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9. oct., 2019

Politique

TV

Jean-Pierre Chevènement, l’homme qui ne regrette rien

Par Louis Hausalter

Publié le 30/09/2019 à 08:07

LCP revient dans un documentaire sur le parcours de Jean-Pierre Chevènement, véritable empêcheur de tourner en rond de la gauche, qui assume plus que jamais d'avoir pointé ses renoncements.

« Il faudrait un Chevènement. On n’a plus personne de cette veine-là, de cette gauche chevènementiste, clemenciste. » Ainsi s’est récemment plaint Emmanuel Macron en privé, selon le Canard enchaîné du 18 septembre, alors que le chef de l’Etat peine à convaincre ses propres ministres de s’emparer des sujets régaliens que sont l’immigration et la sécurité. Il est vrai que Jean-Pierre Chevènement, lui, ne craignait pas de mettre sur la table les sujets qui fâchent, souvent à rebours de son propre camp. C’est ce que rappelle un documentaire sur son parcours, écrit par les journalistes David Pujadas et Emilie Lançon, diffusé le 30 septembre sur LCP.

Non, rien de rien...

Face à la caméra, l’homme aux trois démissions gouvernementales répète volontiers sa phrase la plus célèbre : « Un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l’ouvrir, ça démissionne. » Le film revient surtout sur les multiples avertissements de cet inébranlable tenant d’une ligne sociale, républicaine et patriote, au milieu d’une gauche de plus en plus encline à embrasser la mondialisation sans limites et l’individualisme exacerbé. C'est ainsi qu'en 1983, il claque la porte au moment du tournant de la rigueur entamé par Mitterrand. « C’est l’avènement du capitalisme financier. C’est le contraire de ce que nous avons voulu faire », souligne-t-il encore aujourd'hui. Plus tard, il s’attirera l’opprobre d’une partie de son camp en tentant d’impulser un retour aux fondamentaux à l’école, en militant pour le non au traité de Maastricht, ou encore en traitant de jeunes délinquants de « sauvageons ».

De tout cela, le « Che » ne regrette rien. Pas plus qu’il ne s’excuse de sa candidature à la présidentielle de 2002, que d’aucuns rendent responsable de l’élimination de Lionel Jospin. Lui concède tout juste « une erreur », celle d’avoir sous-estimé Jean-Marie Le Pen. « Je ne peux pas faire de la politique-fiction. Je ne l’ai pas vu venir », lâche-t-il. Quant à tenter de renouer le fil avec Jospin… « J’ai essayé, mais visiblement ça n’était pas dans son état d’esprit. »

"Il a eu raison avant l'heure"

Avec le recul, Hubert Védrine, ex-collègue de Chevènement dans le gouvernement Jospin, en convient volontiers : « Il a quand même vu juste, alors qu’une opinion dominante à gauche ou dans le monde politico-médiatique voulait ostraciser toutes les idées relevant de la nation, de l’histoire, de l’identité. C’est en partie pour ça que ce besoin d’identité s’est exprimé de façon extrémiste. » « Je pense qu’il a eu raison avant l’heure, renchérit Louis Gallois, qui fut son directeur de cabinet. Il y a ceux qui sont embarqués dans la mondialisation et qui en bénéficient, et puis il y a les autres qui restent sur le bord de la route, qui voient le train passer, et qui ne l’acceptent pas. »

Il n’empêche, ceux qui saluent aujourd’hui la hauteur de vue de Jean-Pierre Chevènement auraient sans doute été mieux inspirés de l’écouter avant que le FN ne s’empare de tout ce que la gauche a renié. Du haut de ses 80 ans, l’intéressé, lui, ne veut pas céder à la déprime pour autant : « Je fais mienne la leçon que je tire du général de Gaulle : il ne faut jamais désespérer. »

>> Jean-Pierre Chevènement, l’indomptable, de David Pujadas et Emilie Lançon, lundi 30 septembre à 20h30 sur LCP

 

9. sept., 2019

Etats-Unis - Grande Bretagne : gouverner par le mensonge

30/08/2019

Comment les deux démocraties les plus vénérables de la planète ont-elles pu confier le pouvoir à d'incontrôlables bouffons ?

