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20. janv., 2020

Patrons, finance, En Marche : au-delà de BlackRock, ces Légions d'honneur attribuées à des proches du pouvoir

 

Par Etienne Campion  Publié le 02/01/2020

Parmi les 487 personnes figurant dans la promotion civile de la Légion d’honneur du 1er janvier 2020, on retrouve quelques noms bien connus d'Emmanuel Macron. Jean-François Cirelli, patron de BlackRock France, mais aussi un banquier de Rothschild, plusieurs ex-collaborateurs et militants d'En Marche, des grands patrons...

C’est le même scénario deux fois par an, le 1er janvier et le 14 juillet : une liste de personnalités diversement connues du grand public sont récompensées et intègrent la promotion civile de la Légion d’honneur. Comme à l’accoutumée, on retrouve cette année des noms célèbres parmi les lauréats, dont Gilbert Montagné ou bien Phillipe Etchebest, le célèbre chef cuisinier.

Dans la liste des nouveaux chevaliers, autour de quelques résistants et grands médecins, certains noms, moins connus, résonnent différemment. Emmanuel Macron et ses ministres n'ont pas résisté à la tentation d'intégrer quelques proches au contingent, banquiers, financiers ou collaborateurs politiques. Etre l'ami du pouvoir n'empêche aucunement d'être méritant, évidemment. Mais la nomination de certains lauréats interroge tout de même. En 2017, Emmanuel Macron s’était d'ailleurs prononcé pour la revalorisation de la Légion d'honneur, estimant que « le mérite doit être désormais le seul et unique critère retenu ». Fini, la République des copains, avait-on compris. D'autant que le premier article du code de la Légion d’honneur dispose que la plus honorifique des distinctions françaises est « la récompense de mérites éminents acquis au service de la nation ». Et alors que « les légionnaires œuvrent au bénéfice de la société et non dans leur intérêt exclusif », et qu’« ils contribuent au bien public par la création d’emplois, le développement de l’enseignement, le soutien aux déshérités ».

BlackRock

La présence de Jean-François Cirelli a été la plus commentée. Chevalier depuis 2006, l’actuel directeur de la branche française de BlackRock, mastodonte de la gestion d'actifs dans le monde, a été élevé au rang d’officier de la Légion d’honneur. Timing étrange, puisque le fonds qui gère 6.840 milliards de dollars passe déjà pour faire partie des acteurs particulièrement favorisés par la réforme des retraites, qui pourrait permettre l'irruption en France d'un système de retraite par capitalisation à l’américaine.

Possibilité que BlackRock soutient ouvertement. En témoigne une note à destination du gouvernement publiée en juin 2019 dans laquelle le groupe souligne que la loi Pacte aurait permis de « combler les lacunes structurelles des régimes d'épargne retraite volontaire existant ». Larry Fink, le PDG de BlackRock, avait même rencontré en personne Emmanuel Macron à Élysée le 10 juillet 2019, avec d’autres gestionnaires d’actifs, lors d’une réunion visant à inciter les fonds d’investissements à financer la lutte contre le réchauffement climatique. S’en suivront des programmes de travail sur la « finance verte », et « pour un capitalisme plus inclusif ».

Enoctobre 2017, Emmanuel Macron a demandé au Comité action publique 2022, dans lequel figure Jean-François Cirelli, de travailler sur les réformes de l’État et sur… la réforme des retraites. Cette promotion au grade d’officier de la Légion d’honneur scelle donc un peu plus l’idylle entre Emmanuel Macron et BlackRock, au moment où la réforme des retraites s’enlise. Mais peut-être les « services rendus à la nation » de Jean-François Cirelli, ex-conseiller de Jean-Pierre Raffarin et cadre dirigeant d'Engie, méritaient-ils cette nomination.

Poursuivons avec le milieu de la finance pour cette promotion 2020 : également élevé au grade d’officier de la Légion d’honneur, voici Grégoire Chertok. Par ailleurs conseiller de Paris apparenté LR, il est le pape de la fusion-acquisition en France, associé-gérant et membre du comité exécutif de la banque Rothschild, dans le département qu'a intégré Emmanuel Macron en 2008. Grégoire Chertok sera par exemple négociateur de Rothschild lors de la vente d'Alstom Energie à General Electric, ce qui lui vaudra une audition devant la commission d'enquête sur la vente d'Alstom dirigée par le député LR Olivier Marleix. Le Parquet national financier s'est saisi du dossier en juillet dernier.

