit de retrouver des marges de manœuvre, une capacité à s'orienter par soi-même, ce qui est au fondement même de la République. Cette crise nous invite à prendre nos distances par rapport à la règle de l'approvisionnement au plus bas coût possible, qui a prévalu tout au long de trois décennies de mondialisation débridée. Nous avons ainsi laissé notre pays se désindustrialiser, au prix de fractures sociales de plus en plus insupportables. Il faut remonter la pente.

Le souverainisme redevient à la mode… Vous devez en être content ?

Je n'aime pas employer ce mot, qui est source de confusion avec certaines expressions que je ne fais pas miennes. Je me dis simplement républicain. Je me garde des amalgames. Je suis pour la souveraineté nationale, intitulé du titre premier de la Constitution de 1958, parce qu'elle est la condition de la République. Je considère que les étrangers venus sur notre sol ont vocation à s'intégrer à la République. Ils ne doivent pas être rejetés a priori ; en même temps, la politique d'immigration dépend de la capacité d'intégration du pays d'accueil. Il faut tenir les deux bouts de la chaîne.

Le nouveau cap fixé par Emmanuel Macron, et notamment le gouvernement Castex, a-t-il une coloration « chevènementiste » ?

J'observe que la nomination de monsieur Castex a permis une certaine embellie dans l'opinion publique, à la fois pour le président de la République et le gouvernement. Mais la politique du gouvernement Castex sera jugée sur le long terme sur sa capacité à reconquérir l'indépendance industrielle et technologique de la France pour laquelle s'était engagé le président. On a fait appel à des « poids lourds » politiques, c'est une bonne chose, mais je ne discerne pas dans l'état actuel ce qui, dans les structures du gouvernement, traduirait la volonté de reconquête de notre indépendance.

Sur quels axes doit-il orienter sa politique ?

La reconquête de l'indépendance ne se fera pas sans ressourcement républicain. Nous sommes dans une société gravement fracturée, et de plus en plus violente. Cette France éclatée est menacée par la montée des communautarismes. Je m'inquiète pour la République, elle ne tient que par la force des idéaux de citoyenneté et de laïcité. Je déplore l'évanescence du patriotisme français sans lequel il ne peut y avoir de civisme ni de sens de l'État.

Que pensez-vous des polémiques sur les violences policières ?

Je me refuse d'accoler ces deux termes, dont l'association signifierait que ces violences seraient le fait d'une institution de la République. Il existe des violences commises par des policiers, il y a des brebis galeuses partout, mais des « violences policières » propres à l'institution, non. La police est une institution républicaine faite pour la sûreté de tous, les policiers sont soumis à une stricte déontologie et, parmi tous les corps de fonctionnaires, ils sont les plus sanctionnés. Il faut s'interroger sur les violences dont sont de plus en plus victimes les policiers : verbales et physiques. Elles signalent la crise de l'autorité et de la citoyenneté.

Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, parle d'« ensauvagement » de la société, et tout le monde s'est alors souvenu du terme de « sauvageons » que vous aviez employé en 1999, à cette même place, et les polémiques qu'il avait suscitées…

L'expression « sauvageon » (en vieux français un arbre non greffé) pointait un défaut d'éducation. L'explosion de violences dans la société française dont parle monsieur Darmanin résulte de sa fracturation, d'autres diraient de son « archipélisation ». Y porter remède ne peut être de la seule responsabilité du ministre de l'Intérieur.

Comment avez-vous réagi quand vous avez vu la multiplication des déboulonnages de statues ?

L'histoire doit être écrite par les historiens. Déboulonner les statues de Jacques Cœur ou de Colbert est une atteinte grave à l'identité de la France. Jean-Marc Ayrault a découvert que Colbert n'était pas un personnage républicain, ni un grand parlementaire, alors qu'il a présidé le groupe socialiste à l'Assemblée pendant des années salle Colbert. Pendant tout ce temps-là, il n'a jamais demandé que l'on débaptise cette salle. Avant la République, la France s'est construite avec des hommes d'État comme Colbert qui a créé la Compagnie des Indes, fondé la manufacture des Gobelins, contribué à l'industrialisation de la France. Je n'essaye même pas d'expliquer que le Code noir était le premier essai de juridicisation des rapports entre les esclaves et leurs propriétaires, car l'esclavage est évidemment une abomination. Le mouvement indigéniste ou décolonial fraie la voie à l'apartheid et à l'extrême droite. Les Républicains doivent le combattre résolument. Contrairement à la lutte des classes qui a nourri le réformisme social, la lutte des races n'offre aucune perspective de progrès. Il ne faut pas céder à l'intimidation des partis décoloniaux, des réunions de « racisés » et autres manifestations de déconstruction du modèle républicain.

Le taux d'abstention aux dernières élections, les municipales, est-il le signe d'une crise politique structurelle ?