Un même style : le modèle du politicien de l'avenir ?• Crédits : Dylan Martinez - Getty

Trump, BoJo, point commun : une légitimité électorale très fragile

Les deux plus anciennes démocraties de la planète, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, traversent, l’une et l’autre, une crise politique d’une extrême gravité. Celle-ci s’incarne dans la personnalité de leaders extravagants, qui menacent d’entraîner leurs nations dans des aventures risquées, sans que les institutions censées tracer des limites précises à leur pouvoir ne semblent réellement en mesure de les arrêter. C’est d’autant plus étonnant que ni le président américain, ni le Premier ministre britannique ne disposent d’une légitimité suffisante pour impulser les tournants politiques lourds de conséquence cependant en cours. 

Donald Trump a été élu président en 2016 parce qu’il a remporté la victoire dans un plus grand nombre d’Etats que Hilary Clinton. En particulier, les états les moins peuplés des Etats-Unis. Ainsi avait-il pour lui 306 grands électeurs, contre 232 pour sa rivale. Mais il ne faut pas oublier qu’à l’échelle du pays tout entier, Trump n’a bénéficié des suffrages que de 63 millions d’électeurs (46,1 %) contre 66 millions pour Clinton (48,2 %). Etant donné le haut niveau d’abstention de règle aux Etats-Unis, il n’a recueilli le soutien que de 27 % des électeurs. 

Cela signifie que 73 % des électeurs américains n’ont jamais voté pour ce président-là. Sa cote de popularité n’a jamais été positive au cours de son mandat. Actuellement, il enregistre un déficit important : 43 % des sondés lui sont favorables, mais 53 % désapprouvent son action. 

C’est encore pire dans le cas de Boris Johnson. Il n’a pas pris la tête du gouvernement à la suite d’une victoire électorale, mais au contraire d’une terrible défaite de son parti. Aux élections de mai 2019, le Parti conservateur a enregistré la pire humiliation de son histoire, ses candidats recueillant moins de 9 % des suffrages exprimés. Si "BoJo" est aujourd’hui à Downing Street, c’est sur la base d’une élection tenue au sein du seul parti conservateur (moins de 100 000 membres dans tout le pays). Sa cote de popularité est faible : 31 % d’opinions favorables, 47 % de défavorables.

Ces leaders improbables n'en menacent pas moins de lancer leurs nations dans des aventures très risquées

Or, Trump a lancé, contre la Chine, une guerre commerciale qui, non seulement déstabilise le système de libre-échange mis en place par ses prédécesseurs et menace de provoquer une récession mondiale, mais pourrait faire dégénérer la crise en guerre ouverte par ses rodomontades. En dénonçant l’accord conclu avec l’Iran, il est indirectement responsable d’une forte remontée des tensions au Moyen-Orient. 

Johnson apparaît, de son côté, décidé à aboutir à une rupture sans accord avec l’Union européenne – quitte à museler provisoirement le Parlement britannique. Au mépris des risques inouïs qu’un tel résultat provoquerait, non seulement pour l’économie de la Grande-Bretagne, mais pour son existence même : qui peut imaginer que puissent être réédifiées, entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord (britannique) les frontières supprimées par Tony Blair dans le cadre de l’Accord du Vendredi Saint de 1998 ? L’Angleterre est-elle prête à sacrifier son union séculaire avec l’Ecosse ?

 

13. août, 2019

Le Huffpost

11/08/2019

François Baroin prévient après la mort du maire de Signes: "les maires sont en danger"

Le président de l'Association des maires de France (AMF) demande une plus grande protection des "élus de proximité" après la mort de Jean-Mathieu Michel.

  • Le HuffPost avec AFP

LUDOVIC MARIN via Getty ImagesFrançois Baroin, ici le 30 janvier 2018 à l'Élysée, tire la sonnette d'alarme après la mort du maire de Signes, Jean-Mathieu Michel.

POLITIQUE - François Baroin, président de l’Association des maires de France (AMF), affirme que “les maires sont en danger ”, et demande, après la mort de l’un d’entre eux dans l’exercice de ses fonctions, que l’on donne “un véritable coup d’arrêt” aux violences contre les élus, dans une interview au Journal du dimanche, daté du 11 août.