L'aide au macronisme

Autre lauréat de la promotion de ce 1er janvier 2020, nommé au prestigieux grade de grand commandeur : Serge Weinberg. Outre le fait que ce dernier est président du géant pharmaceutique Sanofi depuis 2010, il est amusant de noter sa présence aux côtés de Grégoire Chertok : c’est Serge Weinberg qui a propulsé Macron dans l'univers de la banque d'affaires en le conseillant... à Rothschild, en 2008. Weinberg a connu l’actuel président de la République lorsqu'il siégeait à la commission Attali, dont Macron était rapporteur-adjoint, en 2007. C’est aussi lui qui était assez proche d’Emmanuel Macron pour confier à Envoyé spécial que le chef de l'Etat « avait décidé de créer sa propre société de conseil financier » avant de se lancer en politique. A la journaliste Anne Fulda, auteur d'Emmanuel Macron, un jeune homme si parfait, en 2017, le grand patron confiait que lui et le fondateur d'En Marche étaient « très copains ».

Également dans la promotion 2020 de la Légion d’honneur, un représentant à la fois du monde de la finance mais aussi d'En Marche : Christian Dargnat, président de l'association de financement d'En Marche. Inconnu du grand public, il est la personne qui a concrètement et financièrement rendu possible la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron, puisqu'il était le principal recruteur de grands donateurs pour le futur locataire de l'Elysée. En clair, sa tête-chercheuse auprès des traders et grands banquiers. Lui aussi a été gestionnaire d’actifs : de 2009 à 2016, il a été PDG de BNP Paribas Asset Management, la branche de gestion d’actifs financiers de la BNP. En avril 2016, il quitte ses fonctions pour organiser des diners de levée de fonds, et œuvrer dans l’ombre pour son ami Emmanuel Macron. C’est par exemple Christian Dagnat qui reçoit le don d'Olivier Berggruen, homme d’affaires américain et ex-employeur de Sylvie Goulard, ce que confirment les Macron leaks.

Autre représentant d’En Marche : Arnaud Leroy. Ancien député PS, évoqué pour le poste de ministre de l’Ecologie en 2017 avant de se faire doubler par Nicolas Hulot, il était porte-parole d’En Marche pendant la campagne présidentielle, chargé d’élaborer le programme énergétique du candidat. Dans la même veine, au grade de chevalier de la Légion d'honneur, on retrouve aussi Philippe Martin. L'économiste a bâti le programme économique d'Emmanuel Macron avec Philippe Aghion et Jean Pisani-Ferry. Il était surtout conseiller économique au cabinet à Bercy du fondateur d'En Marche, entre juillet 2015 et août 2016. Les ex-députés PS Gilles Savary et Bernadette Laclais, soutiens d'Emmanuel Macron à la dernière présidentielle et signataires de l'appel à la création d'un pôle de gauche dans la majorité ont également été promus.

La nomination au grade de chevalier de la Légion d’honneur de François Loncle est également à noter. Ancien député de l'aile droite du PS, ce dernier a été secrétaire d’État sous Mitterrand en 1992-93. Venu dans le camp Macron début 2017, il passe aujourd'hui un temps impressionnant sur son compte twitter, sur lequel il se plaît à... polémiquer quasi non-stop. Les gilets jaunes, qu'il ne porte manifestement pas dans son cœur et a même traité de « racaille jaune », sont une de ses obsessions, mais pas la seule. Insultes, paranoïa, relais de montages virulents, accusations frénétiques en populisme : François Loncle pourrait passer pour un troll macroniste… s’il n’était pas ancien parlementaire

Dans la catégorie médias, on remarque Cédric Siré. Il est fondateur de Webedia, une entreprise française de médias en ligne. Quel rapport avec lagalaxie Macron ? C'est que cet entrepreneur s'est associé à la sulfureuse Michèle Marchand, alias Mimi Marchand, pour fonder Pure People, en 2007. Cette agence de presse et de paparazzis se targue d'avoir sorti les scoops de la grossesse de Rachida Dati ou du futur couple Sarkozy-Bruni à Disneyland. C'est Pure people qui relancera la chevauchée de Mimi Marchand dans les médias, laquelle, après avoir cédé ses parts pour 500.000 euros en 2010, lancera Bestimage. On connaît la suite : Michèle Marchand sera présentée au couple Macron par Xavier Niel, puis c'est elle qui gèrera leur image dans les médias et participera à les propulser en une d'un très grand nombre de magazines et journaux peoples, en obtenant l'exclusivité officieuse de leurs photos de couple. C'est elle aussi qui, selon le magazine de France 2 Envoyé spécial, aurait pris en main la communication d'Alexandre Benalla au plus fort de l'affaire, en juillet 2018.