On ne peut que constater la désaffection croissante des électeurs pour l'offre politique qui leur est présentée. J'espère que cette crise sera un jour surmontée. Il faut que le président de la République donne sens à la dernière partie de son quinquennat, sinon, nous irons vers la poursuite du dégagisme. L'intérêt national n'est plus clairement l'aune à laquelle se définissent nos politiques.

Sur quoi repose une telle affirmation ?

Regardez, par exemple, notre politique énergétique : elle est, à mes yeux, profondément contraire à l'intérêt national. Supprimer quatorze tranches nucléaires, et donc renoncer à la production d'une électricité décarbonée et peu chère, n'a pas de sens. En effet, le recours à des énergies intermittentes va imposer des centrales à gaz ou à charbon, en l'absence de moyens de stockage d'énergie intermittente, dont aucun n'est opérationnel aujourd'hui. C'est un saut sans parachute.

Douze maires écologistes de grandes villes, est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?

Je distingue l'écologie en tant que science visant à préserver les biens communs de l'humanité, et à laquelle j'adhère, de l'idéologie des Verts qui est, pour moi, essentiellement régressive par rapport à l'horizon historique, substituant l'idée de la catastrophe à celle du progrès. Cette idéologie est née en Allemagne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avec le philosophe Hans Jonas, dont la théorie du « principe de précaution » débouche sur la technophobie, la sortie du nucléaire, par exemple, ou l'hostilité à la 5G… Nous avons la faiblesse de nous mettre dans le sillage de l'Energiewende allemande, qui a abouti à un fiasco total. Martine Aubry, en 2011, a élaboré dans la foulée d'Angela Merkel un programme socialiste qui prévoyait la fermeture de très nombreuses centrales nucléaires, François Hollande l'a repris dans sa loi de 2015, Emmanuel Macron a amélioré la prestation en repoussant la fermeture de quatorze réacteurs de 2025 à 2035. Mais on a déjà fermé deux réacteurs nucléaires, à Fessenheim, ce qui va coûter 1 milliard de dédommagements à EDF et 5 % de notre potentiel électrique ! Un pays se suicide-t-il avec plus de méthode ? Faire tourner, à la place, des centrales à charbon et au lignite représente un acte grave. Il serait temps de revenir aux idéaux des Lumières et ne pas céder aux tendances anti-sciences du courant soi-disant écologiste. Il faut éviter une écologie réglementaire, paperassière, contraignante, punitive, qui rendra la vie très difficile aux agriculteurs, sans parler des chasseurs ou des pêcheurs, qui ont quand même le droit d'exister. Les électeurs des métropoles ne sont pas tout l'électorat. S'il s'agit d'imposer un diktat idéologique à la société, je crains qu'on aille vers des tensions qui nourriront l'extrême droite.

Les municipales ont-elles marqué un réveil de la gauche ?

Au plan de la sensibilité peut-être, mais pas au plan idéologique. Le problème de la gauche est qu'elle ne veut pas faire l'autocritique de sa pratique depuis 1983, c'est-à-dire de son ralliement au néolibéralisme. Elle ne met pas en cause cette dérégulation généralisée de l'économie qui s'est faite au prétexte de l'Europe, mais qui lui a fait tourner le dos à ses valeurs fondatrices. Elle ne remet pas en cause la politique économique associée à la mondialisation qui a conduit à la désindustrialisation et à la dépendance productive et financière dans laquelle nous sommes. La gauche républicaine traditionnelle a capitulé au profit d'une sentimentalité mièvre qu'elle a en commun avec les écologistes. Au départ, les socialistes pensaient que les écologistes leur apporteraient un appoint électoral. Finalement, ceux-ci se sont hissés sur leurs épaules. La sensibilité écologiste a grignoté de l'intérieur la gauche républicaine traditionnelle. Et maintenant, nous voyons fleurir des exhortations à la décroissance, à la frugalité, à la sobriété, à travailler moins. Est-il sûr que ces recommandations conduiront à une société plus harmonieuse, plus équilibrée, plus heureuse ?

Si vous aviez 20 ans aujourd'hui, sur quel combat vous engageriez-vous ?

À chaque génération d'inventer son combat. Je suis d'une génération qui, au début des années 60, fut confrontée aux luttes de libération nationale par rapport au colonialisme. J'ai fait partie de l'une des dernières classes qui ont été engagées dans la guerre d'Algérie, en 1961-1962. Puis, j'ai inventé mon combat puisque j'ai choisi de créer un think tank pour influencer l'union de la gauche, le Ceres. Pour moi, aujourd'hui, le combat digne d'être mené, c'est celui qui vise à maintenir le modèle républicain à l'échelle nationale, mais aussi européenne et mondiale. La démocratie ne trouve guère son compte dans le fonctionnement des institutions européennes actuelles. Je suis pour une Europe à géométrie variable où les Parlements nationaux continuent de jouer leur rôle de contrôle des exécutifs, tant nationaux qu'européens. Et je suis pour une Europe indépendante face aux deux empires qui se disputent la domination du monde.

La laïcité est-elle encore une valeur de gauche ?