La mort de Jean-Mathieu Michel, maire de Signes (Var), est “une immense émotion et une très vive douleur”, affirme François Baroin, lui-même maire de Troyes (Aube). “Ce qu’il a fait, un constat de flagrance sur un acte illégal, est pratiqué par nombre d’élus, tous les jours, dans une forme d’héroïsme obscur”, ajoute-t-il.

De plus en plus de mains courantes de la part d’élus

Selon lui, la dégradation de la situation des élus depuis vingt-cinq ans est “incontestable”. “Le respect de la responsabilité municipale, de l’autorité et de l’élu se dégrade d’année en année. Ce qui était un élément marginal il y a dix ou quinze ans devient un élément dominant. Insultes, violences verbales, menaces sous forme de lettres anonymes ou via les réseaux sociaux: les mains courantes déposées par les élus sont de plus en plus nombreuses”, explique-t-il.

Il faut protéger ces élus de proximité, leur donner des garanties de protection plus élevéesFrançois Baroin

 “Les maires sont en danger. Ils ont de plus en plus de responsabilités que leur confère le législateur (...) Il faut donc protéger ces élus de proximité, leur donner des garanties de protection plus élevées, un pouvoir de police administrative plus important, la possibilité d’installer des caméras dans des zones à risque… Tout cela fera partie des propositions que nous formulerons quand le projet de loi du gouvernement sur le futur statut de l’élu arrivera au Sénat, à l’automne. C’est indispensable”.

“Il faut donner un véritable coup d’arrêt et assurer une meilleure protection des maires, une amélioration de leurs conditions d’exercice du mandat et une identification des sujets sensibles”, insiste François Baroin.

Macron promet une réponse “toujours ferme”

Maire de Signes depuis 1983, Jean-Mathieu Michel, 76 ans, est mort lundi après avoir été renversé par la camionnette dont il voulait verbaliser les occupants pour avoir jeté des gravats en bordure d’une route. Le conducteur de la camionnette a été mis en examen pour “homicide involontaire”.

Dans un message lu par la ministre de la Cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, lors des obsèques de Jean-Mathieu Michel, le président Emmanuel Macron a promis de veiller “personnellement à ce que, face aux incivilités et à la désagrégation chez certains du sens de l’État et de la Nation, la réponse soit toujours ferme, exemplaire et sans complaisance”.

 

30. oct., 2018

Libération

Les droites radicales fondent sur le globe

Par Laurent Joffrin — 26 octobre 2018

Brésil, Turquie, Philippines, Etats-Unis, Europe… Les démocraties voient des leaders nationalistes et populistes accéder au pouvoir ou monter dangereusement dans les sondages. Un phénomène nourri par la défiance envers les élites et la xénophobie.

Édito

Comme les civilisations, les démocraties sont mortelles. Moribondes ? Certes non : les régimes démocratiques n’ont jamais été aussi nombreux sur la planète et beaucoup d’entre eux sont très solides. Nous ne sommes pas dans les années 30. Mais un mal nouveau les guette, un mal plus insidieux, plus pernicieux, un mal qui vient de l’intérieur et qui ronge la culture démocratique. La mappemonde que nous publions en montre l’extension : dans de nombreux pays, le national-populisme ne cesse de gagner du terrain. Point de dictature ouverte. Mais une conquête progressive qui, au nom de la nation, écorne l’Etat de droit, abaisse le débat public, érode les libertés, contraint les minorités, attaque le droit des femmes et désigne presque partout l’étranger comme bouc émissaire.

«Liberté, égalité, fraternité», dit la République française. «Identité, sécurité, intolérance», répondent les nationalistes. Des méthodes légales, un appel à la souveraineté populaire, peu de violence physique : le fascisme n’est pas aux portes. Mais partout les mêmes thèmes, les mêmes simplismes, les mêmes slogans agressifs et sommaires dominent. Il y a les «démocratures», comme la Turquie, passée sous la coupe du sultan Erdogan. Il y a surtout la victoire de partis réactionnaires coulés dans le moule constitutionnel, au pouvoir en Italie, en Hongrie, aux Etats-Unis ou aux Philippines. Et bientôt, il faut le craindre, au Brésil. Il y a enfin, un peu partout, ces partis xénophobes, homophobes, déclinistes, climatosceptiques pour la plupart, expéditifs en matière de sécurité, rétrogrades en matière de mœurs, qui remplissent les urnes et vident les têtes au profit d’affects sommaires, de mobilisations simplistes, une sorte de marée brunâtre qui s’infiltre au sein de régimes jusque-là officiellement dédiés au progrès et à la liberté.