Autre représentante des médias, la directrice déléguée du groupe Challenges, magazine guère virulent avec le pouvoir macroniste, Elisabeth Descombes est désormais chevalier de la Légion d'honneur.

La grand reporter Anne Nivat a également été honorée. Prix Albert-Londres en 2000, cette journaliste, par ailleurs compagne de l'intervieweur politique Jean-Jacques Bourdin, a publié Un continent derrière Poutine ? en 2018.

Également nommé au grade d’officier : Denys de Béchillon. Ce professeur de droit public à l’université de Pau est responsable du comité scientifique du « Club des juristes », mais, comme Marianne l’expliquait dans un article sur les conflits d’intérêts autour de la privatisation d’ADP, il est aussi lobbyiste auprès de Vinci Airports. C’est lui qui, en avril dernier, a rédigé une « contribution extérieure » au nom de la multinationale auprès du Conseil constitutionnel pour plaider en faveur de la loi Pacte et de la privatisation d’ADP… à laquelle Vinci est visiblement intéressé.

intérêt général ?

Autre présence notable : celle de Jean-David Chamboredon, président exécutif d’un fonds d’investissement Isai. Ce chef d'entreprise français est le porte-parole du mouvement des Pigeons. Lui qui pestait contre la taxation des plus-values de cessions d’entreprises au barème de l’impôt sur le revenu, et le caractère trop redistributif des impôts... a donc été remercié pour ses services rendus à la Nation. De la même façon que Corine de Bilbao, l’ancienne directrice de General Electric France, avait été promue au grade d'officier le 14 juillet dernier, en plein plan social.

Ces personnes ont peut-être servi à leur façon l’intérêt général. Et bien sûr, la présence de ces dernières n'occupe qu'une petite partie de la liste des lauréats. Reste que la fin de la république des copains promise par Emmanuel Macron n'apparaît pas tout à fait imminente.

 

22. nov., 2019

 

"Ça dérange qu'il y ait une relève à gauche ?" Ségolène Royal se défend sur l'air du "comme par hasard"

Par Louis Nadau, Publié le 15/11/2019 à 16:57

 Qu'il s'agisse de ses absences ou de son utilisation des moyens mis à sa disposition en tant qu'ambassadrice des pôles, interrogée par Radio France ce vendredi 15 novembre, Ségolène Royal estime que les mises en cause dont elle fait l'objet sont téléguidées par un motif : elle est "en tête" dans les sondages" pour la prochaine présidentielle.

Ségolène Royal verserait-elle dans le complotisme ? Mise en cause à plusieurs reprises ces dernières semaines dans sa fonction d'ambassadrice des pôles, l'ex-candidate socialiste à la présidentielle entonne volontiers pour se défendre l'air du "comme par hasard". Dernier exemple en date ce vendredi 15 novembre, après que la cellule investigation de Radio France a mis le doigt sur l'utilisation des moyens mis à sa disposition par le ministère des Affaires étrangères, dont nos confrères rapportent qu'ils donnent lieu à une confusion des genres avec ses autres activités.

L'enquête explique ainsi que des collaborateurs salariés par le Quai d'Orsay ont été mobilisés par leur patronne lors d'événements sans rapport avec les fonctions officielles de Ségolène Royal. Par exemple, cette équipe l'aurait accompagnée à l'inauguration d'un hôpital ou la visite d'une usine en Poitou-Charentes, région dont elle fut longtemps présidente.Toujours selon Radio France, les mêmes conseillers participent activement à la promotion du dernier livre de leur boss, Ce que je peux enfin vous dire, ainsi que de sa fondation "Désirs d'avenir pour la planète". Pour payer ses collaborateurs, l'ambassadrice des pôles dispose d'une enveloppe de 100.000 euros, indiquent les journalistes de Radio France, qui relèvent : "La question qui se pose est de savoir si cette enveloppe a pu aussi financer les dépenses de Ségolène Royal et de son équipe sur leurs déplacements en province ou lors des opérations menées pour le compte de la fondation".