Ce n'est pas une valeur de gauche, c'est une valeur républicaine. La République est laïque comme il est mentionné dans la Constitution depuis 1946. L'actualité de la laïcité, c'est la réponse donnée à juste titre à des courants qui veulent rétablir le droit divin, qui, aujourd'hui, ne sont pas principalement des courants chrétiens, mais musulmans. Un vieux combat qui, en Europe, date de 1789 et reste moderne. À la gauche de porter cette lutte si elle veut rester fidèle à elle-même. Comme elle doit conserver l'héritage de la nation, cadre privilégié de la démocratie et de la solidarité. Pourquoi la gauche a-t-elle abandonné à Le Pen en 1984 la défense de la nation ? Pourquoi a-t-il fallu qu'en 1985 je rétablisse, en tant que ministre de l'Éducation, l'apprentissage de la Marseillaise sous les quolibets d'une partie de la gauche ? Nous sommes un pays pluriethnique, pluriconfessionnel, mais pas pluriculturel : il y a une culture française.

Regardez-vous la série Baron noir ?

Cela m'arrive. J'aime Kad Merad, sans doute la seule figure socialiste à laquelle, à l'ère de l'immédiateté, les Français s'identifient facilement aujourd'hui. Entre François Mitterrand et Kad Merad, il n'y a pas eu grand monde dans la mémoire collective. La génération qui a sucé le lait de SOS Racisme n'est pas allée loin en politique.

11. mars, 2020

23/02/2020 Réforme des retraites: autour du 49-3, poker menteur à l'Assemblée

Alors que l'option d'un recours au 49-3 devient de plus en plus crédible, opposition et majorité se renvoient la faute.

Par Romain Herreros

POLITIQUE - Ce n’était qu’un bruit de fond qui revenait à intervalles réguliers depuis le 12 janvier. C’est désormais une éventualité crédible. Au point que plusieurs membres de la majorité sortent du bois et assument désormais le recours au 49-3 pour l’adoption de la réforme des retraites. Dans une tribune à Ouest France ce dimanche 23 février, une quinzaine de députés LREM et MoDem se disent “empêchés” de débattre à cause du zèle procédurier exercé par la France insoumise et le Parti communiste.

“33 députés sur 577. 33 députés prêts à tout pour paralyser nos institutions et prendre en otage notre démocratie”, écrivent ces parlementaires, qui dénoncent le “fol acharnement” des opposants au texte qui assument de jouer l’obstruction pour empêcher l’examen du texte dans le calendrier prévu par le gouvernement.

″À situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle. Il est de notre responsabilité collective de mettre un terme à cette mascarade. C’est pourquoi nous demandons solennellement aux députés de l’opposition d’assumer leurs responsabilités: veulent-ils amender avec raison et ainsi améliorer le texte, ou saboter le travail parlementaire (...) Sinon, notre Constitution permet d’accélérer l’approbation de ce texte”, préviennent-ils, sans nommer le fameux article qui fait office d’épouvantail dans l’opinion.

En off, un ténor de la macronie lâche au JDD que “la question n’est plus si, mais quand”, et qu’un recours au 49-3 pourrait même intervenir dès “cette semaine”. Alors que les débats ont repris ce dimanche matin au Palais Bourbon, force est de constater que la situation s’enlise, comme le souligne sur Twitter Jean-René Cazeneuve, député LREM du Gers, s’indignant des sous-amendements déposés par les communistes qui proposent de remplacer le mot “comparable” par ”équivalent”, “semblable” ou “analogue”. 

En clair: la majorité accuse insoumis et communistes de tout faire pour pousser au 49-3, ce qui leur permettrait ensuite de crier à la brutalité. D’où cette analyse faite par le président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale Patrick Mignola, qui évoque un recours au “3.49”, soit “un 49.3 à l’envers” qui aura été imposé par l’opposition.  

Bataille de communication 

De son côté, le président du groupe LFI à l’Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon dément vouloir en arriver là. “Ils essayent de nous coller sur le dos le 49-3, c’est quand même le comble, c’est quand même pas nous qui décidons de ces choses-là”, a-t-il déclaré. Idem pour le député du Nord Adrien Quatennens, lequel estime que la majorité cherche à “créer, à l’aide d’interruptions indignées à répétition, un climat favorable à l’usage de ce LBD parlementaire”.

Or, il y a quelques jours à peine, la France insoumise assumait sans détour vouloir pousser le gouvernement à passer en force. C’est en tout cas ce que promettait le député de Seine-Saint-Denis Éric Coquerel. “On va faire en sorte qu’ils ne puissent pas finir le 3 mars ou alors qu’ils aient besoin du 49-3”, avait déclaré l’élu insoumis, cité par l’AFP le 12 février. Une sorte de double-jeu qui tourne à la guerre de communication entre macronistes et Insoumis.