Epidémie

Une sociologie paresseuse incrimine la crise économique, les inégalités, les fractures sociales. Elles jouent leur rôle, reléguant une grande partie des classes populaires dans une misère relative et un enfermement urbain ou campagnard qui nourrissent un sentiment d’abandon, offrant un terrain fertile aux démagogues. La version libérale de la mondialisation menace les acquis, creuse les différences de revenus, mine les protections, brouille les repères, bouche l’avenir des plus défavorisés. Le libéralisme sans frein, fourrier du nationalisme.

Mais l’épidémie ne se limite pas aux pays pauvres ou inégalitaires. La Suisse, Etat riche et équilibré, a elle aussi son parti intolérant, tout comme les nations scandinaves et les Pays-Bas, qui ont fait tant d’efforts en faveur de la protection sociale et de l’intégration. La crise économique plante un décor. Elle n’explique pas la pièce. Ce sont les facteurs culturels, sociétaux, qui font la vraie différence. «On est chez nous !» Partout, le slogan résume l’humeur des peuples. C’est bien ce qui rend la tâche des démocrates, des progressistes ou de la gauche si difficile, eux qui sont voués à la tolérance et à l’ouverture. Que répondre à ceux qui ont le sentiment de ne plus s’appartenir ? Que ce sont des racistes ? Un peu court. De même le prêche en faveur du «vivre-ensemble», juste à tous égards mais aussi irénique quand les quartiers populaires se transforment en ghettos, que les communautés s’épient et parfois s’affrontent, que les cités concentrent tous les maux et que les villages vivent dans l’angoisse du délaissement.

Bouc émissaire

Dans ces conditions, l’identité et la nation deviennent le seul patrimoine de ceux qui n’en ont pas, tandis que le refuge identitaire rassure symétriquement les minorités laissées hors les murs. L’immigration devient naturellement, au sein de la population, le bouc émissaire de tous les ressentiments. Souvent elle explique la percée subite de tel ou tel parti de la fermeture. En Allemagne, en Suède, au Danemark, tous pays généreux et ouverts, elle a suscité une réaction politique ravageuse. En Italie, l’humiliation d’un pays laissé par l’Europe seul face à la vague migratoire de 2015, a propulsé la Ligue, jusque-là confinée au régionalisme du Nord, en tête des votes populaires.

L’insécurité joue aussi son rôle. C’est l’impuissance de la démocratie philippine à contrer l’emprise des gangs qui explique la victoire de Rodrigo Duterte, qui les combat désormais avec des méthodes de gangster. C’est elle aussi qui a gonflé le score de Jair Bolsonaro, ce militaire nostalgique de la dictature en passe de conquérir dimanche le pouvoir au Brésil. Le rejet des élites, enfin, réunit la plupart des votes populistes. Elites corrompues, comme au Brésil ; élites retirées sur l’Aventin de leur prospérité, comme dans tant de pays, vivant dans un monde ouvert, protégé par la barrière des prix de l’immobilier dans les grandes capitales ; élites impuissantes, surtout, dont les promesses de redressement font long feu, dont le libéralisme économique et culturel crée incompréhension et colère, tant elles sont coupées du reste de la population.

Quand la démocratie classique, conservatrice ou social-démocrate, ne parvient pas à soigner les maux de la société, cette dernière se tourne vers un régime plus musclé, plus intolérant, plus fermé, qui invoque le déclin pour nourrir un discours national agressif et l’immigration pour élever de nouveau murs et frontières. Sur ce point, la leçon des années 30 est toujours opérante. Faute d’avoir jugulé la crise économique, rendu un avenir à la nation, maintenu l’ordre civique, surmonté les fractures culturelles et sociales, les démocraties d’Europe (l’Italie, l’Allemagne, la Hongrie, la Pologne, l’Espagne ou la France) ont succombé l’une après l’autre sous les coups des fascismes. Pour avoir rendu l’espoir aux classes populaires, donné une perspective à la nation, réuni avec habileté une coalition politique autour de son projet, Roosevelt a vaincu les leaders populistes de son temps, Lindbergh, Huey Long ou le père Coughlin, alors même que la crise de 1929 fut plus violente aux Etats-Unis qu’en Europe.