"boules puantes" "dégueulasses"

"Ces insinuations sont calomnieuses et diffamatoires. Les activités bénévoles et associatives de mes proches ont lieu exclusivement sur leur temps libre. Pourquoi tant d’acharnement ? Je dérange encore ? Rien n’arrêtera mes actions et mes engagements écologiques", s'est insurgée sur Twitter l'ancienne ministre de l'Environnement.

Interrogée sur RMC, dans l'émission Les grandes gueules, Ségolène Royal a de nouveau dégainé sa botte secrète : "Pourquoi viennent ces agressions dégueulasses en ce moment ? Parce que je suis en tête dans les sondages ? Ça dérange qu'il y ait une relève à gauche qui peut-être se prépare ?". Et d'ajouter que ces "attaques" apparaissent "comme par hasard au moment où (elle) apparaît dans les sondages la mieux placée pour relever le défi de la gauche à l'élection présidentielle" en 2022. Une élection sur laquelle la battue de 2007 ne semble donc pas avoir fait une croix...

Ce n'est pas la première fois que Ségolène Royal, qui a indiqué ce vendredi qu'elle "se réserve le droit" de porter plainte contre les journalistes de Radio France, se pose en victime d'une mission commandée de ses adversaires pour la torpiller. Pas plus tard qu'en septembre dernier, elle invoquait ce même argument tandis qu'elle était déjà accusée de ne s'être jamais rendue aux réunions du Conseil de l'Arctique, auquel elle avait été nommée le 1er septembre 2017. CheckNews relevait ainsi que l'ambassadrice des pôles n'avait jamais été présente en personne aux réunions de cette instance. "Et comme par hasard, cette boule puante surgit quand certains m’interrogent sur la prochaine présidentielle...", avait tweeté l'intéressée. A quand l'accusation fillonesque d'un "cabinet noir" à l'Elysée ?

 

 

 

 

 

 

9. oct., 2019

Politique

TV

Jean-Pierre Chevènement, l’homme qui ne regrette rien

Par Louis Hausalter

Publié le 30/09/2019 à 08:07

LCP revient dans un documentaire sur le parcours de Jean-Pierre Chevènement, véritable empêcheur de tourner en rond de la gauche, qui assume plus que jamais d'avoir pointé ses renoncements.

« Il faudrait un Chevènement. On n’a plus personne de cette veine-là, de cette gauche chevènementiste, clemenciste. » Ainsi s’est récemment plaint Emmanuel Macron en privé, selon le Canard enchaîné du 18 septembre, alors que le chef de l’Etat peine à convaincre ses propres ministres de s’emparer des sujets régaliens que sont l’immigration et la sécurité. Il est vrai que Jean-Pierre Chevènement, lui, ne craignait pas de mettre sur la table les sujets qui fâchent, souvent à rebours de son propre camp. C’est ce que rappelle un documentaire sur son parcours, écrit par les journalistes David Pujadas et Emilie Lançon, diffusé le 30 septembre sur LCP.

Non, rien de rien...

Face à la caméra, l’homme aux trois démissions gouvernementales répète volontiers sa phrase la plus célèbre : « Un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l’ouvrir, ça démissionne. » Le film revient surtout sur les multiples avertissements de cet inébranlable tenant d’une ligne sociale, républicaine et patriote, au milieu d’une gauche de plus en plus encline à embrasser la mondialisation sans limites et l’individualisme exacerbé. C'est ainsi qu'en 1983, il claque la porte au moment du tournant de la rigueur entamé par Mitterrand. « C’est l’avènement du capitalisme financier. C’est le contraire de ce que nous avons voulu faire », souligne-t-il encore aujourd'hui. Plus tard, il s’attirera l’opprobre d’une partie de son camp en tentant d’impulser un retour aux fondamentaux à l’école, en militant pour le non au traité de Maastricht, ou encore en traitant de jeunes délinquants de « sauvageons ».