Vendredi 21 février, la majorité a accusé les députés mélenchonistes d’avoir déposé pas moins de “700.000 sous-amendements en poussant des cris d’orfraie sur le 49-3”, comme le soutien sur Twitter la députée de Paris Olivia Grégoire, ou le président du groupe LREM Gilles Le Gendre en conférence de presse. “Fake news”, répondent les Insoumis, démentant un chiffre pourtant confirmé par Clémentine Autain devant la presse. L’élue du 93 expliquera ensuite à Libération ne pas avoir “tiqué” sur le chiffre évoqué par le journaliste.

“Nous n’avons pas déposé 700.000 sous-amendements. La République en marche hier s’est amusée à répandre ça dans les couloirs. Peut-être y a-t-il eu un malentendu, mais nous n’avons pas déposé 700.000 sous-amendements”, a également assuré Jean-Luc Mélenchon. Un chiffre par ailleurs largement exagéré, selon plusieurs observateurs de la vie parlementaire. Preuve s’il en est que la “guerre des tranchées” sur la réforme des retraites dépasse largement l’enceinte du Palais Bourbon et se joue, en grande partie, sur le front de la communication. 

3. févr., 2020

Marianne

 Communautarisme : en mission dans les quartiers, Gabriel Attal mise sur les associations

Par Hadrien Mathoux

Publié le 21/01/2020

Comment combattre le communautarisme sans heurter les jeunes des banlieues populaires ? Tête chercheuse pour Emmanuel Macron à qui il remettra des propositions à la fin mars, le secrétaire d'Etat à la Jeunesse Gabriel Attal mise sur les associations, plus que sur le renforcement de la présence de l'Etat. Reportage à Vénissieux (Rhône).

Emmanuel Macron a donné le ton. Anticipant des élections municipales difficiles pour la majorité, le président a exhorté ses ministres à se saisir du sujet du communautarisme lors du conseil des ministres du 15 janvier. Depuis plusieurs mois, le chef de l'Etat a mis le thème à son agenda : après un entretien à Valeurs actuelles en octobre et la circulaire Castaner de novembre, il a promis lors de ses voeux pour l'année 2020 de "prendre de nouvelles décisions" pour lutter "contre les forces qui minent l'unité nationale" au nom "des origines, des religions, des intérêts".

Concrètement, plusieurs ministres ont été chargés de plancher sur le communautarisme, dont le jeune secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education, Gabriel Attal. Le trentenaire a programmé une dizaine de déplacements dans des "quartiers de reconquête républicaine" (QRR), dispositif créé pour renforcer les moyens de police dans des zones touchées par les trafics et la délinquance. Pour cet élu des Hauts-de-Seine passé par le Parti socialiste, la lutte contre le communautarisme n'était pas un penchant naturel. Mais il raconte avoir " eu une prise de conscience à [son] arrivée au ministère de l'Education nationale", citant "le nombre important de remontées sur les atteintes à la laïcité, la croissance des écoles hors contrat ou de l’enseignement à domicile."

Plus de 50.000 enfants sont scolarisés dans le hors contrat, un chiffre en hausse exponentielle, tiré vers le haut par l'essor du privé musulman. L'enseignement à domicile, qui représente près de 40.000 élèves, a également le vent en poupe pour des raisons confessionnelles. Désormais chargé de lutter contre le communautarisme, Gabriel Attal, qui doit bientôt rencontrer le spécialiste du djihadisme Hugo Micheron, s'était opposé à Manuel Valls sur la laïcité lorsqu'il était au PS, à l'image d'Emmanuel Macron. "Je n'étais pas d'accord avec Manuel Valls car j'avais le sentiment d'une instrumentalisation politique visant avant tout à cliver, sur des sujets comme le burkini ", justifie-t-il aujourd'hui. Il affiche sa détermination à lutter contre un phénomène qui "se produit quand certains parviennent à placer des quartiers sous la coupe de lois qui ne sont pas celles de la République, mais d’une conception dévoyée de la religion."

Avant de visiter Sevran (Seine-Saint-Denis) et Maubeuge (Nord), le secrétaire d'Etat était ce vendredi 17 janvier à Vénissieux (Rhône), dans la banlieue sud de Lyon. C'est dans cette commune populaire, où le trafic de drogue fait des ravages et dont un imam salafiste avait été expulsé en 2004, qu'avait démarré la "Marche pour l'égalité et contre le racisme", vite qualifiée de "Marche des beurs", en 1983. Au programme de la visite : une rencontre avec des jeunes organisée par Yves Blein, le député LREM local, qui est également candidat aux municipales à Vénissieux et préside la Fédération Léo-Lagrange, un réseau d'éducation populaire. Les jeunes adultes présentés au secrétaire d'Etat ont été triés sur le volet : issus du quartier des Minguettes de Vénissieux, ils sont investis dans la vie associative, entreprennent des études supérieures, leur intégration est parfaitement réussie. Lorsque le dialogue s'engage, ce sont les problématiques sociales qu'ils mettent en avant. Une élève d'un lycée de Vénissieux craint de ne pas trouver une place en école d'infirmière à cause de la mauvaise réputation de son établissement. Un autre évoque la difficulté de travailler dans de bonnes conditions à 35 élèves par classe en terminale. Cassandra, qui a pu étudier dans un autre lycée qu'à Vénissieux, plaide pour davantage de mixité sociale : "J'ai pu avoir d'autres perspectives, voir d'autres choses. En banlieue, il faut nous pousser, nous donner envie, nous faire voir autre chose. " Khaoula l'appuie : "Beaucoup de personnes ne sont jamais parties en vacances de leur vie, n'ont jamais quitté Vénissieux."