Danger

La maison brûle et on regarde ailleurs. Vrai pour le climat, l’aphorisme vaut aussi pour la démocratie. Le danger est réel, palpable, immédiat. Les ingrédients du national-populisme sont présents, sous nos yeux. Les remèdes ? Ils sont faciles à énoncer. C’est la mise en œuvre qui manque. Une politique de l’immigration humaine, tournée vers l’accueil et l’ouverture, mais une ouverture organisée, aux règles stables et claires. Un refus républicain - tolérant mais ferme - de la dérive communautaire, qui est l’antichambre de l’affrontement. Une politique économique tournée vers la protection et la promotion des classes populaires, quitte à jeter aux orties le carcan délétère de l’orthodoxie. Des réformes sociales qui ne soient pas synonymes de sacrifices, demandés toujours aux mêmes, mais qui restaurent de manière tangible l’idée de progrès. Un projet pour la nation, qui lui rende sa vraie identité, fondée sur la justice et la liberté, à l’opposé des enfermements ethniques. Un comportement des élites, enfin, qui les sorte de leur tour d’ivoire et les réconcilie avec le reste de la population, par une compréhension des épreuves qu’impose la mondialisation aux peuples, par une attitude de respect et non de commisération lointaine. Cette condition est cruciale : sans elle, le dégagisme sévira encore, au bénéfice des ennemis de la liberté. Il faut une prise de conscience urgente. De toute évidence, nous en sommes loin…

Laurent Joffrin

 

7. sept., 2018

Par Laurent Joffrin dans Libération.

Les emmerdes, disait poétiquement Jacques Chirac, volent toujours en escadrille. S’agissant d’Emmanuel Macron, ce n’est plus une escadrille mais une flotte aérienne. Une liste de noms propres symbolise cet été politiquement meurtrier : Benalla, Borloo, Aquarius, Hulot, Darmanin, Gaulois, Besson, Saal, Bern… Ouf ! On dit que c’est le retour de la scoumoune qui a empoisonné les prédécesseurs du président. Pas tout à fait. Cette malchance a été puissamment aidée par les gaffes, les boulettes et les bévues commises en haut lieu, sous le signe de la contradiction.

On promet une présidence irréprochable mais on nomme, puis on protège, un Rambo amateur chargé de la sécurité rapprochée du président ; on commande à Jean-Louis Borloo un «plan pauvreté» dont on savait qu’il serait ambitieux et donc dispendieux (l’auteur du rapport ne s’en cachait pas) puis on l’écarte d’un revers de main faute de crédits ; on refuse d’accueillir un bateau de migrants, puis on reproche la même chose au gouvernement italien, qui fait remarquer que l’Italie a accueilli dix fois plus de réfugiés que la France ; on nomme un ministre de la Transition écologique emblématique puis on le désavoue dans une série de dossiers sensibles, ce qui provoque son départ ; on annonce le prélèvement des impôts à la source, puis on s’avise que la réforme pourrait indisposer les contribuables et on entre dans une valse-hésitation ; on nomme un écrivain ami consul à Los Angeles au risque d’alimenter l’accusation de copinage ; on stigmatise les «Gaulois réfractaires au changement» en oubliant que les mêmes réfractaires ont voté pour un président qui promettait un changement radical ; on plaide la promotion au mérite et on promeut une dame condamnée en justice, qui reçoit une mission, un grade et une belle augmentation de salaire ; on nomme un «Monsieur Patrimoine» mais on mesure chichement ses moyens et on pond un projet de loi sur le logement qui déclenche son ire en réduisant les prérogatives des architectes des bâtiments de France. Dans cet inventaire à la Prévert, qui mêle questions de fond et anecdotes, il ne manque que le raton laveur.

Par son intensité, cette série de pas de clerc a quelque chose d’inquiétant. Certes, le président est protégé par la Constitution – il fera cinq ans quoi qu’il arrive. Mais dans quel équipage ? Un exécutif si prématurément affaibli risque l’aboulie, ce qui n’est pas rassurant pour le pays. Avec ces deux questions qui planent sur la présidence : a-t-on élu la bonne personne ? Sa stratégie de libéralisation est-elle juste ? Jupiter tonnant ou Jupiter vacillant ?