De tout cela, le « Che » ne regrette rien. Pas plus qu’il ne s’excuse de sa candidature à la présidentielle de 2002, que d’aucuns rendent responsable de l’élimination de Lionel Jospin. Lui concède tout juste « une erreur », celle d’avoir sous-estimé Jean-Marie Le Pen. « Je ne peux pas faire de la politique-fiction. Je ne l’ai pas vu venir », lâche-t-il. Quant à tenter de renouer le fil avec Jospin… « J’ai essayé, mais visiblement ça n’était pas dans son état d’esprit. »

"Il a eu raison avant l'heure"

Avec le recul, Hubert Védrine, ex-collègue de Chevènement dans le gouvernement Jospin, en convient volontiers : « Il a quand même vu juste, alors qu’une opinion dominante à gauche ou dans le monde politico-médiatique voulait ostraciser toutes les idées relevant de la nation, de l’histoire, de l’identité. C’est en partie pour ça que ce besoin d’identité s’est exprimé de façon extrémiste. » « Je pense qu’il a eu raison avant l’heure, renchérit Louis Gallois, qui fut son directeur de cabinet. Il y a ceux qui sont embarqués dans la mondialisation et qui en bénéficient, et puis il y a les autres qui restent sur le bord de la route, qui voient le train passer, et qui ne l’acceptent pas. »

Il n’empêche, ceux qui saluent aujourd’hui la hauteur de vue de Jean-Pierre Chevènement auraient sans doute été mieux inspirés de l’écouter avant que le FN ne s’empare de tout ce que la gauche a renié. Du haut de ses 80 ans, l’intéressé, lui, ne veut pas céder à la déprime pour autant : « Je fais mienne la leçon que je tire du général de Gaulle : il ne faut jamais désespérer. »

>> Jean-Pierre Chevènement, l’indomptable, de David Pujadas et Emilie Lançon, lundi 30 septembre à 20h30 sur LCP

 

9. sept., 2019

Etats-Unis - Grande Bretagne : gouverner par le mensonge

30/08/2019

Comment les deux démocraties les plus vénérables de la planète ont-elles pu confier le pouvoir à d'incontrôlables bouffons ?

Un même style : le modèle du politicien de l'avenir ?• Crédits : Dylan Martinez - Getty

Trump, BoJo, point commun : une légitimité électorale très fragile

Les deux plus anciennes démocraties de la planète, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, traversent, l’une et l’autre, une crise politique d’une extrême gravité. Celle-ci s’incarne dans la personnalité de leaders extravagants, qui menacent d’entraîner leurs nations dans des aventures risquées, sans que les institutions censées tracer des limites précises à leur pouvoir ne semblent réellement en mesure de les arrêter. C’est d’autant plus étonnant que ni le président américain, ni le Premier ministre britannique ne disposent d’une légitimité suffisante pour impulser les tournants politiques lourds de conséquence cependant en cours. 

Donald Trump a été élu président en 2016 parce qu’il a remporté la victoire dans un plus grand nombre d’Etats que Hilary Clinton. En particulier, les états les moins peuplés des Etats-Unis. Ainsi avait-il pour lui 306 grands électeurs, contre 232 pour sa rivale. Mais il ne faut pas oublier qu’à l’échelle du pays tout entier, Trump n’a bénéficié des suffrages que de 63 millions d’électeurs (46,1 %) contre 66 millions pour Clinton (48,2 %). Etant donné le haut niveau d’abstention de règle aux Etats-Unis, il n’a recueilli le soutien que de 27 % des électeurs. 

Cela signifie que 73 % des électeurs américains n’ont jamais voté pour ce président-là. Sa cote de popularité n’a jamais été positive au cours de son mandat. Actuellement, il enregistre un déficit important : 43 % des sondés lui sont favorables, mais 53 % désapprouvent son action. 

C’est encore pire dans le cas de Boris Johnson. Il n’a pas pris la tête du gouvernement à la suite d’une victoire électorale, mais au contraire d’une terrible défaite de son parti. Aux élections de mai 2019, le Parti conservateur a enregistré la pire humiliation de son histoire, ses candidats recueillant moins de 9 % des suffrages exprimés. Si "BoJo" est aujourd’hui à Downing Street, c’est sur la base d’une élection tenue au sein du seul parti conservateur (moins de 100 000 membres dans tout le pays). Sa cote de popularité est faible : 31 % d’opinions favorables, 47 % de défavorables.