"Le communautarisme, pour moi, c'est un mythe !"

Gabriel Attal tente d'aborder le sujet du communautarisme dans les quartiers. C'est une levée de boucliers. Khaoula, toujours : "Il y a beaucoup d'idées reçues sur le communautarisme qui ne sont pas d'actualité. On se sent Français, on ne reste pas entre nous parce qu'on est Arabes ou Algériens ! On a juste besoin de perspectives. " La salle entière marque son assentiment. Mohamed, étudiant à l'Insa Lyon, une excellente école d'ingénieurs, intervient, déterminé : "Le communautarisme, pour moi, c'est un mythe, introduit par les médias et les politiques. Ce qui a la cote dans les quartiers, ce sont les associations de maraude, pour aider les gens !" Il évoque ses difficultés à organiser des événements associatifs en milieu scolaire, en raison de l'ambiguïté supposée des règles : 20 à 35% de ses intervenantes sont voilées. Amel appuie ses camarades : " L'Etat nous abandonne, donc on se tourne vers les mosquées qui deviennent des alternatives pour nous aider : pour trouver un emploi, une alternance, un stage, une aide, elles sont un recours incontournable. Après, on nous accuse de ne pas tendre la main… "

Pour ces jeunes, évoquer le sujet du communautarisme n'est pas une invitation à témoigner sur les ravages de l'islamisme. A leurs yeux, il s'agit plutôt d'une énième manière de stigmatiser leur quartier, de pointer du doigt l'endroit d'où ils viennent et sa réputation, qui leur colle à la peau. On sent Gabriel Attal un peu désarçonné par ces jeunes, modèles d'intégration, qui n'en rejettent pas moins vigoureusement toute évocation du communautarisme dans leur ville. " Parler de communautarisme, ce n'est pas accuser tous les gens des quartiers !", tente le jeune macroniste."Le repli, on l'observe par des faits objectifs…" L'échange a montré toute la difficulté d'évoquer un problème bien réel sans heurter les habitants des cités populaires. "Quand on parle avec ces jeunes du communautarisme, soit ils ne le voient pas, soit ils ont très vite peur d’être stigmatisés, observe Attal. Le communautarisme prospère sur le sentiment d’abandon." Un peu plus tard, lors d'un échange informel, un jeune passé par l'armée témoignera auprès du secrétaire de l'Etat de l'influence croissante des islamistes sur les jeunes d'origine maghrébine.

Les associations plutôt que le service public

Comment combattre ce phénomène, cette "hydre" décrite par Emmanuel Macron ? Dans la continuité de ses propos controversés d'octobre, dans lesquels il avait loué les bénévoles des Restos du coeur pour mieux dénoncer les lourdeurs de l'Etat, Gabriel Attal mise sur les associations plutôt que l'expansion des services publics.

"Il faut absolument renforcer la présence républicaine dans ces quartiers, et cela passe avant tout par la vie associative, affirme le secrétaire d'Etat. La lutte contre le communautarisme ne pourra pas se faire sans les associations." La tournée dans toute la France du benjamin du gouvernement constitue en ce sensune sorte de banc d'essai : "Il nous faut identifier les acteurs qui adoptent des bonnes pratiques. L'Etat doit être plus exigeant sur l’engagement des associations en faveur des valeurs de la République, mieux cibler les associations à soutenir, mieux identifier les dérives et, surtout, se donner les moyens d'enrayer ces dynamiques à la racine. " Il n'a pas échappé à l'exécutif que, parfois, les associations font davantage partie du problème que de la solution. Néanmoins, les détracteurs du gouvernement ne manqueront pas de souligner que le soutien apporté aux associations, dont l'ampleur reste à déterminer, risque d'accélérer l'abandon par l'Etat de son rôle social. Ce n'est pas sous Emmanuel Macron, soucieux de circonscrire le périmètre d'intervention de la puissance étatique afin d'équilibrer les comptes, que les services publics feront leur retour dans les quartiers. "Je crois au rôle complémentaire des associations et de l’Etat, rétorque Gabriel Attal. Les associations, parce qu'elles agissent au plus près des jeunes dans les quartiers, peuvent parfois mieux et plus vite que l'Etat identifier les besoins et s'adapter. " Le secrétaire d'Etat doit rendre au président des propositions concrètes d'ici au mois de mars.