Ces leaders improbables n'en menacent pas moins de lancer leurs nations dans des aventures très risquées

Or, Trump a lancé, contre la Chine, une guerre commerciale qui, non seulement déstabilise le système de libre-échange mis en place par ses prédécesseurs et menace de provoquer une récession mondiale, mais pourrait faire dégénérer la crise en guerre ouverte par ses rodomontades. En dénonçant l’accord conclu avec l’Iran, il est indirectement responsable d’une forte remontée des tensions au Moyen-Orient. 

Johnson apparaît, de son côté, décidé à aboutir à une rupture sans accord avec l’Union européenne – quitte à museler provisoirement le Parlement britannique. Au mépris des risques inouïs qu’un tel résultat provoquerait, non seulement pour l’économie de la Grande-Bretagne, mais pour son existence même : qui peut imaginer que puissent être réédifiées, entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord (britannique) les frontières supprimées par Tony Blair dans le cadre de l’Accord du Vendredi Saint de 1998 ? L’Angleterre est-elle prête à sacrifier son union séculaire avec l’Ecosse ?

 

13. août, 2019

Le Huffpost

11/08/2019

François Baroin prévient après la mort du maire de Signes: "les maires sont en danger"

Le président de l'Association des maires de France (AMF) demande une plus grande protection des "élus de proximité" après la mort de Jean-Mathieu Michel.

  • Le HuffPost avec AFP

LUDOVIC MARIN via Getty ImagesFrançois Baroin, ici le 30 janvier 2018 à l'Élysée, tire la sonnette d'alarme après la mort du maire de Signes, Jean-Mathieu Michel.

POLITIQUE - François Baroin, président de l’Association des maires de France (AMF), affirme que “les maires sont en danger ”, et demande, après la mort de l’un d’entre eux dans l’exercice de ses fonctions, que l’on donne “un véritable coup d’arrêt” aux violences contre les élus, dans une interview au Journal du dimanche, daté du 11 août.

La mort de Jean-Mathieu Michel, maire de Signes (Var), est “une immense émotion et une très vive douleur”, affirme François Baroin, lui-même maire de Troyes (Aube). “Ce qu’il a fait, un constat de flagrance sur un acte illégal, est pratiqué par nombre d’élus, tous les jours, dans une forme d’héroïsme obscur”, ajoute-t-il.

De plus en plus de mains courantes de la part d’élus

Selon lui, la dégradation de la situation des élus depuis vingt-cinq ans est “incontestable”. “Le respect de la responsabilité municipale, de l’autorité et de l’élu se dégrade d’année en année. Ce qui était un élément marginal il y a dix ou quinze ans devient un élément dominant. Insultes, violences verbales, menaces sous forme de lettres anonymes ou via les réseaux sociaux: les mains courantes déposées par les élus sont de plus en plus nombreuses”, explique-t-il.

Il faut protéger ces élus de proximité, leur donner des garanties de protection plus élevéesFrançois Baroin

 “Les maires sont en danger. Ils ont de plus en plus de responsabilités que leur confère le législateur (...) Il faut donc protéger ces élus de proximité, leur donner des garanties de protection plus élevées, un pouvoir de police administrative plus important, la possibilité d’installer des caméras dans des zones à risque… Tout cela fera partie des propositions que nous formulerons quand le projet de loi du gouvernement sur le futur statut de l’élu arrivera au Sénat, à l’automne. C’est indispensable”.

“Il faut donner un véritable coup d’arrêt et assurer une meilleure protection des maires, une amélioration de leurs conditions d’exercice du mandat et une identification des sujets sensibles”, insiste François Baroin.

Macron promet une réponse “toujours ferme”

Maire de Signes depuis 1983, Jean-Mathieu Michel, 76 ans, est mort lundi après avoir été renversé par la camionnette dont il voulait verbaliser les occupants pour avoir jeté des gravats en bordure d’une route. Le conducteur de la camionnette a été mis en examen pour “homicide involontaire”.

Dans un message lu par la ministre de la Cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, lors des obsèques de Jean-Mathieu Michel, le président Emmanuel Macron a promis de veiller “personnellement à ce que, face aux incivilités et à la désagrégation chez certains du sens de l’État et de la Nation, la réponse soit toujours ferme, exemplaire et sans complaisance”.