20. janv., 2020

Patrons, finance, En Marche : au-delà de BlackRock, ces Légions d'honneur attribuées à des proches du pouvoir

 

Par Etienne Campion  Publié le 02/01/2020

Parmi les 487 personnes figurant dans la promotion civile de la Légion d’honneur du 1er janvier 2020, on retrouve quelques noms bien connus d'Emmanuel Macron. Jean-François Cirelli, patron de BlackRock France, mais aussi un banquier de Rothschild, plusieurs ex-collaborateurs et militants d'En Marche, des grands patrons...

C’est le même scénario deux fois par an, le 1er janvier et le 14 juillet : une liste de personnalités diversement connues du grand public sont récompensées et intègrent la promotion civile de la Légion d’honneur. Comme à l’accoutumée, on retrouve cette année des noms célèbres parmi les lauréats, dont Gilbert Montagné ou bien Phillipe Etchebest, le célèbre chef cuisinier.

Dans la liste des nouveaux chevaliers, autour de quelques résistants et grands médecins, certains noms, moins connus, résonnent différemment. Emmanuel Macron et ses ministres n'ont pas résisté à la tentation d'intégrer quelques proches au contingent, banquiers, financiers ou collaborateurs politiques. Etre l'ami du pouvoir n'empêche aucunement d'être méritant, évidemment. Mais la nomination de certains lauréats interroge tout de même. En 2017, Emmanuel Macron s’était d'ailleurs prononcé pour la revalorisation de la Légion d'honneur, estimant que « le mérite doit être désormais le seul et unique critère retenu ». Fini, la République des copains, avait-on compris. D'autant que le premier article du code de la Légion d’honneur dispose que la plus honorifique des distinctions françaises est « la récompense de mérites éminents acquis au service de la nation ». Et alors que « les légionnaires œuvrent au bénéfice de la société et non dans leur intérêt exclusif », et qu’« ils contribuent au bien public par la création d’emplois, le développement de l’enseignement, le soutien aux déshérités ».

BlackRock

La présence de Jean-François Cirelli a été la plus commentée. Chevalier depuis 2006, l’actuel directeur de la branche française de BlackRock, mastodonte de la gestion d'actifs dans le monde, a été élevé au rang d’officier de la Légion d’honneur. Timing étrange, puisque le fonds qui gère 6.840 milliards de dollars passe déjà pour faire partie des acteurs particulièrement favorisés par la réforme des retraites, qui pourrait permettre l'irruption en France d'un système de retraite par capitalisation à l’américaine.

Possibilité que BlackRock soutient ouvertement. En témoigne une note à destination du gouvernement publiée en juin 2019 dans laquelle le groupe souligne que la loi Pacte aurait permis de « combler les lacunes structurelles des régimes d'épargne retraite volontaire existant ». Larry Fink, le PDG de BlackRock, avait même rencontré en personne Emmanuel Macron à Élysée le 10 juillet 2019, avec d’autres gestionnaires d’actifs, lors d’une réunion visant à inciter les fonds d’investissements à financer la lutte contre le réchauffement climatique. S’en suivront des programmes de travail sur la « finance verte », et « pour un capitalisme plus inclusif ».

Enoctobre 2017, Emmanuel Macron a demandé au Comité action publique 2022, dans lequel figure Jean-François Cirelli, de travailler sur les réformes de l’État et sur… la réforme des retraites. Cette promotion au grade d’officier de la Légion d’honneur scelle donc un peu plus l’idylle entre Emmanuel Macron et BlackRock, au moment où la réforme des retraites s’enlise. Mais peut-être les « services rendus à la nation » de Jean-François Cirelli, ex-conseiller de Jean-Pierre Raffarin et cadre dirigeant d'Engie, méritaient-ils cette nomination.

Poursuivons avec le milieu de la finance pour cette promotion 2020 : également élevé au grade d’officier de la Légion d’honneur, voici Grégoire Chertok. Par ailleurs conseiller de Paris apparenté LR, il est le pape de la fusion-acquisition en France, associé-gérant et membre du comité exécutif de la banque Rothschild, dans le département qu'a intégré Emmanuel Macron en 2008. Grégoire Chertok sera par exemple négociateur de Rothschild lors de la vente d'Alstom Energie à General Electric, ce qui lui vaudra une audition devant la commission d'enquête sur la vente d'Alstom dirigée par le député LR Olivier Marleix. Le Parquet national financier s'est saisi du dossier en juillet dernier.

L'aide au macronisme

Autre lauréat de la promotion de ce 1er janvier 2020, nommé au prestigieux grade de grand commandeur : Serge Weinberg. Outre le fait que ce dernier est président du géant pharmaceutique Sanofi depuis 2010, il est amusant de noter sa présence aux côtés de Grégoire Chertok : c’est Serge Weinberg qui a propulsé Macron dans l'univers de la banque d'affaires en le conseillant... à Rothschild, en 2008. Weinberg a connu l’actuel président de la République lorsqu'il siégeait à la commission Attali, dont Macron était rapporteur-adjoint, en 2007. C’est aussi lui qui était assez proche d’Emmanuel Macron pour confier à Envoyé spécial que le chef de l'Etat « avait décidé de créer sa propre société de conseil financier » avant de se lancer en politique. A la journaliste Anne Fulda, auteur d'Emmanuel Macron, un jeune homme si parfait, en 2017, le grand patron confiait que lui et le fondateur d'En Marche étaient « très copains ».

Également dans la promotion 2020 de la Légion d’honneur, un représentant à la fois du monde de la finance mais aussi d'En Marche : Christian Dargnat, président de l'association de financement d'En Marche. Inconnu du grand public, il est la personne qui a concrètement et financièrement rendu possible la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron, puisqu'il était le principal recruteur de grands donateurs pour le futur locataire de l'Elysée. En clair, sa tête-chercheuse auprès des traders et grands banquiers. Lui aussi a été gestionnaire d’actifs : de 2009 à 2016, il a été PDG de BNP Paribas Asset Management, la branche de gestion d’actifs financiers de la BNP. En avril 2016, il quitte ses fonctions pour organiser des diners de levée de fonds, et œuvrer dans l’ombre pour son ami Emmanuel Macron. C’est par exemple Christian Dagnat qui reçoit le don d'Olivier Berggruen, homme d’affaires américain et ex-employeur de Sylvie Goulard, ce que confirment les Macron leaks.

Autre représentant d’En Marche : Arnaud Leroy. Ancien député PS, évoqué pour le poste de ministre de l’Ecologie en 2017 avant de se faire doubler par Nicolas Hulot, il était porte-parole d’En Marche pendant la campagne présidentielle, chargé d’élaborer le programme énergétique du candidat. Dans la même veine, au grade de chevalier de la Légion d'honneur, on retrouve aussi Philippe Martin. L'économiste a bâti le programme économique d'Emmanuel Macron avec Philippe Aghion et Jean Pisani-Ferry. Il était surtout conseiller économique au cabinet à Bercy du fondateur d'En Marche, entre juillet 2015 et août 2016. Les ex-députés PS Gilles Savary et Bernadette Laclais, soutiens d'Emmanuel Macron à la dernière présidentielle et signataires de l'appel à la création d'un pôle de gauche dans la majorité ont également été promus.

La nomination au grade de chevalier de la Légion d’honneur de François Loncle est également à noter. Ancien député de l'aile droite du PS, ce dernier a été secrétaire d’État sous Mitterrand en 1992-93. Venu dans le camp Macron début 2017, il passe aujourd'hui un temps impressionnant sur son compte twitter, sur lequel il se plaît à... polémiquer quasi non-stop. Les gilets jaunes, qu'il ne porte manifestement pas dans son cœur et a même traité de « racaille jaune », sont une de ses obsessions, mais pas la seule. Insultes, paranoïa, relais de montages virulents, accusations frénétiques en populisme : François Loncle pourrait passer pour un troll macroniste… s’il n’était pas ancien parlementaire

Dans la catégorie médias, on remarque Cédric Siré. Il est fondateur de Webedia, une entreprise française de médias en ligne. Quel rapport avec lagalaxie Macron ? C'est que cet entrepreneur s'est associé à la sulfureuse Michèle Marchand, alias Mimi Marchand, pour fonder Pure People, en 2007. Cette agence de presse et de paparazzis se targue d'avoir sorti les scoops de la grossesse de Rachida Dati ou du futur couple Sarkozy-Bruni à Disneyland. C'est Pure people qui relancera la chevauchée de Mimi Marchand dans les médias, laquelle, après avoir cédé ses parts pour 500.000 euros en 2010, lancera Bestimage. On connaît la suite : Michèle Marchand sera présentée au couple Macron par Xavier Niel, puis c'est elle qui gèrera leur image dans les médias et participera à les propulser en une d'un très grand nombre de magazines et journaux peoples, en obtenant l'exclusivité officieuse de leurs photos de couple. C'est elle aussi qui, selon le magazine de France 2 Envoyé spécial, aurait pris en main la communication d'Alexandre Benalla au plus fort de l'affaire, en juillet 2018.

Autre représentante des médias, la directrice déléguée du groupe Challenges, magazine guère virulent avec le pouvoir macroniste, Elisabeth Descombes est désormais chevalier de la Légion d'honneur.

La grand reporter Anne Nivat a également été honorée. Prix Albert-Londres en 2000, cette journaliste, par ailleurs compagne de l'intervieweur politique Jean-Jacques Bourdin, a publié Un continent derrière Poutine ? en 2018.

Également nommé au grade d’officier : Denys de Béchillon. Ce professeur de droit public à l’université de Pau est responsable du comité scientifique du « Club des juristes », mais, comme Marianne l’expliquait dans un article sur les conflits d’intérêts autour de la privatisation d’ADP, il est aussi lobbyiste auprès de Vinci Airports. C’est lui qui, en avril dernier, a rédigé une « contribution extérieure » au nom de la multinationale auprès du Conseil constitutionnel pour plaider en faveur de la loi Pacte et de la privatisation d’ADP… à laquelle Vinci est visiblement intéressé.

intérêt général ?

Autre présence notable : celle de Jean-David Chamboredon, président exécutif d’un fonds d’investissement Isai. Ce chef d'entreprise français est le porte-parole du mouvement des Pigeons. Lui qui pestait contre la taxation des plus-values de cessions d’entreprises au barème de l’impôt sur le revenu, et le caractère trop redistributif des impôts... a donc été remercié pour ses services rendus à la Nation. De la même façon que Corine de Bilbao, l’ancienne directrice de General Electric France, avait été promue au grade d'officier le 14 juillet dernier, en plein plan social.

Ces personnes ont peut-être servi à leur façon l’intérêt général. Et bien sûr, la présence de ces dernières n'occupe qu'une petite partie de la liste des lauréats. Reste que la fin de la république des copains promise par Emmanuel Macron n'apparaît pas tout à fait imminente.

 

22. nov., 2019

 

"Ça dérange qu'il y ait une relève à gauche ?" Ségolène Royal se défend sur l'air du "comme par hasard"

Par Louis Nadau, Publié le 15/11/2019 à 16:57

 Qu'il s'agisse de ses absences ou de son utilisation des moyens mis à sa disposition en tant qu'ambassadrice des pôles, interrogée par Radio France ce vendredi 15 novembre, Ségolène Royal estime que les mises en cause dont elle fait l'objet sont téléguidées par un motif : elle est "en tête" dans les sondages" pour la prochaine présidentielle.

Ségolène Royal verserait-elle dans le complotisme ? Mise en cause à plusieurs reprises ces dernières semaines dans sa fonction d'ambassadrice des pôles, l'ex-candidate socialiste à la présidentielle entonne volontiers pour se défendre l'air du "comme par hasard". Dernier exemple en date ce vendredi 15 novembre, après que la cellule investigation de Radio France a mis le doigt sur l'utilisation des moyens mis à sa disposition par le ministère des Affaires étrangères, dont nos confrères rapportent qu'ils donnent lieu à une confusion des genres avec ses autres activités.

L'enquête explique ainsi que des collaborateurs salariés par le Quai d'Orsay ont été mobilisés par leur patronne lors d'événements sans rapport avec les fonctions officielles de Ségolène Royal. Par exemple, cette équipe l'aurait accompagnée à l'inauguration d'un hôpital ou la visite d'une usine en Poitou-Charentes, région dont elle fut longtemps présidente.Toujours selon Radio France, les mêmes conseillers participent activement à la promotion du dernier livre de leur boss, Ce que je peux enfin vous dire, ainsi que de sa fondation "Désirs d'avenir pour la planète". Pour payer ses collaborateurs, l'ambassadrice des pôles dispose d'une enveloppe de 100.000 euros, indiquent les journalistes de Radio France, qui relèvent : "La question qui se pose est de savoir si cette enveloppe a pu aussi financer les dépenses de Ségolène Royal et de son équipe sur leurs déplacements en province ou lors des opérations menées pour le compte de la fondation".

"boules puantes" "dégueulasses"

"Ces insinuations sont calomnieuses et diffamatoires. Les activités bénévoles et associatives de mes proches ont lieu exclusivement sur leur temps libre. Pourquoi tant d’acharnement ? Je dérange encore ? Rien n’arrêtera mes actions et mes engagements écologiques", s'est insurgée sur Twitter l'ancienne ministre de l'Environnement.

Interrogée sur RMC, dans l'émission Les grandes gueules, Ségolène Royal a de nouveau dégainé sa botte secrète : "Pourquoi viennent ces agressions dégueulasses en ce moment ? Parce que je suis en tête dans les sondages ? Ça dérange qu'il y ait une relève à gauche qui peut-être se prépare ?". Et d'ajouter que ces "attaques" apparaissent "comme par hasard au moment où (elle) apparaît dans les sondages la mieux placée pour relever le défi de la gauche à l'élection présidentielle" en 2022. Une élection sur laquelle la battue de 2007 ne semble donc pas avoir fait une croix...

Ce n'est pas la première fois que Ségolène Royal, qui a indiqué ce vendredi qu'elle "se réserve le droit" de porter plainte contre les journalistes de Radio France, se pose en victime d'une mission commandée de ses adversaires pour la torpiller. Pas plus tard qu'en septembre dernier, elle invoquait ce même argument tandis qu'elle était déjà accusée de ne s'être jamais rendue aux réunions du Conseil de l'Arctique, auquel elle avait été nommée le 1er septembre 2017. CheckNews relevait ainsi que l'ambassadrice des pôles n'avait jamais été présente en personne aux réunions de cette instance. "Et comme par hasard, cette boule puante surgit quand certains m’interrogent sur la prochaine présidentielle...", avait tweeté l'intéressée. A quand l'accusation fillonesque d'un "cabinet noir" à l'Elysée ?